Le mot du rabbin

Oui, aussi lui!

Oui, aussi lui!

Cette semaine, nous avons hébergé un invité très spécial, Yarin Ashkenazi. Il faisait partie d’un groupe appelé Belev E’had. Cette organisation caritative offre aux soldats israéliens handicapés un voyage à New-York, avec toutes sortes d’attractions mises à leur portée : survol de la ville en hélicoptère, escapade en moto, visite des plus célèbres lieux touristiques…

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Actualité

Qui donne à qui ? retrouvaille extraordinaire!

Qui donne à qui ? retrouvaille extraordinaire!

La triste histoire de ‘Hanna avait commencé en 1946. Après la Seconde guerre mondiale, une toute petite fenêtre d’opportunités s’était ouverte : la Pologne et l’Union Soviétique avaient signé un traité permettant aux Polonais qui avaient fui devant l’avance allemande de revenir dans leur pays. De nombreux Juifs de Russie avaient saisi cette occasion pour se faire passer pour des Polonais et ainsi réussir à quitter le « paradis communiste » où toute étude ou pratique du judaïsme était interdite. On avait trafiqué les passeports de citoyens polonais décédés pendant la guerre afin d’en faire profiter des Juifs russes qui seraient enfin libres de pratiquer leur foi. Dans une atmosphère fébrile, certains ‘Hassidim s’étaient spécialisés dans cette œuvre de sauvetage et organisaient des convois autorisés à passer la frontière d’ordinaire hermétique entre l’Union Soviétique et le monde libre.

Berel et ‘Hanna Gurewitz s’étaient mariés quelques mois auparavant. Eux aussi souhaitaient plus que tout sortir enfin de cette immense prison russe. On leur procura de faux papiers : ‘Hanna reçut son passeport immédiatement tandis qu’on assura Berel qu’il recevrait le sien dans la ville d’où partaient les trains pour la Pologne.

Mais tout se compliqua. Ils arrivèrent à Lvov, près de la frontière. Les voyageurs souhaitant continuer jusqu’en Pologne devaient descendre du train pour présenter leur passeport. Berel se trouva dans une position dangereuse : sans laissez-passer, il pouvait être accusé de trahison envers la mère-patrie. Les deux époux étaient placés face à un terrible dilemme : si ‘Hanna sortait seule du pays, sans son mari, elle n’aurait pas la moindre idée du temps que durerait cette séparation et elle risquait même de se retrouver Agouna (femme dont le mari a disparu ; elle ne peut donc pas se remarier). Certains ‘Hassidim présents suggérèrent même d’organiser au plus vite un divorce afin d’éviter une probable tragédie : en effet, Berel risquait d’être arrêté et envoyé en Sibérie d’où il ne reviendrait peut-être pas ! Mais dans les conditions qui prévalaient dans le train, il fut impossible de procéder à un divorce religieux en bonne et due forme. Et, de toute manière, ni ‘Hanna ni Berel ne voulaient envisager une telle « solution ».

Lors du contrôle des passeports, Berel affirma qu’il était citoyen polonais mais qu’il avait perdu ses papiers. Il eut la chance qu’on ne parvint pas à prouver qu’il était de fait citoyen russe et il échappa donc à une sévère condamnation. Cependant, il serait jugé pour avoir perdu ses papiers.

Sa jeune femme eut du mal à accepter de se séparer de lui. Ce moment fut insupportable pour tous les deux et les compagnes de ‘Hanna durent la forcer à remonter dans le train tandis qu’elle sanglotait à fendre l’âme du soldat russe le plus insensible.

‘Hanna continua le trajet jusqu’en Pologne, fut transférée avec les autres passagers dans un camp de D.P. (« Personnes Déplacées ») à Pouking, en Allemagne puis arriva à Paris. Elle y habita dans la maison de sa sœur et son beau-frère. Elle trouva du travail dans la couture et les retouches dans un magasin de vêtements. Mais elle ne cessait de pleurer et de s’angoisser quant au sort de son mari. Sa seule consolation venait des quelques mots que lui prodiguait son voisin, le ‘Hassid Its’hak Goldin. Chaque matin, elle le rencontrait avant de se rendre à son travail et il lui répétait : « ‘Hanna, ne vous inquiétez pas ! Je suis sûr que votre mari reviendra ! ». Elle s’agrippait à ses mots comme un naufragé s’agrippe à un fétu de paille et s’arrangeait chaque matin pour le rencontrer et s’imprégner de son optimisme.

Mais les jours et les mois passaient et nul n’avait aucun signe de vie de Berel. A un moment donné, ‘Hanna, désespérée, envisagea même de retourner en Union Soviétique et d’y remuer ciel et terre pour le retrouver. Elle écrivit à ce sujet à Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn, le précédent Rabbi de Loubavitch, qui s’était installé à New York. Mais elle reçut une réponse ferme et sans ambiguïté : « Il vaut mieux que ce soit lui qui revienne vers elle plutôt qu’elle vers lui ». Cette réponse l’encouragea et elle resta à Paris.

Et Berel ? Lors d’une parodie de procès comme le pouvoir soviétique en avait le secret, il fut condamné à deux ans d’emprisonnement. Les ‘Hassidim restés sur place tentèrent de le faire gracier. A un moment donné, ils avaient même réussi à obtenir qu’un détenu soit libéré et ils avaient pensé évidemment à Berel. Mais, dans un geste d’une grande noblesse d’âme, celui-ci demanda à ce que cette permission soit plutôt octroyée à une jeune femme, elle aussi d’origine ‘hassidique, Tsipa Kozliner. Effectivement, celle-ci fut libérée tandis que Berel fut envoyé au loin, comme esclave dans un camp de travail.

Un an et demi après la douloureuse séparation de ‘Hanna et Berel, un miracle se produisit. Le gouvernement polonais se plaignit à son puissant voisin russe : tous les ressortissants polonais n’étaient pas encore rentrés au pays ! Une seconde fenêtre apparut alors et, pendant huit semaines, la frontière entre les deux pays s’entrouvrit, laissant passer même les citoyens polonais qui avaient égaré leurs précieux passeports.

Un jour, le commandant du camp convoqua Berel et lui demanda son état-civil. Pris de panique, Berel avait oublié tous les détails de sa fausse identité et il préféra se taire. Il craignait qu’on veuille l’envoyer en Sibérie et supplia le commandant de le garder dans le camp (qui n’avait pourtant rien d’une colonie de vacances et où les privations, la faim et les coups étaient courants). Le commandant le gifla et lui ordonna de le suivre. Berel fut amené dans la ville de Brisk, à la frontière entre la Russie et la Pologne et, à sa grande surprise, on lui ordonna : « Traverse la frontière ! ».

Il prit ses jambes à son cou et se retrouva en Pologne. Là, il erra de ville en village en recherchant des ‘Hassidim de Loubavitch. Finalement, il rencontra un Juif pratiquant qui le renseigna : « Tu recherches des Loubavitch ? J’en connais un, à Paris ! Il s’appelle Its’hak Goldin et voici son adresse ! ». Berel n’avait que très peu d’argent sur lui, juste de quoi envoyer un télégramme à l’adresse qu’on lui avait indiquée avec ces quelques mots : « Berel Gurewitz est vivant. En Pologne ».

Comment décrire les cris de joie quand on reçut le télégramme à Paris ? Its’hak Goldin, celui qui avait promis à ‘Hanna que son mari reviendrait fut l’ange qui lui annonça la bonne nouvelle : « ‘Hanna ! Chaque jour, quand je vous promettais que vous reverriez votre mari, je ne croyais pas un seul des mots que je proférais ! Mais avais-je le choix ? Quand je vous voyais, une femme jeune, si triste et désespérée, les mots sortaient d’eux-mêmes de ma bouche ! ».

Berel et ‘Hanna mirent au monde onze enfants, tous ‘Hassidim de Loubavitch et impliqués dans l’action communautaire. De plus, ils fondèrent et dirigèrent pendant des dizaines d’années le séminaire Beth Rivka à Yerres, dans la banlieue parisienne, où des milliers de jeunes filles de tous horizons reçurent et reçoivent encore une éducation juive traditionnelle.

Rav Yossef Yits’hak Gurewitz – Sichat Hachavoua N° 1591
Traduit par Feiga Lubecki

Réflexion

Il faut re-construire…

Il faut re-construire…

Temps de commémoration, temps où l’on se souvient que des événements dramatiques se produisirent… Entre le 17 Tamouz et 9 Av, les jours s’écoulent comme autant d’étapes d’une chute annoncée : de la première brèche dans la muraille de Jérusalem à la destruction du Temple. Certes, voilà qui n’incite guère à la gaîté. Comment, après le début de notre trop long exil, peut-il y avoir encore une place pour le bonheur ? Et pourtant, la tristesse n’est jamais une solution. Elle n’est généralement qu’abandon. Parce qu’elle conduit au désespoir, même si elle est réelle, légitime et compréhensible, les Sages l’ont toujours rejetée avec la plus grande fermeté. Ordre n’est-il pas donné : «Servez D.ieu dans la joie» ? Les commentaires n’indiquent-ils pas que D.ieu «ne réside que sur l’homme joyeux» ? Mais où sont donc les sources du bonheur retrouvé ? En cette période où l’histoire même parle de destruction, comment faire vivre l’espoir ?

Le judaïsme nous livre parfois de ces intuitions fulgurantes : «Celui qui étudie la structure du Temple, Je le considérerai comme s’il l’avait construit». Ainsi le Talmud fait-il s’exprimer D.ieu. C’est dire qu’en cette période de toutes les destructions, il est possible de vivre la reconstruction. En cette période de début d’exil, chacun a le pouvoir immense de la plus vraie des libérations, celle qui passe par l’étude et par la pensée, formes premières de l’action. Bien sûr, il est loisible de s’interroger : l’étude peut-elle vraiment être cet instrument libérateur ? Est-elle autre chose qu’une démarche intellectuelle, évidemment précieuse mais limitée par sa propre nature ? C’est précisément le sens de l’affirmation talmudique citée. L’étude d’un texte ne vaut pas que par la recherche de connaissance qu’elle incarne. Elle est littéralement créatrice. Lorsque l’homme s’y consacre, qu’il y investit ses facultés intellectuelles, sa pensée fait aussi œuvre de création. Dès lors, il n’est plus un simple spectateur de cette architecture prodigieuse qui fut celle du Temple, il en est le bâtisseur.

Il est difficile de décrire le sentiment de plénitude qui pénètre alors celui qui, élevé par l’étude, en ressent tout l’apport, pour lui et pour le monde qui l’entoure. Sans doute est-ce quelque chose qu’il faut vivre… Aujourd’hui, les textes sont accessibles à tous, y compris, souvent, en traduction française. Traités talmudiques Midot ou Tamid, prophétie d’Ezechiel etc., à lire comme on vit : avec joie.