La terrible nouvelle frappa la famille Spitzer comme un coup de tonnerre en plein été : « Mélanome malin » ! Tel était le diagnostic sans appel des médecins. La cruelle maladie avait été repérée chez leur fille âgée d’à peine dix-neuf ans et se répandait dans le système lymphatique. L’avenir s’annonçait très sombre !

Pour les parents, c’était comme si une épée planait au-dessus de leurs têtes. Inquiets, ils ne savaient vers qui se tourner. La nouvelle se répandit dans la famille proche puis dans un cercle plus élargi.

On était en 1981. Le vendredi soir, on entendit des coups frappés à la porte de la maison de Rav Yaakov Moché Spitzer, l’oncle de la jeune fille. Celui-ci dirigeait les institutions des ‘Hassidim de Tsanz en Israël. Il ouvrit la porte à son voisin, Rav Leibl Friedman, un érudit respectable et reconnu : « J’ai entendu ce qui arrive à votre nièce. Écoutez-moi : dès la fin de Chabbat, prenez tous les documents médicaux et allez à New York demander conseil et bénédiction au Rabbi de Loubavitch ! Et agissez comme il vous le dira ! ».

L’oncle était très étonné. Rav Friedman s’identifiait au courant des Juifs lituaniens, adeptes du mouvement Novardok, orienté vers le Moussar (moralisateur) plutôt que vers le courant ‘hassidique… Mais son conseil n’en avait que davantage de valeur ! Dès samedi soir, Rav Spitzer se mit à organiser son voyage en demandant l’intervention du député Mena’hem Porush (alors vice-ministre du travail) afin d’obtenir au plus vite un visa pour les États-Unis. Dimanche soir, l’oncle de la jeune fille se trouvait déjà dans l’avion.

A son arrivée à New York, il se rendit directement dans le quartier de Crown Heights à Brooklyn et frappa à la porte de son ami d’enfance, le regretté Rav Binyamin Klein, un des secrétaires du Rabbi. Celui-ci l’accueillit chaleureusement, l’écouta attentivement et promit de lui arranger dès que possible une entrevue privée avec le Rabbi.

Effectivement, à une heure du matin, Rav Spitzer se retrouva dans la salle d’attente devant le bureau, avec une foule d’autres personnes, chacune avec ses problèmes, plus urgents les uns que les autres. Certains avaient attendu des mois avant d’obtenir ce rendez-vous avec la personnalité la plus marquante du judaïsme mondial. Bien vite cependant, Rav Spitzer fut admis dans le bureau et ressentit alors une très forte impression de sainteté et de pureté, au point qu’au début, il eut du mal à s’exprimer.

Le Rabbi lui demanda la raison de sa visite. Rav Spitzer s’apprêta à étaler les documents médicaux sur la table mais le Rabbi n’en avait pas besoin.

– Voici les conclusions des médecins, déclara Rav Spitzer, étonné, en prenant une profonde inspiration.

– Je sais, répondit calmement le Rabbi. Mais dites-moi, vous, quel est le problème.

Rav Spitzer décrivit brièvement la situation et conclut avec le pronostic des médecins : « Il ne lui reste plus qu’un mois… ».

– Comment ? s’étonna le Rabbi. Plus que… ? (Il ne voulait à l’évidence pas répéter des paroles aussi négatives). Retournez en Israël, contactez le professeur Aryeh Durst (directeur du département chirurgical de l’hôpital Hadassah Ein Kerem à Jérusalem et dites-lui que c’est moi qui vous envoie vers lui !

– Mais le médecin nous a prévenu que l’opération ne ferait que retarder un peu l’issue fatale et qu’elle n’a aucune chance de s’en sortir ! protesta faiblement Rav Spitzer. Le Rabbi insista :

– Le professeur effectuera l’opération et vous verrez qu’il ne restera plus aucune trace du problème ! conclut le Rabbi en ajoutant sa bénédiction : elle guérira complètement et D.ieu lui accordera une belle et longue vie, avec des enfants et des petits-enfants !

Bouleversé, Rav Spitzer tenta encore de répéter les paroles des médecins mais une fois de plus, le Rabbi l’empêcha de revenir en détail sur leur sombre pronostic : « Ce n’est pas la peine ! Elle est déjà en bonne santé ! ».

Dès le lendemain matin Rav Spitzer annonça à son ami Rav Binyamin Klein : « Elle est déjà en bonne santé ! ». Il n’était évidemment pas nécessaire de convaincre le secrétaire du Rabbi qui aida même son ami à avancer la date de son retour afin de pouvoir accomplir au plus vite ces instructions.

Le dimanche suivant, Rav Spitzer accompagna son frère à l’hôpital Hadassah. Au début, la secrétaire refusa de les recevoir mais la discussion animée arriva aux oreilles du professeur Durst et, quand il entendit que c’était le Rabbi qui les envoyait, il s’empressa de les recevoir personnellement – bien que la gravité de leur problème le dépassait !

– Je vais tenter l’opération et que D.ieu aide ! s’engagea-t-il après avoir parcouru les documents médicaux.

Le mercredi, le professeur procéda à l’opération. Contre toute attente, aux yeux de toute son équipe incrédule et de toute la famille angoissée, la jeune fille guérit. Complètement. Par la suite, elle se maria et est maintenant une mère de famille comblée.

Les années passèrent. Un jour, Rav Spitzer rendit une visite de condoléances et rencontra « par hasard » le Professeur Durst. Il se présenta en rappelant les circonstances dans lesquelles ils s’étaient déjà croisés. Le professeur compléta son histoire de son point de vue :

– Je me souviens avoir effectué l’opération. J’ai réussi à enlever les cellules infectées. Mais je dois avouer que j’étais très pessimiste. La maladie avait déjà atteint un stade avancé et se répandait dans le sang et donc dans tout le corps. C’était pour cela que les premiers médecins avaient refusé de l’opérer car c’était contraire à l’éthique médicale. Moi je n’avais accepté que parce que le Rabbi l’avait demandé et que j’avais entendu parler de lui. Mais le fait que l’opération ait réussi et que la jeune fille ait complètement guéri, c’est un véritable miracle. Mes collègues médecins n’aiment pas entendre ce genre de commentaires mais moi, je crois en une force supérieure. Dans ce cas, j’ai vraiment vu un miracle du Ciel !

Lévi Shaikevitz – Si’hat Hachavoua N° 1579 – JEM

Traduit par Feiga Lubecki