Nitsavim-Vayélè’h

La Paracha Nitsavim comporte certains des principes fondamentaux de la foi juive.

L’unité d’Israël : nous nous tenons tous devant D.ieu, depuis les chefs de tribus jusqu’aux puiseurs d’eau.

La Rédemption future : l’exil et la désolation seront suivis de la réunion de tous sur la terre de nos pères.

La pratique de la Torah : elle nous est accessible, elle est proche de nous et nous avons la capacité de nous y adonner.

Le libre-arbitre : devant nous sont la vie et le bien, la mort et la mal. Marchons dans les voies de D.ieu, gardons Ses commandements, choisissons la vie.

La Paracha Vayélè’h relate les événements du dernier jour de la vie de Moché sur cette terre. Il transfère sa gouvernance à Yehochoua et écrit un rouleau de la Torah qu’il confie aux Léviim afin qu’ils le conservent dans l’Arche de l’Alliance.

On y lit la Mitsva du Hakhel : au cours de la fête de Souccot, lors de l’année qui suit celle de la Chemita, le Peuple entier se réunira au Saint Temple où le Roi lira la Torah.

La Paracha s’achève avec la prédiction que le peuple se détournera de D.ieu Qui cachera Sa face mais également avec la promesse que les mots de la Torah ne seront pas oubliés par ses descendants.

Cette année, les Parachiot de Nitsavim et Vayélè’h sont lues ensemble. Apparemment, elles présentent deux postures diamétralement opposées. Nitsavim signifie « se tenir debout » et, plus précisément, adopter une position forte, droite et constante. Dans son commentaire sur le verset : « Datane et Aviram sortirent Nitsavim », Rachi interprète le terme Nitsavim comme signifiant « se tenant droit ». De la même façon, le livre de Mela’him (1, 22 :48) utilise l’expression Nitsav Mélè’h. Mélè’h signifiant « roi », représente la force ultime, comme le déclarent nos Sages : « La parole du roi déracine des montagnes ».

A l’opposé, Vayélè’h a pour sens « et il alla ». « Aller » est l’antithèse-même de Nitsavim. Cela représente le changement et le progrès. Le véritable sens du progrès est d’abandonner totalement sa position antérieure.

Et pourtant, ce Chabbat, Nitsavim et Vayélè’h sont lues ensemble et considérées comme une seule Paracha.

Cette contradiction apparente peut ainsi se résoudre : les approches de Nitsavim (la fermeté) et de Vayélè’h (le progrès) sont toutes deux nécessaires dans le service de D.ieu. Ce concept s’exprime au tout début du Choul’han Arou’h (Code de Lois Juives). Son premier statut est : « Yehouda ben Teima déclare : ‘Sois effronté comme un léopard, léger comme un aigle, rapide comme une biche et fort comme un lion, pour accomplir la volonté de ton Père dans le Ciel’ ». « Effronté comme un léopard » et « fort comme un lion » représentent l’approche de Nitsavim alors que « léger comme un aigle » et « rapide comme une biche » celle de Vayélè’h.

Bien qu’il paraisse difficile qu’une même personne puisse entreprendre ces deux sortes d’approches, une telle combinaison est possible dans le service de D.ieu. Le Sifri écrit qu’en général il est impossible d’avoir de « l’amour à la place de la crainte ou de la crainte à la place de l’amour ». Cependant, c’est une Mitsva d’aimer et de craindre D.ieu, tout à la fois.

De la même façon, les deux types de services mentionnés plus haut sont accessibles au même individu. Toutefois, parce que cela est difficile, on les accomplit généralement à des moments différents. (C’est pour cette raison que très souvent Nitsavim et Vayélè’h sont lues lors de deux semaines différentes).

Mais le niveau ultime du service divin permet de les combiner lorsqu’on s’y adonne complètement. La ‘Hassidout explique que lorsqu’un serviteur s’investit totalement dans le service de son maître, les forces de son maître deviennent siennes. Il en va de même dans le service divin d’un Juif. A ce niveau d’investissement, les forces de son maître, D.ieu, deviennent les siennes.

D.ieu a le potentiel de combiner les contraires. Ainsi ce potentiel se reflète-t-il dans l’individu et il est à même d’unifier ces deux services en un seul.

Cette idée peut se clarifier dans les termes de l’explication de la différence d’opinion entre Rabbi Akiva et Rabbi Ichmaël à propos de la réponse du Peuple juif aux Dix Commandements. Rabbi Ichmaël maintient que les Juifs répondirent « oui » aux commandements positifs et « non » aux commandements négatifs. Rabbi Akiva, quant à lui, soutient qu’ils répondirent « oui » à tous les commandements, ce qui impliquait un engagement à se conformer à la volonté Divine, quelle qu’elle soit.

Rabbi Ichmaël considère la Torah avec la perspective de l’homme. Ainsi un commandement positif requiert un « oui » et un commandement négatif, un « non ».

La position de Rabbi Akiva représente l’état d’un engagement absolu de l’homme à D.ieu. Pour lui, toutes les formes de service sont donc identiques. L’accomplissement des commandements négatifs possède également une intention positive : le service de D.ieu.

Par le même biais, la ‘Hassidout engage à une combinaison des deux sortes de service. D’une part, comme le déclarait le Rabbi précédent, la manière d’établir une relation avec un Rabbi est d’étudier la Torah qu’il étudie.

Par ailleurs, les Rabbis ont toujours mis l’accent sur le commandement d’ « aller ». Aller vers un Juif qui ne connaît pas le Judaïsme ou ignore la ‘Hassidout. La Torah et la ‘Hassidout doivent se diffuser dans soixante-dix langues dans un effort pour atteindre chaque Juif, et leurs enseignements doivent être adaptés de manière à être compris par chaque Juif.

Il est évident que lorsque l’on est impliqué dans le monde et que l’on se bat contre son insensibilité, notre statut personnel change. Cependant, c’est en s’impliquant dans le monde que l’on devient le Chali’ah (émissaire) du Rabbi et comme l’affirment nos Sages : « Un chalia’h est considéré comme l’individu (celui qui l’envoie) lui-même ».

C’est ainsi que la force de Nitsavim et le progrès de Vayélè’h sont réunis en une seule forme de service.

Pratiquement parlant, cela implique que l’on fournisse des efforts dans les Mivtsaïm : Ahavat Israël (l’amour du prochain), ‘Hinou’h (l’éducation), Torah (l’étude de la Torah), Tefilines, Mezouza, Tsedaka (la charité), Bayit Malé Sefarim (une maison remplie de livres de Torah), Néroth Chabbat Kodèch (les bougies de Chabbat), Cacherout, Taharat Hamichpa’ha (les lois de pureté familiale), la rectification de Mihou Yehoudi (la définition de « qui est Juif ? »), l’institution de Kollels (des centres d’étude) pour les hommes plus âgés, pour les femmes, pour les jeunes et également aider les nécessiteux dans leurs besoins. Tout le monde doit sentir que le Rabbi précédent lui adresse directement ces paroles. Ainsi nous entrerons dans cette nouvelle année avec de la joie, confiants que nous l’emporterons dans le jugement et que nous sortirons accueillir Machai’h qui nous conduira à la véritable et complète Rédemption dans l’allégresse et le bonheur.