Yehouda s’approche de Yossef pour le supplier de libérer Binyamin, offrant sa propre personne comme esclave à la place de son jeune frère. Devant la loyauté qui anime ses frères les uns à l’égard des autres, Yossef leur révèle son identité. « Je suis Yossef, déclare-t-il. Mon père est-il toujours vivant ? ».

Les frères sont envahis de honte et de remords mais Yossef les console. « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici, leur dit-il, mais D.ieu. Tout a été ordonné d’En-Haut pour nous sauver de la famine ainsi que toute la région ».

Les frères se précipitent à Canaan avec les nouvelles. Yaakov vient en Egypte avec ses fils et leurs familles, soixante-dix âmes en tout, et retrouve son fils bien-aimé après vingt-deux ans de séparation. En chemin, il reçoit la promesse divine : « Ne crains pas de descendre en Egypte ; car Je ferai de toi une grande nation. Je descendrai avec toi en Egypte et il est sûr que Je vous ferai remonter ».

Yossef amasse de la richesse pour l’Egypte en vendant de la nourriture et des grains de blé durant la famine. Le Pharaon donne à la famille de Yaakov la fertile région de Gochen pour qu’elle s’y installe et les Enfants d’Israël prospèrent dans leur exil égyptien.

 Le veau de Yossef

Ils lui dirent tous les mots que Yossef leur avait dits, et il vit les charrettes que Yossef avait envoyées pour le transporter ; et l’esprit de leur père Yaakov fut ravivé. (Beréchit 45 :27)

(Yossef) leur donna un signe, indiquant dans quel sujet (Yaakov et Yossef) étaient engagés quand ils avaient été séparés l’un de l’autre : le sujet de « Egla Aroufa » (une génisse à la nuque brisée). C’est là le sens de ce qui est dit : « et il vit les charrettes que Yossef avaient envoyées… » (Rachi)

La Torah (Beréchit 45 :25- 46 :1) relate que lorsque les frères de Yossef revinrent d’Egypte et dirent à leur père que Yossef était vivant et dirigeait l’Egypte, le cœur de Yaakov « rejeta (la nouvelle) car il n’arrivait pas à les croire. » Ce n’est que « lorsqu’ils lui dirent tous les mots que Yossef leur avait dits » et qu’ils lui montrèrent « les Agalot (charrettes) que Yossef avaient envoyées » que « l’esprit de Yaakov… fut ravivé ». « Mon fils Yossef est toujours en vie ! » s’écria Yaakov, « je vais aller le voir avant de mourir ! »

Quels étaient ces « mots que Yossef leur avait dits » ? Et qu’étaient ces charrettes qu’il avait envoyées ? Le mot Agalot signifie littéralement « charrettes ». Mais les charrettes pour transporter Yaakov et sa famille en Egypte avaient été envoyées par le Pharaon et non par Yossef. Et pourquoi la vue de quelques charrettes put-elle raviver l’esprit de Yaakov ?

Les Agalot, expliquent nos Sages, sont une allusion à la Egla Aroufa, la loi de la « génisse à la nuque brisée ». Yossef rappelait ainsi à son père la dernière loi de la Torah qu’ils avaient étudiée ensemble, avant d’être séparés pendant les vingt-deux années au cours desquelles Yaakov allait être endeuillé par la perte de son fils bien-aimé, et Yossef allait vivre les épreuves et les triomphes de la vie, en tant qu’esclave, prisonnier et dirigeant.

Oui, dit Yaakov, à la vue des Agalot, le vice-roi d’Egypte est bien mon fils perdu depuis si longtemps et il n’a pas oublié la Torah qu’il a étudiée dans la maison de son père !

Dehors, dans le champ

En quoi consiste la loi de Egla Aroufa ? Et que signifie le fait que c’est précisément cette loi, que Yaakov et Yossef étudiaient au moment de la séparation, qui indiqua à Yaakov que son fils « était toujours en vie » ?

La loi apparaît dans la Torah (Devarim 21 :1-8).

Si l’on trouve… un corps mort dans un champ et que l’on ignore qui l’a abattu… la ville la plus proche du corps (étant déterminée), les anciens de cette ville prendront une génisse qui n’a jamais été mise au travail, qui n’a jamais porté le joug. Les anciens de cette ville feront descendre cette génisse dans un ravin sauvage qui n’a jamais été labouré ou semé ; et ils briseront la nuque de cette génisse, là dans le ravin… Et ils proclameront : « Nos mains n’ont pas répandu ce sang ; nos yeux n’ont pas vu. Ô D.ieu, pardonne à Ton peuple Israël que Tu as racheté… que le sang leur soit pardonné. »

Nous assumons tous la responsabilité pour les choses qui sont sous notre autorité ou que nous contrôlons. Mais qu’en est-il de ce qui est en dehors de notre domaine ? Les choses sur lesquelles nous n’exerçons aucune autorité ou n’avons que peu d’influence ?

Là est la leçon de Egla Aroufa. Les anciens de la ville la plus proche du meurtre doivent assurer que « nos mains n’ont pas répandu ce sang ».

Que signifie cette déclaration ?

Le Talmud explique : quiconque imaginerait-il que les anciens du tribunal soient des verseurs de sang ? Mais (les anciens doivent affirmer que) « nous ne l’avons pas envoyé sans provisions…nous ne l’avons pas envoyé sans escorte ». (Talmud, Sotah 38b)

Les anciens de la ville sont bien évidemment responsables de tout ce qui se passe dans leur juridiction. Mais ce meurtre a eu lieu « dehors, dans le champ », en dehors du domaine de toutes les villes environnantes. Néanmoins, les anciens doivent proclamer leur innocence et puis chercher l’expiation et le pardon pour le crime.

Tel est le sens profond du message qu’envoya Yossef à Yaakov. Père, disait-il, je n’ai pas oublié les lois de Egla Aroufa. Il est vrai que j’ai été exilé de l’environnement saint de ta maison vers l’Egypte dépravée. Mais je n’ai pas envoyé mon âme dans ce désert spirituel, sans provisions et sans escorte. Je ne l’ai pas abandonnée à la mort spirituelle, sous prétexte que puisque c’est « en dehors de mon domaine, cela ne me concerne absolument pas ». Après vingt-deux ans d’esclavage, d’emprisonnement et de pouvoir politique, je suis ce même Yossef qui a quitté ta maison, le jour où nous étudiions les lois de Egla Aroufa.

Voilà le message qui fit revivre l’esprit de Yaakov et le rassura que son fils « Yossef est toujours en vie », pas simplement au sens matériel mais également au sens spirituel, ayant conservé sa droiture et son intégrité, en dépit de toutes les vicissitudes qu’il avait traversées.