Récit. Mon immeuble est adossé à une petite école élémentaire. J’aime guetter chaque matin les premiers signes d’activité pendant que je m’affaire dans ma cuisine dont les fenêtres donnent sur l’école. J’observe les enfants courir et se mettre en rang pour entrer dans le bâtiment. Quelques minutes plus tard, quelques retardataires arriveront par-ci par-là.

 

Les après-midi, mon petit dernier et moi épions les enfants pendant la récréation jouer à la balle ou grimper sur les barres. En hiver, ils batifolent dans la neige et, au printemps, des garçons turbulents pataugent dans les flaques d’eau.

Plus tard, nous regardons l’école se vider alors que les enfants courent vers les voitures des parents ou des gouvernantes. La cour devient alors déserte et silencieuse.

Un personnage, cependant, reste toujours.

Le concierge de l’école arrive chaque matin aux premières lueurs de l’aube, juste au moment où ma cafetière commence à chauffer. Bientôt je le vois au travail dans la cour, à ramasser des papiers. Les matins enneigés, il sera engoncé dans son énorme anorak, à pousser la machine à déneiger le long des trottoirs et des allées. Après, il lèvera sa lourde pelle pour atteindre les crevasses les plus étroites que sa machine aura négligées.

Le concierge est encore là à la fin de la journée, bien après le départ du dernier enfant. En été, c’est à ce moment qu’il va haler son grand sac-poubelle vert en ramassant les papiers de bonbons et autres brouillons qui n’auront pas atteint leur destination. Il vide ensuite les poubelles placées à intervalles réguliers et s’occupe du gazon.

Souvent, lorsque je jette un coup d’œil à travers mes volets, bien après que le ciel se soit assombri, je vois encore sa silhouette familière. Les lumières de l’école s’allumeront et s’éteindront les unes après les autres à mesure qu’il poursuivra sa tournée quotidienne, armé de son balai et de son seau.

Parfois, je l’aperçois même tard dans la nuit vérifier que toutes les portes et les fenêtres sont bien fermées.

Je me demande si les écoliers font attention à leur discret concierge.

Lorsqu’ils cavalent le long des allées propres, prennent-ils le temps de se demander le nombre d’heures qu’il a fallu travailler pour les nettoyer ? Lorsqu’ils jettent avec insouciance leurs papiers divers, se demandent-ils comment ceux de la veille ont miraculeusement disparu ? Lorsqu’ils laissent des traces de boue dans les couloirs, se rappellent-ils combien ceux-ci brillaient quelques minutes auparavant ?

Adressent-ils un sourire à leur concierge dévoué chaque matin ? Connaissent-ils son nom ? Lui font-ils « au revoir » de la main en courant vers les voitures qui les attendent, en fin de journée ?

Cela dépend certainement des lieux et des gens. En ce qui me concerne, j’ai très peu de souvenirs des concierges des écoles que j’ai fréquentées.

Mais du coin de la fenêtre de ma cuisine, je le vois, jour et nuit, qui regarde, s’occupe et entretient.

Chaque jour. Toute la journée.

Il veille à ce que « ses » enfants ne trébuchent pas sur leur propre négligence, il ouvre les portes pour eux et se soucie de leurs nombreux besoins, avec fierté et zèle.

À force d’observer jour après jour le travail assidu de ce concierge que je ne connais pas, je me demande si nous accordons toujours une reconnaissance suffisante à ces personnes qui jouent un rôle – parfois invisible, mais néanmoins essentiel – dans notre vie.

Je me demande aussi si nous prenons assez souvent le temps de reconnaître, apprécier et remercier convenablement le Concierge invisible de notre monde ?

par Chana Weisberg