Il est rappelé au Peuple d’Israël les treize matériaux qu’ils doivent apporter en contribution : de l’or, de l’argent et du cuivre ; de la laine teinte en rouge, bleu, violet ; du lin, des poils de chèvre, des peaux d’animaux, du bois, de l’huile d’olive, des épices et des pierres précieuses, à partir desquels, dit D.ieu à Moché, « ils Me feront un Sanctuaire et Je résiderai parmi eux ».

Moché reçoit, au sommet du mont Sinaï, les instructions détaillées sur la façon de construire cette résidence pour D.ieu, de manière à ce qu’elle puisse être immédiatement démontée, transportée et réassemblée, au cours du voyage du peuple dans le désert.

Dans la chambre la plus intérieure du Sanctuaire, derrière un rideau tissé avec art, se trouvait l’Arche contenant les Tables de la Loi, gravées des Dix Commandements. Sur le couvercle de l’Arche, se tenaient deux anges enlacés, en or pur. Dans la chambre extérieure, s’élevait la Menorah à sept branches et était dressée la table sur laquelle étaient disposés « les pains de proposition ».

Les trois murs du Sanctuaire étaient constitués de quarante-huit planches de bois. Chacune d’elles était plaquée d’or et soutenue par une paire de socles en argent. Le toit était constitué de trois couvertures : a) des tapisseries de lin et de laine multicolores, b) une couverture de poils de chèvre, c) une couverture de peaux de taureaux et de Ta’hach. Devant le Sanctuaire, était tendu un écran brodé, tenu par cinq piliers.

Autour du Sanctuaire et de l’autel de cuivre, placé devant, des rideaux de lin pendaient, soutenus par soixante piliers de bois, avec des crochets et des garnitures en argent, renforcés par des piquets en cuivre.

La Paracha Terouma concerne la construction d’un Sanctuaire qui sera la « Résidence » de la Che’hina, un lieu central pour la Présence Divine, d’où la Divinité rayonnera dans le monde entier et l’inspirera.

D.ieu, la Divinité, est totalement spirituel. Cependant, le Michkan, le Sanctuaire doit être une structure matérielle, construite selon des mesures précises, indiquées par la Torah. Toutes sortes de matériaux sont utilisées dans son édification : de l’or, de l’argent, du cuivre, diverses peaux, du bois, etc.

Ces matériaux devaient être donnés par le peuple. Le montant obligatoire de certaines contributions était équivalent pour tout le monde pour que tous puissent avoir une part égale dans la construction du Sanctuaire. Mais d’autres contributions étaient volontaires, chacun apportant librement son offrande « selon la générosité de son cœur ».

C’est ainsi qu’on peut lire, au début de la Paracha : « Veyik’hou Li Terouma… », « et qu’ils prennent pour Moi une Terouma… », selon ce que leur cœur sera enclin à donner.

Le mot hébreu « Li », « pour Moi », semble superflu. Il aurait suffi de simplement dire : « Veyik’hou Terouma », « qu’ils prennent une Terouma ». Qu’apporte cette addition ?

Nos Sages suggèrent un certain nombre de significations. Rachi explique que « Li », « pour Moi », signifie Lichmi, « par amour pour Moi », impliquant ainsi que les gens doivent avoir à l’esprit qu’ils font cette contribution comme une Mitsva, par amour du Ciel et non pour des motivations personnelles, de quelque ordre qu’elles soient. En d’autres termes, bien que cette Mitsva, comme toutes les Mitsvot, apporte de nombreux bienfaits, quand on l’observe, elle doit être accomplie non pas pour ou parce ce qu’on peut en gagner mais pour la Gloire de D.ieu.

Il s’agit d’un principe général qui s’applique à toute la Torah, à toutes les Mitsvot : il faut les accomplir « Lichmo », « pour Son nom », par reconnaissance pour le bien qu’elles recèlent, pour elles-mêmes, pour D.ieu, sans autres motifs personnels.

Contribuer à la Tsedaka, à des œuvres de charité, Li, Lichmi, exclusivement par amour de la Mitsva et sans aucune considération pour  la réduction d’impôts, la gloire personnelle, par exemple, n’est pas toujours facile. Se départir de possessions que nous pourrions utiliser pour notre propre bénéfice en donnant à notre vie plus de confort, plus de luxe, ou simplement pour se permettre certains plaisirs personnels, peut nous plonger dans un conflit intérieur difficile. C’est pourquoi la Torah nous indique ici la manière de surmonter cette bataille qui se mène à l’intérieur de nous-mêmes.

En effet, le mot « Li » peut se prêter à une interprétation alternative. « Li », « pour moi » implique également « ce qui est à moi », « ce qui m’appartient ».

Notre verset initial se lit alors différemment :

« Parle aux Enfants d’Israël pour qu’ils prennent une offrande Li, de Moi », de ce qui M’appartient.

Quand nous acquérons des biens, très souvent nous n’appréhendons pas la vérité et la réalité de ce qui se passe. Nous avons tendance à penser que c’est seulement grâce à nos propres aptitudes, nos propres efforts que nous avons pu accumuler cette richesse. Et c’est pourquoi nous la considérons comme notre propre fortune, comme des possessions qui nous appartiennent et dont nous pouvons disposer comme bon nous semble. Nous oublions que notre vie, notre existence, notre santé, notre énergie, tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, tout vient du Tout-Puissant, du Créateur de l’univers et de tout ce qu’il renferme. Ainsi, tout ce que nous possédons appartient-il en réalité à D.ieu et pas à nous.

C’est pourquoi la Paracha déclare : « D.ieu parle à Israël et dit : ‘offrez des contributions généreuses et construisez le Sanctuaire. Ne pensez pas ou ne dites pas que vous donnez quelque chose qui vous appartient car tout est à Moi’. Ainsi, Veyik’hou Li : prenez et donnez de quelque chose qui est à Moi ».

Le roi David abonde également dans ce sens : « Car toute chose vient de Toi et c’est de ce qui T’appartient que nous Te donnons ».

On peut retrouver le même principe dans les Pirké Avot (Les Maximes de nos Pères) : « Donne-Lui (c’est-à-dire à D.ieu) de ce qui Lui appartient car toi et tout ce qui est à toi est (en fait) à Lui »

Cette attitude fondamentale, qui consiste à reconnaître que nous dépendons de D.ieu, nous empêche, d’une part, de tomber dans l’arrogance et la prétention. Par ailleurs, elle assure que nous accomplirons nos obligations à l’égard de D.ieu et de nos prochains. Elle nous permet de reconnaître la valeur inhérente du Bien pour lui-même et d’agir dans cette perspective.