Chaque membre du Peuple juif reçoit l’injonction d’apporter la contribution précise d’un demi-chékel d’argent pour le Sanctuaire. Des instructions sont également données concernant la fabrication du bassin d’eau du Sanctuaire, de l’huile d’onction et des encens. Les artisans « au cœur sage », Betsalel et Aholiav sont chargés de la construction du Sanctuaire et une fois encore le peuple reçoit le commandement d’observer le Chabbat.

Moché ne redescend pas du Mont Sinaï quand le peuple l’attend. Ils fabriquent alors un veau d’or et l’adorent. D.ieu propose de détruire cette nation pécheresse mais Moché intercède en sa faveur. Il descend de la montagne, portant les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravés les Dix Commandements. Quand il voit le peuple danser autour de son idole, il brise les Tables, détruit le veau d’or et fait mettre à mort les principaux instigateurs. Il retourne alors vers D.ieu pour Lui dire : « Si Tu ne leur pardonnes pas, efface-moi du livre que Tu as écrit ».

D.ieu pardonne mais dit que le résultat de ce péché sera ressenti pendant de nombreuses générations. Au début, D.ieu propose de leur envoyer Son ange mais Moché insiste pour que D.ieu Lui-même accompagne Son peuple vers la Terre Promise.

Moché prépare de nouvelles Tables et une fois de plus, monte sur la montagne où D.ieu écrit de nouvelles Tables de l’Alliance. Sur la montagne, Moché perçoit également une vision des « treize attributs de miséricorde ». A son retour, le visage de Moché irradie d’une telle lumière qu’il doit le cacher derrière un voile qu’il n’enlève que pour parler à D.ieu et enseigner Ses lois au peuple.

Bien que chaque individu soit unique, nous partageons tous le point commun d’appartenir à une entité indivisible. Au cours des générations, même lorsque les dangers nous menaçaient, c’est précisément cette unité qui a soutenu notre nation.

L’unité juive est tout particulièrement pertinente à Pourim. Haman chercha à « tuer, annihiler… tous les Juifs, jeunes et vieux, enfants et femmes, en un jour ». Il ne s’intéressa pas à chaque Juif comme individu mais considéra la nation entière, dans sa collectivité. Ce qui va encore plus loin est le fait que les événements qui conduisirent au décret de détruire le Peuple juif et l’annulation de ce décret se réfèrent tous deux à l’unité juive.

Nos Sages expliquent que, dans la Meguila, certaines références à A’hachvéroch, le roi de Perse, peuvent être interprétées comme des références à D.ieu.

Ainsi, la requête, que lui adressa Haman de détruire le Peuple juif peut se comprendre comme une accusation, dans la Cour Céleste, contre le Peuple juif. C’est pour cela que la raison invoquée par Haman pour détruire les Juifs : « il y a une nation éparpillée et dispersée parmi les peuples… et ce n’est pas bon pour le roi de les tolérer » peut être interprétée comme une description tant spirituelle que physique de l’état du Peuple juif, à cette époque. Ils n’étaient pas géographiquement éparpillés mais étaient divisés dans le domaine des relations humaines. Et c’est cette dissension qui permit que la requête d’Haman soit acceptée par le véritable Roi.

La force dans l’unité

Tant que notre peuple reste uni, il ne peut être détruit par ses ennemis. Nos Sages interprètent le verset : « Ephraïm s’est uni dans l’idôlatrie: qu’il en soit ainsi » comme signifiant que lorsque le peuple d’Israël est rassemblé dans un lien d’unité, même s’ils adorent des idoles, leurs péchés ne les atteindront pas. Ils mèneront des guerres et seront victorieux. Dès lors que leur unité se fracture, un décret appelé pour les détruire peut être émis dans le Ciel.

Par le même biais, c’est la restauration de l’unité juive qui mena à l’annulation du décret d’Haman. Avant qu’Esther n’aborde A’hachvéroch, elle demanda à Morde’haï : « Va rassembler tous les Juifs ». Elle prit conscience qu’elle ne pourrait réussir dans son intervention en leur faveur, tant qu’ils ne seraient pas unis pour permettre d’endiguer le flot spirituel qui avait mené au décret de destruction.

La Torah comme outil d’unité

Dans notre monde, l’unité ne peut naître que comme résultat d’une connexion avec D.ieu. Chaque créature est une entité unique : ce n’est que par la révélation de l’unité ultime de D.ieu que tous les éléments disparates de la création peuvent être perçus comme formant un tout. Puisque « la Torah et D.ieu forment Un », la Torah est l’intermédiaire qui permet à cette unité de se révéler dans le monde.

Bien que l’étude de la Torah soit une discipline intellectuelle et que les hommes diffèrent dans leurs manières de penser, l’étude de la Torah unifie plutôt qu’elle ne renforce nos différences individuelles. Pourquoi ? Parce que la dimension intellectuelle de la Torah ne représente qu’un aspect limité de sa véritable nature. L’essence de la Torah a ses racines dans un niveau de Divinité qui transcende toutes les limites et surpasse totalement les limites de l’intellect.

Parmi tous les aspects de l’étude de la Torah, cette caractéristique se reflète complètement dans la Hala’ha, le domaine légal de la Torah qui régente notre conduite. Toutes les approches différentes de l’étude de la Torah soulignent les différences entre chaque érudit. Cependant, ce qui concerne la Hala’ha, il n’y a aucune différence entre les individus dans son application. Avant que ne soit tranchée la loi finale régissant un problème particulier, il y a de nombreuses différences d’opinions. Mais une fois que l’on arrive à une conclusion, la loi s’applique universellement.

Cette unité dans la Torah permet l’unité dans le Peuple juif.

« Une nation » même « éparpillée et dispersée »

Cette idée nous permet de comprendre la description du Peuple juif citée plus haut : « il y a une nation éparpillée et dispersée parmi les peuples », sous une lumière positive. Même lorsqu’ils sont coupés les uns des autres et séparés par les différentes cultures et pratiques de leurs terres d’adoption, les Juifs sont identifiés comme « une nation ». En dépit des différences extérieures qui existent entre un Juif et un autre, ils peuvent, grâce à l’influence de la Torah, expérimenter une véritable unité profonde.

Nous pouvons dès lors comprendre que l’unité à laquelle les Juifs parvinrent à Pourim était même supérieure à celle qu’ils avaient vécue au Mont Sinaï.

Quand ils reçurent la Torah, la nation entière était réunie dans un lieu unique. Plus encore, ils vivaient dans le désert et n’étaient donc pas importunés par les tracas de la vie quotidienne. Peu de facteurs pouvaient interférer dans l’établissement d’une unité du peuple.

A l’époque du miracle de Pourim, par contre, ils étaient disséminés dans le monde civilisé. Ils durent affronter les difficultés de la vie en exil et, après le décret d’Haman, la menace de mort. Et pourtant, ils furent capables de surmonter leurs différences personnelles et se joindre dans une unité parfaite.

 Une véritable expression d’unité

Le concept de l’unité juive affecte directement notre observance de la fête de Pourim. Deux des commandements associés à Pourim : Michloa’h Manot (dons d’aliments à des amis) et Matanoth Laévyonim (dons de charité aux pauvres) sont des manifestations claires d’amitié et de souci pour l’autre.

En fait, Matanot Laévyonim exprime encore davantage ce principe de l’unité juive. Car ce principe implique de l’amour pour chacun, même pour ceux que nous ne connaissons pas personnellement. En général, on donne les Michloa’h Manot à nos amis et à nos proches. Mais en allant chercher de pauvres gens pour les aider, des gens que nous n’avons peut-être jamais vus, nous montrons que nos relations avec les autres ne sont pas limitées à nos sentiments personnels. Nous exprimons le lien essentiel et inconditionnel qui unit tout notre peuple, sans différentiation.

Que la célébration de Pourim nous aide à intensifier notre prise de conscience de ce lien. Et, comme au temps d’Esther et de Morde’haï, où la délivrance de notre peuple fut suscitée par l’unité juive, que nos efforts pour répandre l’amour et l’unité dans notre peuple nous permettent aujourd’hui de « joindre une rédemption à l’autre » et d’avancer de la délivrance de Pourim à la Délivrance ultime, rapidement et de nos jours.