Cette Paracha évoque l’épisode des douze explorateurs envoyés par Moché en Israël. Dix d’entre eux, à l’exception de Calev et Yehochoua font un compte-rendu qui décourage les Juifs de conquérir la terre. D.ieu décrète alors qu’ils resteront encore quarante ans dans le désert et que ce sera la génération suivante qui entrera en Israël.

Des lois pour les offrandes ainsi que la Mitsva de la ‘Hallah sont détaillées.

Un homme est mis a mort pour avoir publiquement profané le Chabbat.

Enfin la Mitsva des Tsitsit est donnée par D.ieu afin que nous nous souvenions d’accomplir Ses commandements.


Avant d’entrer en Erets Israël, les Juifs expriment le désir d’y envoyer des explorateurs. Moché en adresse la demande à D.ieu qui lui rétorque qu’Il ne lui dit pas d’envoyer des explorateurs mais s’il le fait qu’il en assume la responsabilité. Moché désigne alors les chefs des tribus et leur assigne la mission d’entrer sur cette terre, de voir si les villes sont fortifiées, les armées puissantes, etc., tout ce que l’on attend d’un espion. Ils reviennent et dix sur les douze envoyés donnent un rapport négatif : « nous ne pouvons nous y rendre, les villes sont fortifiées par des murs qui atteignent le ciel, trente-et-un rois règnent en Canaan, les habitants sont des géants qui nous font nous sentir comme des sauterelles. C’est impossible ».

Le peuple est déçu, pleure toute la nuit. D.ieu est contrarié et leur dit : « Maintenant vous pleurez pour rien, mais Je vous donnerai des raisons de pleurer ». C’était la nuit du 9 Av. Bien des années plus tard, c’est à cette même date que les deux Temples de Jérusalem furent détruits et que nous versons des larmes.

Mais cette première fois, il n’y avait pas de raison de pleurer.

D.ieu était en colère contre les explorateurs, Moché était en colère et cela constitue l’un des épisodes les plus tragiques de la Torah.

De nombreuses questions se posent. Nous nous attarderons sur l’une d’elles.

D.ieu dit à Moché qu’Il ne lui demande pas d’envoyer des explorateurs, c’est à lui d’en prendre la décision. Il est étonnant que Moché, dont la vie était dévouée à D.ieu, qui Le consultait toujours (comme ici), entendant la réponse de D.ieu, décide alors de le faire.

Mais une fois qu’il l’a fait, pourquoi tout le monde est-il en colère contre les explorateurs et non contre Moché ? Si c’était une erreur d’avoir envoyé les explorateurs, c’était bel et bien l’erreur de Moché.

En outre, ce que l’on cherche à obtenir, quand on envoie des explorateurs, c’est un rapport, une évaluation. Or c’est ce qu’ils firent et tout le monde est en colère contre eux ! Nulle part dans la Torah il n’est suggéré que leur rapport était erroné, qu’ils exagéraient et n’avaient pas vu ce qu’ils prétendaient avoir vu. Où est donc leur péché ?

L’explication simple est la suivante : quand une armée envoie des espions, dans un territoire ennemi, leur mission consiste à découvrir le moyen le plus efficace, le plus opérationnel pour gagner la guerre. Mais s’ils reviennent en affirmant que la victoire est impossible, ils démoralisent les troupes et freinent l’esprit de combativité. Ce n’est pas là leur mission. Leur mission consiste à découvrir la meilleure manière de mener l’offensive et ce n’est pas leur rôle de décider ou non du bien fondé de la bataille.

Il en va de même pour les Commandements. Quand D.ieu nous ordonne une Mitsva, c’est ce que nous devons faire. Il n’y a pas de place pour l’hésitation.

D.ieu dit : « Rendez-vous sur cette terre et faites-en la conquête ». Ce n’était pas négociable. L’accomplissement des Mitsvot n’est pas négociable.

Pourquoi alors des explorateurs ? Quand on fait une Mitsva, bien des manières, des sentiments, des intentions sont possibles. Quels sont les meilleurs ? A eux de nous l’indiquer.

Les mauvais explorateurs sont donc ceux qui décident si la conquête doit être menée ou non.

Les bons explorateurs sont ceux qui s’enquièrent de l’approche la plus favorable.

Chaque Mitsva doit être accomplie, sans aucun doute. Mais comment allons-nous le faire ? Nous allons donner de la charité, mais quelle sera la manière la plus bénéfique ? Nous allons observer le Chabbat. Mais comment allons-nous occuper le saint jour pour lui donner plus de sens ?

C’est là qu’interviennent les explorateurs.

Lorsque D.ieu dit à Moché : « Je ne te dis pas d’envoyer des explorateurs », ce dernier n’hésita pas car il avait compris le message de D.ieu : entrer sur la terre, accomplir une Mitsva ne se négocie pas. Mais par quels moyens, comment le faire ? C’est à toi de le trouver. Je veux que tu investisses quelque chose de ta personne dans le commandement.

En fait, D.ieu agit ainsi avec nous très souvent dans notre histoire et dans l’Histoire. Il nous conduit jusqu’à un certain point, une certaine frontière, un seuil, là où nous devons être puis, au moment où nous sommes prêts à passer à l’acte, à accomplir la Mitsva, D.ieu nous dit : « Je ne t’en dis pas plus. Maintenant, si tu veux continuer, que cela soit par un acte volontaire. C’est à toi de décider ».

Et cela est vrai pour tout dans la vie. Notre libre-arbitre intervient après que D.ieu ait déjà préparé un contexte, une situation (qui n’est pas le résultat de nos propres actions ou de notre propre choix, même si l’on pense le contraire), après une longue et compliquée suite d’événements, et là, nous attend une Mitsva à accomplir. D.ieu nous dit : « Maintenant tout dépend de toi. C’est ici qu’intervient ton libre-arbitre, ta propre décision. Moi, Je t’ai conduit là où tu dois être, à toi de faire ce que tu as à faire ».

D.ieu nous ordonne un commandement puis nous donne le libre-arbitre. Qu’est-ce que cela signifie-t-il ? Cela signifie qu’il n’y a pas d’alternative, un commandement est quelque chose que l’on se doit d’accomplir.

Prenons un exemple : « tu ne voleras pas ». C’est ce qui doit être fait, c’est ce qui est juste. Aucune discussion, aucune négociation ne sont possibles. Aucune justification, aucune excuse ne peut exempter de ne pas voler.

Mais intervient alors le libre-arbitre. On peut accomplir cette Mitsva ou la violer. Et ce choix, c’est nous qui le faisons. Et si nous choisissons le bon chemin, nous mettons notre moi profond dans ce qui est bon, saint et vrai.

Sans le libre-arbitre, le bien et la sainteté existeraient mais nous ne compterions pas, nous n’en ferions pas partie.

Mais quand D.ieu dit : « voici Mon commandement et vous avez le libre-arbitre », le message est double.

L’explorateur n’a rien à voir avec le commandement de D.ieu. D.ieu décrète, on ne discute pas. Mais lorsqu’on l’accomplit, on y investit notre être parce que nous avons le libre-arbitre.

Ainsi quand le moment fut venu de rentrer en Terre Promise, D.ieu déclara : « Ne me demande pas quoi faire, Je t’ai dit quoi faire. Maintenant, tu possèdes le libre-arbitre et c’est à toi de décider quoi faire ».

Les explorateurs firent une erreur en estimant que c’était à eux de décider s’il fallait conquérir la terre ou non.