Que désirait réellement Kora’h ?
Le nom de la Paracha de cette semaine, Kora’h, suscite une question évidente. Il est écrit (Proverbes 10 : 7) : «le nom des impies doit pourrir» et c’est sur cette base que nos Sages statuent que l’on ne doit pas donner le nom de quelqu’un qui s’est mal comporté (Yoma 38b).

Pourquoi donc une partie toute entière de la Torah porte-t-elle le nom de Kora’h ? Avec ce titre, l’identité de Kora’h est, en effet, perpétuée à tout jamais puisque la Torah est éternelle.

Parmi les multiples explications avancées, l’une d’entre elles précise que le désir de Kora’h était, dans son essence, positif. Il désirait être Grand-Prêtre, expérimenter la proximité absolue avec D.ieu, en pénétrant dans le Saint des Saints. En fait, quand Moché répondit à Kora’h, il ne lui rétorqua pas que sa requête était infondée. Au contraire, comme le rapporte Rachi (Bamidbar 16 :6), Moché lui dit qu’il partageait le même désir ; lui-aussi aurait voulu être Grand-Prêtre.

Bien plus encore, au Mont Sinaï, D.ieu s’adressa au Peuple Juif en le qualifiant de «royaume de prêtres» (Chemot 19 :6) et nos Sages interprètent ces mots comme se référant au niveau atteint par le Grand-Prêtre. Chaque Juif possède-t-il ce potentiel en lui ?

Ainsi donc, la réclamation de Kora’h se basait sur une vérité essentielle (Bamidbar 16 : 3) : «toute la congrégation est sainte ; D.ieu réside en leur sein». Chacun des membres du Peuple juif possède une étincelle de sainteté. Kora’h et ses adeptes désiraient que cette étincelle s’épanouisse. Ils étaient même prêts à tout risquer, jusqu’à leur vie, pour vivre une expérience spirituelle si extraordinaire. C’est pourquoi, même lorsque Moché leur eut affirmé qu’apporter une offrande d’encens signifierait leur mort, ils n’hésitèrent pas.

Donner à la Paracha le nom de Kora’h souligne le potentiel de grandeur spirituelle que nous possédons tous et le désir que nous devons manifester pour réaliser ce potentiel.

L’intention face à l’action
Cependant, cette explication reste imparfaite car les bonnes intentions ne suffisent pas. Ce sont avant tout nos actions concrètes plutôt que nos intentions que D.ieu juge. Quels qu’aient pu être les projets de Kora’h, il créa une controverse qui aboutit à dans la mort de milliers de personnes. Il ne semble donc pas adéquat d’immortaliser ce passage en lui donnant le nom de l’une de nos lectures hebdomadaires de la Torah.

La problématique se renforce encore si l’on observe que le nom de Kora’h est associé à la division. La racine hébraïque de ce nom signifie «division» ou «déchirure» et nos Sages associent le nom de Kora’h, non seulement par les faits mais également par sa source, à ces tendances. La division va en opposition absolue avec le but de la Torah qui «ne fut donnée que pour apporter la paix au monde». Pourquoi un nom synonyme de division sert-il donc pour nommer une Paracha de la Torah ?

Une unité plus absolue
La réponse à cette question dépend de la définition que nous donnons à l’unité. L’unité absolue, essentielle est impossible dans notre monde matériel. Comme le commente Rachi (Bamidbar 16 : 5) : «Le Saint Béni soit-Il a défini des limites dans Son monde. Peux-tu transformer le matin en soir ?» Chaque entité possède sa nature spécifique.

Le concept de la division n’a pas besoin, toutefois, d’aller à l’encontre de nos efforts vers l’unité. Bien au contraire, l’unité est plus complète quand elle dépasse les entités divergentes, chacune possédant sa propre nature.

Tel est le but de la paix qu’est venue établir la Torah. Cela ne signifie pas que les différences ne doivent pas exister mais qu’elles doivent créer une véritable harmonie. Il y a donc une place pour Kora’h dans la Torah car celle-ci enseigne que la division peut servir un but positif et que la diversité ne conduit pas au conflit.

Prendre nos propres décisions
Néanmoins, D.ieu désire que nous parvenions à cette unité à multiples faces de notre propre initiative. Il donne à l’homme la force et la responsabilité d’atteindre cet objectif et le libre-choix pour déterminer le sens de ses efforts. Cela se retrouve également dans la conduite de Kora’h. Il avait vu qu’après le péché du veau d’or et celui des explorateurs, Moché avait prié D.ieu et empêché l’application des décrets Divins. Korah pensait donc que, bien que D.ieu ait attribué leurs positions à Moché et à Aharon, il lui serait possible, par le biais de la prière sincère, d’obtenir un changement et de combler ses propres ambitions spirituelles.

Il fit tout simplement le mauvais choix. Plutôt que de renforcer l’unité en intensifiant le lien du peuple avec Moché et Aharon, il emprunta une voie différente. Au lieu de voir l’harmonie potentielle, il suscita l’affrontement des différences.

Kora’h ne prit jamais conscience de son erreur. Par contre, ses enfants le réalisèrent et proclamèrent : «Moché est vrai et sa Torah est vraie» (Sanhédrin 11a). Ils comprirent que la vérité qu’enseignait Moché était la seule et unique manière de faire régner l’unité dans le peuple et de permettre à chaque individu d’exploiter son potentiel.

Une question de temps
D’un point de vue mystique, on explique que les désirs de Kora’h reflétaient des hauteurs spirituelles qui seront atteintes à l’Ere de la Rédemption. Les Lévites (la tribu de Kora’h) seront alors élevés au statut de prêtres et le Peuple juif tout entier atteindra le summum de l’expérience spirituelle car «Je déverserai Mon esprit sur toute chair» (Yoël 3 :1).

Cependant, les récompenses de cet âge ne peuvent être obtenues prématurément mais seulement en conséquence de notre service Divin. Ce n’est que par un dévouement absolu à la Torah de Moché et aux directives de «l’extension de Moché dans chaque génération», les guides spirituels de notre peuple que nous pouvons aspirer à nous élever ainsi que le monde au point où il « sera rempli de la connaissance de D.ieu».