Balak, roi de Moav, engage le prophète Bilaam pour maudire le Peuple juif. Incapable d’y parvenir, ce sont des paroles de bénédictions qui sortent de sa bouche ainsi que la prédiction de la venue de Machia’h.

Le peuple faute avec les filles de Moav qui les poussent à pratiquer l’idolâtrie. L’un des princes de tribu conduit publiquement une princesse Midianite dans sa tente. Pin’has les tue alors tous deux, ce qui met immédiatement fin à la plaie qui s’était abattue sur le peuple.

La Paracha de cette semaine décrit la coalition entre Balak et Bilaam pour maudire le Peuple juif. D.ieu les protège ne permettant pas l’aboutissement de cette malédiction qui se transforme en bénédiction. La suite de la bénédiction évoque la venue de Machia’h. La Paracha s’achève sur un épisode d’indécence et d’impudeur et sur le service du faux dieu de Baal Péor.

Chaque semaine, nous lisons la Haftara, une partie du Na’h, les Prophètes et les Hagiographes, dont le thème est lié à celui de la Paracha.

Cette semaine, les paroles de la Haftara renvoient directement à la Paracha : « Rappelle-toi de ce que Balak, roi de Moav, a conseillé et ce que Bilaam lui a répondu… ». Mais cela ne constitue qu’une partie d’une perspective plus large.

Quels sont les thèmes essentiels de la Paracha rapportés par la Haftara ? Qu’y a-t-il de particulier dans cette Paracha qui ne comporte pas de Mitsvot et que la Haftara nous demande de faire ?

Dans la Haftara, nous lisons que le prophète Mi’ha prophétise sur des événements qui se produiront avant la venue de Machia’h : « les restes de Yaakov résideront parmi de nombreuses nations » et ils n’accorderont pas leur confiance à l’homme mais seulement à D.ieu, « comme de la rosée envoyée par D.ieu, comme une pluie drue sur la végétation, qui ne croit pas en l’homme et n’attend pas les fils des hommes… comme un lion parmi les animaux de la forêt, comme un lionceau parmi les troupeaux de moutons… »

Puis, il rapporte une plainte qu’adresse D.ieu à Son peuple : « Qu’ai-Je fait pour vous… Je vous ai sortis d’Egypte… d’une maison d’esclavage Je vous ai libérés… J’ai envoyé devant vous Moché, Aharon et Myriam… Rappelez-vous s’il vous plaît ce que Balak a conseillé et ce que lui a répondu Bilaam… Ainsi pourrez-vous connaître les justes actes de D.ieu… »

Elle se conclut par les paroles de Mi’ha affirmant que D.ieu ne demande pas de gestes grandioses mais plutôt : « Il vous a dit… ce qui est bon et ce que vous demande D.ieu, uniquement : pratiquer la justice, aimer la bonté et accompagner D.ieu avec humilité. »

Les premiers versets de la Haftara sont liés à la fin de la Paracha où l’on voit certains membres du Peuple juif s’adonner au culte de Baal. En quoi consistait ce culte ? Les gens s’y livraient à leurs besoins naturels les plus ordinaires et vulgaires. Au fond, il s’agissait d’affirmer qu’ils donnaient la préséance à la nature, comme si la nature n’était pas entre les mains de D.ieu.

Le Peuple juif était sur le point d’entrer en Terre d’Israël. Pendant les quarante années du désert, leur vie avait été clairement entre les mains de D.ieu. Leur nourriture était constituée de la manne qui tombait quotidiennement du ciel. L’eau leur était miraculeusement fournie par un rocher qui voyageait avec eux. Une nuée les protégeait des insectes, des flèches ennemies, etc. Il n’y avait aucune possibilité de nier que tout cela avait une provenance divine directe. Mais dès lors qu’ils allaient pénétrer dans la Terre d’Israël, ils devraient se contenter des lois de la nature : ils devraient semer, planter et récolter, s’ils voulaient manger.

La question subsiste : la nature est-elle un système que D.ieu créa mais qui continue à exister par lui même ou est-ce une façade derrière laquelle D.ieu contrôle tout ?

Bien que nous vivions dans la nature et que nous nous adonnions à l’agriculture, aux affaires, à la santé et à bien d’autres domaines, nous devons comprendre que D.ieu est derrière tout cela.

Les implications de cette idée sont multiples. Si l’on met les lois naturelles sur un piédestal, on peut arriver à accomplir des actes qui vont à l’encontre de la Volonté divine, dans la mesure où nous nous appuyons sur la conception erronée que c’est la nature qui nous permet d’atteindre nos objectifs.

Par exemple, selon la logique naturelle, travailler sept jours par semaine, plutôt que six, devrait rapporter plus d’argent. Il serait donc impératif de travailler le
Chabbat.

Mais si nous prenons conscience que D.ieu contrôle tout, y compris la nature et ses bienfaits, nous verrons l’erreur de ce raisonnement. Les lois naturelles n’ont rien à voir avec nos revenus : elles ne constituent que l’outil qu’utilise D.ieu pour accomplir Sa volonté. Bien sûr, il est impératif que la personne fasse un réceptacle pour recevoir la bénédiction de D.ieu lorsqu’elle s’engage dans un commerce, par exemple. Mais penser que tout faire à l’encontre de la Volonté divine est une garantie d’obtenir davantage constitue une méprise drastique.

Telle est la leçon que put tirer le Peuple juif de l’épisode de Baal, juste avant d’entrer en Terre Sainte. Ils purent réaliser que bien que la nature parût les satisfaire, tout vient en réalité de D.ieu.

Quand Machia’h viendra, nous verrons ouvertement le contrôle qu’exerce D.ieu sur la nature et nous nous tournerons directement vers Lui. Nous ne mettrons pas notre espoir dans les lois naturelles et nous n’aurons besoin de compter sur personne.

La Haftara évoque la période, juste avant l’Ere messianique, où nous rentrerons à nouveau dans notre terre. D.ieu dit que ce sera « comme de la rosée envoyée par D.ieu, comme une pluie drue sur la végétation, qui ne croit pas en l’homme et n’attend pas les fils des hommes… »

Ce sera notre confiance inébranlable en D.ieu, dans cette plus grande obscurité de l’exil, qui fera venir Machia’h.

Maintenant que nous sommes si prêts de la Rédemption, nous devons renforcer notre confiance et notre espoir en D.ieu, quand bien même nous n’avons pas confiance en l’homme : un avant-goût de l’époque de Machia’h.

La Paracha et la Haftara partagent un autre point commun.

Elles ont, toutes deux, deux thèmes : les dons qui sont entrecroisés et la clé pour les recevoir tous deux.

Tout d’abord, D.ieu nous sauve et nous protège de ceux qui nous veulent du mal. Il nous a sortis d’Egypte et nous a sauvés de Balak et de Bilaam.

Le second est le fait de la venue de Machia’h.

Ils sont entrecroisés parce que la venue de Machia’h constitue la Rédemption finale, la protection et le sauvetage du Peuple juif. Puisque la présence de D.ieu sera évidente pour tous, l’existence du mal cessera. Ainsi le sauvetage, la rédemption et la protection ne seront-ils plus nécessaires.

C’est à la fin de la Paracha et de la Haftara que l’on trouve la clé.

Dans la Paracha, nous voyons que c’est notre échec dans le respect des lois et de la pudeur qui nous fit perdre notre protection.

La Haftara l’affirme d’une manière positive. Elle nous donne trois règles à suivre : pratiquer la justice (cela signifie : respecter les lois de D.ieu, les Misvot), aimer la bonté (dans le langage de la Torah, l’amour n’est pas un sentiment mais un acte : faire des actes de bienfaisance) et accompagner D.ieu avec humilité (c’est-à-dire : être conscient de Sa présence constante). »

Quand nous sommes conscients de la présence de D.ieu, c’est bien plus qu’une croyance. Notre relation avec Lui atteint un point où nous savons qu’Il est là, Il est bien réel pour nous. Cela change notre perspective de la vie. La façon dont nous marchons, dont nous agissons, dont nous nous habillons et même dont nous pensons, se raffine parce que D.ieu fait partie de notre réalité.

Ces trois domaines nous définissent, définissent notre être juif et sont la clé pour faire venir Machia’h, comme cela est prophétisé dans notre Paracha. Puisse Dieu faire qu’il vienne immédiatement.