Confiance et respect

Certains ouvrages contemporains attirent l’attention sur la dégradation des relations humaines et appellent à une « révolution en faveur de la pudeur ».

La Torah a toujours développé ce message de façon très claire. Dans le Livre de Beréchit, nos héroïnes bibliques sont puissantes, de façon pudique et discrète. Leurs époux sont respectueux et protecteurs. Les femmes sont chéries et honorées.

Et c’est ainsi qu’a perduré la tradition juive qui remonte aux jours de nos Patriarches et de nos Matriarches.

Un récit de notre Paracha vient nous apporter un lumineux éclairage à ce propos.

Lorsque l’on jette un regard attentif sur leur relation, nous observons qu’Avraham et Sarah, respectivement âgés de soixante-quinze et soixante-cinq ans, voyagent vers le sud, vers l’Egypte. Pendant leur voyage, Avraham dit à Sarah combien elle est belle et exprime l’inquiétude que sa beauté risque d’inciter les Egyptiens à le tuer, lui-même, pour la mettre dans le harem du roi.

Avraham fait à son épouse les suggestions suivantes : « S’il te plaît, dis que tu es ma sœur, pour que tout aille bien pour moi, grâce à toi et que mon âme puisse vivre, grâce à toi » (Beréchit 12 :13).

Le plan d’Avraham le rayerait, en effet, de la liste noire du Pharaon, tout en rendant Sarah accessible à des abus hédonistes ! Ce qui va encore plus loin est qu’Avraham mentionne qu’en effet, il lui serait bénéfique que Sarah soit enlevée : « pour que tout aille bien pour moi, grâce à toi » !

Les commentateurs bibliques expliquent que si Avraham était pris pour son frère, il s’attendait à recevoir un hommage sous forme de cadeaux d’argent et de bétail.

S’agit-il ici réellement d’Avraham, le premier époux juif et le prototype de la bienséance ? S’agit-il de l’homme dont la générosité altruiste l’avait fait mettre quatre portes à sa tente, la rendant ouverte aux voyageurs qui venaient de toutes directions ?

Il y a environ deux mille ans, l‘auteur du Zohar posait la même question (question qui a d’ailleurs interpelé pratiquement tous les commentateurs de la Torah) :

Rabbi Eliézer a demandé : Avraham, qui craignait D.ieu et qui était aimé de D.ieu, aurait-il pu prononcer ces paroles dans son propre intérêt ?

Rabbi Eliézer a expliqué : Bien qu’Avraham craigne D.ieu, il ne faisait pas confiance en son propre mérite. Il ne demanda pas à D.ieu de sauver (Sarah) par son mérite à lui, mais par le sien (à elle). Il savait (aussi) que c’était par son mérite à elle qu’il accumulerait de la richesse provenant des autres nations, puisqu’un homme acquiert de l’argent par le mérite de sa femme… Il s’appuyait sur son mérite pour ne pas être atteint et pour qu’elle ne soit pas touchée et c’est pour cela qu’il n’eut pas peur de dire : « Elle est ma sœur ».

Selon le Zohar, le raisonnement d’Avraham suivait deux directions :

  1. Avraham ne pensait pas qu’il puisse mériter d’être sauvé de la mort mais il avait une confiance absolue en ce que D.ieu ne laisserait jamais qui que ce soit abuser de sa sainte épouse. Aucun danger ne la menaçait.
  2. Avraham connaissait également la Loi Divine selon laquelle les profits de l’homme lui sont acquis par le mérite de sa femme.

Et c’est en effet ce qui se produisit. Sarah fut prise. Mais quelques heures plus tard, elle était libérée, intacte. Et le Pharaon donna à Avraham une profusion de richesses.

Alors que la convenance demande que l’homme soit courtois et défende l’honneur et la sécurité de sa femme, il est des situations où il lui est recommandé de prendre du recul et d’avoir confiance en ce qu’elle est capable de se protéger elle-même. En fait, elle peut même obtenir davantage de bienfaits que s’il s’était impliqué. Dans son célèbre poème : Une Femme de Valeur (Echèt ‘Hayil), le Roi Salomon décrit la stratégie d’Avraham : « Le cœur de son mari lui fait confiance, il ne manque aucun profit ».

Le Zohar compare l’union d’Avraham et Sarah à celle de l’âme et du corps. Cela nous permet un parallèle extraordinaire entre l’histoire du voyage d’Avraham et Sarah en Egypte et notre voyage dans la vie.

L’âme descend sur terre et s’associe à un corps. Elle cherche à le protéger de tout mal. Mais le corps a une mission à accomplir, mission plus dangereuse que celle de l’âme. En tant que sujet physique, le corps est mieux équipé pour cultiver le monde matériel. Son travail consiste à labourer, planter, acheter, cuisiner, tout en apportant à ce monde matériel la conscience de D.ieu.

Il se peut que l’âme veuille instinctivement protéger le corps du matérialisme le plus trivial mais elle est obligée de le laisser faire. Les profits obtenus par le travail du corps apportent également à l’âme un bénéfice considérable.

Avraham, l’époux parfait, et Sarah, la quintessence de la femme juive sont l’exemple d’un couple modèle.

La femme est souvent fortement impliquée dans des poursuites matérielles. Tout comme le corps, elle construit, crée, organise, établit des stratégies et se plonge dans le matériel et le physique. Tout comme Sarah, elle peut paraître conduite de force dans le palais du Pharaon où le matérialisme règne et où est adoré ce qui a une belle apparence.

Mais un homme perspicace sait que sa femme est en sécurité. Les femmes ont un don : l’aptitude à voir la matérialité comme un moyen pour parvenir à une fin plus grande, une fin Divine. C’est avec cet objectif qu’elles font surgir la conscience du Créateur dans chaque aspect de l’existence.