Le beau-père de Moché, Yitro, entend parler des miracles extraordinaires qu’a accomplis D.ieu pour le Peuple d’Israël. Il se rend de Midian au camp d’Israël, accompagné de la femme de Moché et de leurs deux fils. Yitro conseille à Moché de désigner une hiérarchie constituée de magistrats et de juges pour l’aider dans sa tâche de juger le peuple.

Les Enfants d’Israël établissent leur campement face au Mont Sinaï où il leur est dit que D.ieu les a choisis pour être Son « royaume de prêtres » et « une nation sainte ». Le peuple répond en proclamant : « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons ».

Le sixième jour du troisième mois (Sivan), sept semaines après l’Exode, la nation d’Israël dans son intégralité s’assemble au pied du Mont Sinaï. D.ieu descend sur la montagne dans le tonnerre, les éclairs, des tourbillons de fumée et le son du Chofar. Il commande à Moché de monter.

D.ieu proclame les Dix Commandements, enjoignant le Peuple d’Israël de croire en D.ieu, de ne pas servir d’idoles ou de prononcer le Nom de D.ieu en vain, de garder le Chabbat, d’honorer les parents, de ne pas tuer, de ne pas commettre d’adultère, de ne pas voler et de ne pas porter de faux témoignages ni de jalouser la maison d’autrui. Le peuple s’adresse à Moché en criant que la révélation est trop intense pour qu’ils puissent la supporter, le suppliant de recevoir, lui, la Torah de D.ieu et de la leur transmettre.

Seul un petit nombre des lectures de la Torah ont le nom d’un individu particulier. Aussi, quand une telle association se présente, elle appelle à une attention toute particulière. Et si cela est vrai de toutes les autres Paracha, cela s’applique avec encore plus d’acuité à la Paracha de cette semaine qui relate le Don de la Torah. Le nom de cette Paracha indique clairement qu’il y a un lien à établir entre l’individu et l’événement en question.

Qui était Yitro ? La Torah le décrit comme le Cohen de Midian. Nos Sages offrent deux définitions du mot Cohen.

Il s’agit tout d’abord du « dirigeant ». En effet, Yitro dirigeait le pays de Midian.

Mais, par ailleurs, ce terme signifie également « prêtre ». Il était le guide des Midianites dans leur culte. Et de fait, nos Sages relatent que « Yitro avait connu toutes les fausses divinités du monde ».

Le lien entre la première interprétation et le Don de la Torah est évident car il reflète la portée de l’engagement de Yitro. Bien qu’il ait vécu dans la richesse et le confort, il était prêt à voyager dans le désert pour entendre les mots de la Torah.

Cependant la seconde interprétation est problématique. Nos Sages nous enseignent qu’il est interdit de dire à un converti : « Rappelle-toi tes actes antérieurs. »

Connaître les divinités, reconnaître D.ieu

Pour répondre à cette question, il est nécessaire de comprendre la source de l’idolâtrie. Maïmonide écrit :

« A l’époque d’Énoch, l’humanité commit une grave erreur… Les hommes disaient que D.ieu avait créé les étoiles et les sphères avec lesquelles Il contrôlait le monde. Il les avait placées En Haut et les traitait avec honneur… De la même façon, il convient (pour l’homme) de louer et de glorifier (ces entités) et de les traiter avec honneur.

Ainsi le culte de fausses divinités est-il enraciné dans l’incompréhension du fait que D.ieu influence ce monde par ces intermédiaires. »

Nos Sages commentent : « Il n’existe pas un brin d’herbe sur la surface (du monde matériel) qui n’ait une force spirituelle le forçant à grandir. » Cependant, les idolâtres attachent à ces intermédiaires une autorité indépendante, pensant qu’ils ont le contrôle sur l’influence qu’ils exercent. En réalité, ces « dieux » ne sont qu’« une hache entre les mains du bûcheron », ne possédant aucune importance ou volonté par eux-mêmes et c’est pourquoi il est erroné et interdit de les adorer.

En disant que Yitro avait connu toutes ces fausses divinités du monde, nos Sages impliquent qu’il était conscient de tous les moyens par lesquels D.ieu fait parvenir de l’énergie dans le monde. Et malgré sa connaissance de ces forces spirituelles, il avait rejeté leur culte, déclarant : « Que D.ieu soit béni… Maintenant je sais que D.ieu est plus grand que toutes les divinités. »

Le microcosme encourageant le macrocosme

La reconnaissance de D.ieu par Yitro ne le concernait pas simplement lui, en tant que personne. Ses paroles de louange permirent « la révélation de D.ieu dans Sa gloire dans les royaumes supérieurs et inférieurs. Après cela, Il donna la Torah dans une parfaite (confirmation) de Sa domination sur toute existence. »

La reconnaissance individuelle de Yitro exprima le but du Don de la Torah. Elle prépara le monde entier à une telle révélation.

Expliquons-nous : Maïmonide déclare : « La Torah ne fut donnée que pour créer la paix dans le monde ».

Et pourtant, la paix n’est pas le but de l’existence de la Torah. En effet, la Torah existait avant même la création du monde. Elle est la sagesse de D.ieu et forme un avec Lui.

Aussi, tout comme D.ieu transcende le concept de « but », ainsi en va-t-il de la Torah.

Cependant, Maïmonide

se concentre, non sur le but de la Torah elle-même, mais sur le Don de la Torah, sur la raison pour laquelle elle fut donnée aux mortels. Il explique que ce Don n’avait pas pour simple but de répandre la lumière divine mais de cultiver la paix.

 

Quand les extrêmes se rencontrent

La paix signifie l’harmonie entre les contraires. Dans son sens ultime, elle se réfère à une résolution de la dichotomie entre le spirituel et le matériel, le mouvement en avant permettant à un monde, dans lequel la présence de D.ieu n’est pas visiblement présente, de reconnaître la vérité de Son Être et d’en être imprégné.

A propos du verset : « Les cieux sont les cieux de D.ieu et la terre Il l’a donnée aux enfants de l’homme », nos Sages expliquent qu’à l’origine, régnait un décret divin séparant le monde spirituel du monde matériel. Autrement dit, la nature de l’existence matérielle interdisait la coexistence avec la réalité spirituelle. Au moment du Don de la Torah, toutefois, D.ieu annula ce décret et permit que s’établisse l’unité entre les deux.

Mais la paix implique plus que la simple négation de l’opposition. L’intention en est que ce qui était auparavant inconciliable trouve un terrain d’entente et s’unisse dans une activité productive.

De la même façon, la paix que suscite la Torah ne fait pas qu’impliquer une si grande révélation de la Divinité dans le monde matériel qu’il est obligé de Le reconnaître. Mais son intention est de révéler une conscience de D.ieu au sein même du monde matériel.

Il y a de la Divinité dans chaque élément de l’existence. A chaque moment, la Création se renouvelle. Si l’activité Divine venait à cesser, le monde retournerait au néant absolu. La Torah nous permet d’apprécier cette Divinité intérieure et de vivre en harmonie avec Elle.

A un niveau personnel, la reconnaissance de Yitro de la suprématie de D.ieu accomplit cet objectif. Il évolua de l’implication avec « toutes les divinités du monde » à une profonde reconnaissance de la souveraineté de D.ieu. Ce cheminement rendit possible le Don de la Torah qui, à son tour, transforma le monde.

Le chemin vers la Délivrance

Le Tanya décrit le Don de la Torah comme avant-goût de l’Ère messianique. Car alors, toute existence se tenait dans un état d’unité absolue avec D.ieu.

Au moment du Don de la Torah, cependant, la révélation dépendait de l’initiative divine. Puisque le monde n’avait pas encore été raffiné, sa nature restait en opposition avec la manifestation de la Divinité et c’est pourquoi tous les miracles de la Révélation Sinaïtique ne durèrent pas.

Désormais, l’observance de la Torah et les Mitsvot par l’humanité, dans les siècles qui ont suivi, a doucement tressé la Divinité dans le tissu du monde. A l’Ère de Machi’ah, cette dualité sera éternellement abolie et nous constaterons que notre monde est la résidence de D.ieu.