A la suite de la révélation sinaïtique, D.ieu instaure une série de lois pour le Peuple juif. Elles incluent les lois concernant le serviteur contractuel, les compensations en cas de meurtre, d’enlèvement etc., les lois civiles pour rembourser les dommages, les prêts et les responsabilités des « quatre gardiens », enfin les lois dirigeant la conduite des cours de justice.

On y lit également les lois interdisant les mauvais traitements à l’égard des étrangers, l’observance des fêtes, les dons agricoles à apporter au Temple de Jérusalem, l’interdiction de cuire ensemble le lait et la viande et la Mitsva de la prière. La Paracha Michpatim comporte en tout 53 mitsvot : 23 commandements positifs et 30 interdictions.

D.ieu promet de conduire le Peuple d’Israël en Terre Sainte et le met en garde contre les pratiques païennes de ses habitants.

Le Peuple d’Israël proclame « Nous ferons et nous entendrons tout ce que D.ieu nous a ordonné ». Laissant Aharon et Hour en charge du camp des Juifs, Moché monte sur le mont Sinaï pour recevoir la Torah de D.ieu et y reste quarante jours et quarante nuits.

La troisième couronne

(Moché) prit le livre de l’alliance et le lut aux oreilles du peuple. Et ils dirent : « Tout ce dont D.ieu a parlé, nous le ferons et nous l’entendrons. » (Chemot 24 :7)

Comme l’atteste ce verset, notre alliance avec D.ieu n’implique pas seulement de « faire » la Volonté divine mais également de l’« entendre », c’est-à-dire de la comprendre, de s’identifier avec elle. En d’autres termes, nous ne servons pas seulement D.ieu avec nos actions mais également avec notre intellect et notre cœur, en étudiant Sa sagesse et en gagnant l’amour et la crainte de Sa vérité.

Et pourtant, comme le soulignent nos Sages, le peuple prononça « nous ferons » avant « nous entendrons ».

Cela signifie que notre observance des commandements divins ne dépend pas de la compréhension que nous en avons. D’abord vient l’engagement inconditionnel d’accomplir les commandements de D.ieu. Ce n’est qu’après cet engagement que nous promettons également d’« entendre » et de comprendre.

Les dons des anges

Un très beau passage du Talmud illustre la manière dont D.ieu apprécia cette déclaration du peuple :

« Au moment où les Enfants d’Israël exprimèrent : ‘nous ferons’ avant ‘nous entendrons’, six cent mille anges vinrent, (un) pour chaque Juif, et ils posèrent deux couronnes sur sa tête : l’une pour ‘nous ferons’ et l’autre pour ‘nous entendrons’ ». (Chabbat 88a)

Un examen plus attentif de la terminologie de ce passage révèle une apparente incohérence. Les premiers mots impliquent que les cadeaux apportés par les anges ne récompensaient pas les mots « nous ferons » et « nous entendrons » eux-mêmes mais plutôt le fait que les Enfants d’Israël aient placé « nous ferons » avant « nous entendrons ».

S’il en est ainsi, pourquoi donc reçurent-ils deux couronnes, l’une pour chaque déclaration.

Les Maîtres de la ‘Hassidout expliquent : donner la priorité à « nous ferons » sur « nous entendrons » ne constitue pas simplement une qualité en soi, signifiant un engagement inconditionnel à la Volonté divine. Cela exerce également un profond impact sur le fait d’ « agir » et celui d’ « entendre », les élevant à un niveau d’accomplissement et de compréhension tout à fait différent.

Quand notre pratique d’une Mitsva repose sur notre compréhension de sa signification, l’acte lui-même se trouve aux prises avec les limites de notre intellect et de notre cœur. Plus encore, chaque Mitsva possède sa propre série de limites et de conditions. Certaines sont plus accessibles à la compréhension, d’autres moins. Certaines nous atteignent émotionnellement plus que d’autres. La Mitsva se trouve donc réduite (pour le moins l’expérience qu’en fait celui qui l’observe) à un acte humain, sujet aux limites et aux fluctuations de la condition humaine.

Mais lorsque nous accordons la priorité à « nous ferons » sur « nous entendrons », c’est comme si nous disions : « Je vais accomplir la Volonté de D.ieu, non dans mes termes mais dans les termes de D.ieu. Je fais cela, non parce que je le comprends, et dans les limites de ma compréhension, mais parce que D.ieu me l’a commandé. »

Notre action se trouve alors élevée. D’un acte humain fini et temporel, elle passe au niveau de l’infini, de l’éternité du Divin.

La même chose s’applique à la compréhension dans notre service de D.ieu. En soi, l’effort humain pour comprendre le Divin reste juste ce qu’il est : un effort humain, délimité dans le champ de l’intellect humain, avec les défaillances particulières de chaque individu. Certains aspects de la Divinité sont plus compréhensibles, d’autres moins. Certaines Mitsvot rendent plus facile notre identification avec elles, alors que pour d’autres, c’est plus difficile.

Le seul moyen de gagner une visibilité sans limites de la Vérité divine est de vivre cette vérité, pleinement et sans équivoque, dans notre vie et dans nos activités quotidiennes. Ce n’est que lorsque l’on place « nous ferons » avant « nous entendrons » que notre compréhension parvient à saisir réellement le Divin.

La couronne de D.ieu

S’il en est ainsi, cependant, les anges auraient dû placer trois couronnes sur chaque membre du peuple. Car l’action et la compréhension sublimées, que nous faisaient gagner les deux couronnes, avait pour source une troisième qualité implicite : notre soumission inconditionnelle à la Volonté divine qui s’exprima par ce choix prioritaire de l’action devant la compréhension.

L’on peut répondre à cette difficulté par la parabole que propose le Midrach (Midrach RabbaVayikra 24: 8):

« Un jour, trois concitoyens offrirent à leur roi trois couronnes. Que fit le roi ? Il en prit une et la plaça sur sa propre tête et les deux autres, il les plaça sur la tête de ses enfants. »

Les deux couronnes apportées par les anges à chaque âme juive, l’une pour « nous ferons » et l’autre pour « nous entendrons », représentent la magnificence d’une action faite seulement pour D.ieu et la profondeur de la compréhension acquise par celui qui recherche la sagesse dans le seul but de servir le Divin.

Il existe néanmoins une troisième couronne, une couronne qui est la source et la racine des deux autres, une couronne que n’apportèrent pas les anges : la couronne de notre attachement inconditionnel à D.ieu.

Cette couronne particulière, D.ieu ne la confie à aucun ange, n’en récompense aucune âme. Au lieu de la placer sur la tête de Ses enfants, D.ieu fait quelque chose qui est une encore plus grande manifestation de Sa considération pour eux : D.ieu la porte sur Sa propre tête. « Voici Ma fierté et Ma gloire, dit la couronne de D.ieu. Le fait que Je la porte équivaut au fait que vous la portiez, car c’est ici que vous et Moi formons Un. »