Moché réunit le peuple d’Israël et réitère le commandement d’observer le Chabbat. Il transmet alors les instructions de D.ieu concernant la construction du Michkan (le Tabernacle). Le peuple fait don, en abondance, des matériaux requis, apportant de l’or, de l’argent et du cuivre, de la laine teinte en bleu, violet et pourpre, des poils de chèvre, du lin tissé, des peaux de bêtes, de la laine, du bois, de l’huile d’olive, des herbes et des pierres précieuses. Moché doit leur demander de cesser leurs dons.

Une équipe d’artisans au cœur sage construit le Michkan et son mobilier (comme cela a été décrit dans les Paracha précédentes : Terouma, Tetsavé et Ki Tissa) : trois couches pour les couvertures du toit, 48 panneaux muraux plaqués d’or et 100 socles d’argent pour les fondations, le Paro’hèt (voile) qui sépare les deux chambres du Sanctuaire et le Massa’h (écran) pour le devant, l’Arche et son couvercle avec les Chérubins, la Table et ses Pains de Proposition, la Menorah à sept branches avec son huile spécialement préparée, l’autel d’or et les encens qui y sont brûlés, l’huile d’onction, l’autel extérieur pour les offrandes que l’on doit brûler et tout son équipement, les cintres, les poteaux, et les socles de fondation pour la cour et enfin le bassin et son piédestal, fait de miroirs de cuivre.

Le ciel et la terre

« Selon tout ce que Je te montre, la forme du Tabernacle et la forme de tous ses ustensiles ; et ainsi tu (les) feras. » (Chemot 25 :9)

Le ‘Houmach (les « Cinq Livres de Moché ») est un ouvrage très concis. Il est constitué de moins de 80 000 mots et il renferme la Torah toute entière. Tout y est : toute la Hala’ha (la loi de la Torah), les histoires du Midrach, la vaste mer homilétique de la Aggadah, les innombrables perspectives des œuvres mystiques, philosophiques et éthiques de toutes les générations. En fait, il n’existe pas un mot ou une lettre qui soit superficielle dans le ‘Houmach. Si un verset se répète, si deux mots sont utilisés là où un seul aurait suffi ou un mot plus long est à la place d’un équivalent plus court, c’est qu’il y a là un message, un nouveau concept ou une autre loi. Le Talmud relate que Rabbi Akiva tirait « des montagnes et des montagnes de lois à partir de la graphie d’une lettre » dans la Torah.

Et pourtant, il y a deux sections dans le ‘Houmach : Vayakhel (Chemot 35 :1-38 :20) et Pekoudé (Chemot 38 :21- 40 :38) qui semblent être une répétition apparemment inutile.

Dans les Paracha précédentes de Teroumah et Tétsavé (Chemot 25-30), la Torah donne un récit détaillé des instructions de D.ieu à Moché concernant la construction du Sanctuaire (le « Tabernacle »), son ameublement et les vêtements sacerdotaux portés par ceux qui y accompliraient leur service.

Dans Vayakhel et Pekoudé, elle relate comment le Peuple d’Israël accomplit ces commandements. Et nous sommes à nouveau informés de la construction du Tabernacle, dans tous les détails, jusqu’aux dimensions de chaque pilier, de chaque panneau, de chaque tapisserie, des matériaux de chaque vêtement et des formes décoratives sculptés dans l’or de la Menorah (vingt-deux gobelets, onze sphères et neuf fleurs).

Une seule phrase, sous forme de : « et les Enfants d’Israël firent le Sanctuaire conformément à ce que D.ieu avait ordonné à Moché » aurait « épargné » à la Torah plus d’un millier de mots !

La traduction

En fait, il y avait deux Sanctuaires : un modèle céleste et un édifice matériel. Dans Ses instructions à Moché, D.ieu Se réfère à « la forme qui t’est montrée sur la montagne ». Sur le sommet du Mont Sinaï, Moché eut la vision d’un édifice dans lequel D.ieu désirait résider. Au pied du Mont Sinaï, le peuple d’Israël traduisit cette vision en une structure concrète, de cèdre et d’or.

Jamais dans l’histoire un traducteur ne fut aux prises avec deux « langages » si différents. L’esprit est subtil, la matière est concrète. L’esprit est infini, la matière se définit par le temps et l’espace. De plus, et c’est le plus important, l’esprit est par nature subordonné, prêt à témoigner d’une vérité supérieure alors que la matière ne reconnaît rien d‘autre que sa propre immanence.

Et pourtant, c’est d’une résidence matérielle dont D.ieu avait le désir. C’était dans le Sanctuaire terrestre que la Présence Divine vint résider et non dans le Sanctuaire spirituel en haut du Mont Sinaï.

Il est vrai que l’univers matériel est le plus bas des créations divines. Plus bas dans le sens où c’est celui qui est le moins conscient de sa petitesse inhérente devant la grandeur de D.ieu, le moins expressif de sa source et de sa mission divines. Mais c’est précisément à cause de leur « bassesse » que D.ieu désira que les substances matérielles soient utilisées pour fabriquer un Sanctuaire qu’Il habiterait.

D.ieu désire que le monde matériel, avec toutes ses limites et toutes ses imperfections, soit sanctifié et élevé en étant utilisé pour Le servir.

Telle est la leçon des deux Sanctuaires : ne soyez pas découragés par l’immense fossé qui sépare l’esprit et la matière, la théorie et la pratique, l’idéal et le réel. En réalité, il est virtuellement impossible de reproduire sur terre la perfection de l’esprit. Mais ce n’est pas cette reproduction que désire D.ieu.

D.ieu veut un Sanctuaire concret, un Sanctuaire construit avec les matériaux limités, finis, de la vie physique.

C’est pour mettre l’accent sur ce point que la Torah rallonge d’environ deux cents versets « superflus » son récit de la construction effective du Sanctuaire. Chaque panneau, chaque piquet et chaque tasseau fabriqué par les Enfants d’Israël renvoyait l’image, dans ses plus infimes détails, du modèle spirituel décrit quelques chapitres plus tôt. Mais c’était quelque chose de différent, un Sanctuaire différent.

Oui, la terre doit être faite pour refléter les Cieux, pour reproduire dans chaque détail, l’empreinte divine de la vie. Mais elle reste concrète, dans sa nature et sa substance, elle reste un édifice matériel pour D.ieu, qui utilise sa caractéristique unique d’exprimer la vérité divine.