Après la mort de Nadav et Avihou, D.ieu donne un avertissement interdisant l’entrée non autorisée « dans le Saint des Saints ». Une seule personne, le Cohen Gadol (le Grand Prêtre) peut, une seule fois dans l’année, à Yom Kippour, pénétrer dans la pièce la plus intérieure du Sanctuaire pour y offrir à D.ieu le sacrifice des Ketorèt (encens).

Une des autres caractéristiques du service du Jour du Pardon est le « tirage au sort » exercé sur deux béliers, pour déterminer lequel sera offert à D.ieu et lequel sera envoyé dans le désert, chargé des péchés du Peuple d’Israël.

La Paracha A’haré avertit également contre le fait de n’apporter des Korbanot (offrandes animales ou alimentaires) nulle part ailleurs que dans le Temple, interdit la consommation du sang et détaille les lois prohibant l’inceste et d’autres relations déviantes.

Dans la Paracha Chemini, nous avions vu l’inauguration du Tabernacle et le début de son fonctionnement, dans le but de faire descendre la Présence Divine dans la vie quotidienne et la conscience du peuple. Mais l’excitation et l’extase de ce jour si particulier, le premier jour de Nissan 2449, furent endeuillées par la mort tragique de Nadav et Avihou, les deux fils aînés d’Aharon. Ils moururent prématurément parce que, d’une certaine façon, c’est ce à quoi ils aspiraient : quitter les entraves de la matérialité et expirer dans l’extase de la révélation Divine.

La réponse de D.ieu à cette erreur de jugement fut d’enseigner à Son peuple que, certes il convient, et c’est même crucial, de vouloir se détacher de la conscience étriquée de ce monde pour s’attacher à D.ieu, mais que cela doit toujours rester un seul aspect de notre service, et l’aspect secondaire. L’accent principal dans notre vie doit être placé sur le fait de remplir notre mission, but pour lequel nous (et le monde) avons été créés. Il s’agit d’élever et de raffiner la réalité de telle façon que le Présence Divine soit également manifeste ici-bas.

Deux raisons peuvent expliquer le désir de s’échapper de ce monde. Conscients de la douceur sublime de se délecter dans la Divinité, nous pouvons souhaiter accéder à cette béatitude.

Ou bien, devant la perception de la dégradation que nous a fait subir l’implication dans la vie matérielle, nous pouvons éprouver le désir de renoncer à cet engagement et nous échapper dans l’abri du sanctuaire de la sainteté.

C’est la raison pour laquelle, D.ieu partagea Son enseignement sur l’importance de l’impératif divin d’accomplir notre rôle dans ce monde en deux parties.

La première consiste à « ne pas boire jusqu’à en être enivré », ne pas boire tant de « vin de sainteté » que cela nous rend inconscients du monde qui nous entoure. Dans leur tentative d’atteindre l’extase Divine, Nadav et Avihou burent trop de vin, à la fois au sens littéral et métaphoriquement.

D.ieu nous instruisit donc immédiatement de ne pas agir ainsi, comme cela est relaté tout de suite après le récit de la mort de Nadav et Avihou, dans la Paracha Chemini.

La seconde partie de cet enseignement était « de ne pas pénétrer dans le Sanctuaire, à n’importe quel moment », car mus par leur zèle Divin, Nadav et Avihou avaient pénétré le Sanctuaire de leur propre initiative plutôt qu’en réponse à un appel ou une injonction de D.ieu. Bien que D.ieu prononçât également cette partie de la leçon le Roch ‘Hodech Nissan, elle n’est évoquée que dans la Paracha présente, A’haré, c’est-à-dire deux Parachiot et demie plus tard, à la suite des lois de la Cacherout données dans la seconde moitié de Chemini et les lois de l’impureté transmises dans Tazria et Metsora.

Cela soulève une question évidente : pourquoi le récit des événements du 1er Nissan est-il interrompu par une si longue digression concernant les lois spirituelles et rituelles de la pureté ?

La raison en est que l’essence des lois de la Cacherout comme celles de la pureté et de l’impureté a pour but de nous enseigner comment, tout en étant plongés dans la vie matérielle, nous devons néanmoins rester toujours conscients de la Présence de D.ieu.

Dans cette perspective, il est essentiel de savoir comment faire la distinction entre ce qui est cachère ou « pur » et ce qui ne l’est pas. En d’autres termes, comprendre ce qui nous conduit à la conscience Divine et la renforce et ce qui nous en éloigne. Pour forger une relation avec D.ieu, nous devons être alertes devant les écueils de la vie qui menacent cette relation et savoir comment les éviter.

Il nous faut également être lucides qu’en tant qu’êtres humains, nous courons le risque de succomber devant ces écueils. Et si cela venait à se produire, nous devons également être conscients qu’un mécanisme existe pour contrer cette perte de conscience : la Techouva. Le processus de Techouva, la réorientation individuelle vers la Divinité, atteint son apogée à Yom Kippour, le Jour du Pardon.

Le commandement de « ne pas entrer dans le Sanctuaire à n’importe quel moment » appartient aux lois de Yom Kippour évoquées dans les Paracha précédentes qui nous montrent comment identifier les impuretés de ce monde et atteindre la purification.

Mais une partie intégrante de cette loi signifie qu’il ne faut pas échapper à ce monde, la seconde raison de l’acte de Nadav et Avihou. La réponse qui est apportée ici indique que quand nous sommes envahis de remords pour avoir succombé aux exigences de la vie et désirons nous enfuir dans la sécurité de la sainteté, nous ne devons jamais perdre de vue notre but et notre mission dans la vie.

La Paracha A’haré, dont le nom signifie « après », nous projette dans le futur ultime : l’Ère de la Délivrance qui dépend de notre conduite et de nos efforts pour saisir chaque opportunité d’accomplir un commandement Divin ou une bonne action, révélant ainsi la Divinité dans le monde que nous habitons.