Yaakov fuit Béer Cheva et se dirige vers ‘Haran. En chemin, il se trouve face à « l’endroit », y dort et rêve d’une échelle qui relie le ciel et la terre, des anges y montent et y descendent. D.ieu lui apparaît et lui promet que la terre sur laquelle il se trouve sera sienne. Au matin, Yaakov fait de la pierre, sur laquelle il a reposé sa tête, un autel, priant pour qu’il devienne la Maison de D.ieu.

A ‘Haran, il va devenir le berger du troupeau de son oncle Lavan, afin de pouvoir épouser sa fille cadette, Ra’hel. Mais Lavan le trompe et le fait épouser sa fille aînée, Léa. Yaakov épouse Ra’hel une semaine plus tard en échange de sept années de travail supplémentaires.

Léa donne naissance à six garçons : Réouven, Chimone, Lévi, Yehouda, Issa’har et Zevouloun et à une fille, Dina. Ra’hel, quant à elle, reste stérile. Elle offre alors à Yaakov d’épouser sa servante Bilha et deux fils lui naissent : Dan et Naphtali. Léa en fait de même avec sa servante Zilpa qui donne naissance à Gad et à Acher. Finalement D.ieu répond aux prières de Ra’hel et elle met au monde Yossef.

Yaakov veut quitter ‘Haran, après ces quatorze années, mais Lavan le persuade de rester en échange de troupeaux. Malgré les efforts de Lavan pour le tromper, Yaakov s’enrichit et part subrepticement au bout de six ans. Menacé par D.ieu s’il le poursuit, Lavan abandonne son intention de nuire et conclut une alliance avec Yaakov.

Yaakov se dirige vers la Terre Sainte où il est accueilli par des anges.

La Paracha Vayetsé, la septième de la Torah, mentionne la naissance du septième fils de Yaakov. Quand l’enfant naquit chez sa servante Zilpa, Léa s’écria : « Ba Gad », « un bon signe est venu » et elle lui donna donc le nom de « Gad ». Rachi donne trois interprétations à l’expression « Ba Gad » : a) « Mazal Tov », b) « né circoncis » et c) « il a trahi », comme si Léa disait, par ce nom, à Yaakov : « Tu m’as trahie en donnant cet enfant à ma servante ».

Arrêtons-nous sur l’une des questions qui se posent : pourquoi Rachi juge-t-il nécessaire de donner trois interprétations différentes ? Une seule n’aurait-elle pas suffi ? Et que veut-il dire par la phrase « Mazal Tov » ? D’un côté, le Talmud déclare : « eïn mazal leyisraël », « la chance n’existe pas pour les Juifs ». Mais par ailleurs, chaque fois que nous entendons une bonne nouvelle, nous nous exclamons : « Mazal Tov ! »

La bonne étoile

« Mazal » signifie « étoile » ou « constellation ». Traditionnellement, les Juifs ne basent pas leurs décisions sur l’horoscope. Ils ne sont pas concernés par l’influence des constellations du zodiac car notre âme n’est limitée ni par le temps ni par l’espace ni par aucun autre phénomène. Tel est le sens de « la chance n’existe pas pour les Juifs ». Par essence, les Juifs sont au-dessus de la chance. La ‘Hassidout enseigne que nous ne devons pas lire « eïn (il n’y a pas) Mazal (de chance) » comme signifiant qu’il n’y a pas de chance mais comme « le Mazal du Juif est aïn », « aïn » étant le niveau divin transcendant le temps et l’espace.

« Aïn » représente également le niveau le plus profond de l’âme que l’on appelle en yiddich : « pintele yid » ce qui signifie à peu près « le petit point juif ». Ce « Mazal », cette bonne étoile est le point de l’âme qui forme un avec D.ieu. C’est la dimension supra rationnelle qui donne au Juif la possibilité de s’élever au-dessus de la raison dans le service de D.ieu. Dans son essence, un Juif est même prêt à mourir pour D.ieu, comme cela est montré de façon extraordinaire dans les histoires de ‘Hanouka et de Pourim, par exemple.

La première interprétation de Rachi : « Mazal Tov »

Si l’on s’en tient à l’explication que nous venons de voir, pourquoi les Juifs se souhaitent-ils mutuellement « Mazal Tov », comme s’ils signifiaient : « félicitations et bonne chance » ? Le mot « Mazal » est lié à « Nozel » qui signifie « eau courante ». « Mazal Tov » n’est donc pas un souhait superficiel mais une prière puissante : « Le bien coulera. Le ‘Tov’, le pur bien de ton ‘petit point juif’ jaillira et sera révélé par ton service de D.ieu actif. »

La seconde interprétation de Rachi : « né circoncis »

L’on pourrait rétorquer qu’aujourd’hui, ce niveau supra rationnel de « Mazal » sommeille chez bon nombre d’entre nous. Rachi anticipe cette réflexion en ajoutant que le mot « Gad » signifie également « né circoncis ».

La circoncision implique d’enlever une chair représentant les impuretés qui empêchent l’accès à ce « petit point Juif ». « Né circoncis » se réfère donc au fait que le Juif est né avec un accès tout à fait dégagé à son Mazal.

La troisième interprétation : « trahi »

L’on pourrait penser que le statut de « né circoncis » s’applique en priorité à ceux qui ont toujours vécu dans la Torah ou qui descendent d’une généalogie illustre et que donc, un Baal Techouvah (celui qui revient à D.ieu) ou un converti ne pourraient avoir un accès aussi aisé au Mazal de leur Nechamah (« âme »). C’est la raison pour laquelle Rachi conclut par cette troisième interprétation. « Ba Gad » signifie que Léa se sentit trahie quand elle constata que cet enfant était né chez sa servante. Elle ne se serait jamais attendue à ce qu’un dirigeant aussi puissant que le sera Gad puisse être né d’une mère qui n’était pas une Matriarche et a fortiori une simple servante.

Le Zohar explique que bien que Gad fût né d’une servante, sa tribu était la plus puissante. Quand le Peuple juif partit à la conquête d’Israël et des sept nations impies, c’est la tribu de Gad qui prit le leadership. Ils furent victorieux des ennemis du Peuple juif, comme le rapporte le texte : « Avec un coup de leur glaive, la tribu de Gad déchira la main et la tête de leurs ennemis ».

(Rabénou Be’hayé explique que la force de la tribu de Gad est attribuée aux Tefilines qu’ils portaient pendant les combats. Sur le Tefiline de la tête, il y a deux lettres « Chine » : l’une avec trois branches (3 est équivalent à la lettre « Guimel » en hébreu) et l’autre avec quatre branches (4 équivaut à la lettre « Dalèt »). Les deux épellent le nom GAD.)

Gad lui-même était un personnage si brillant qu’on le compare, par certains aspects, à Moché lui-même :1) Gad était le septième fils et la valeur numérique du mot Gad est de sept. Moché naquit et mourut le 7 Adar et appartenait à la septième génération après Avraham. 2) Tous deux naquirent circoncis.

Tout cela démontre que l’on peut être un grand Juif sans pour autant avoir une ascendance prestigieuse.

Le mois de la révélation mystique

La Paracha Vayetsé est toujours lue au cours du mois de Kislev. Le 19 Kislev, Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi fut libéré des prisons de la Russie tsariste. Ce jour fut appelé par la suite le « Roch Hachana de la ‘Hassidout » et dans ce sens « la révélation de la dimension mystique de la Torah ». L’une des fonctions essentielles de la ‘Hassidout est de révéler le « Mazal » ou « le petit point Juif » dans chaque Juif. C’est quand s’accomplit cette révélation que nous pouvons commencer à apprécier que tous les Juifs, quels que soient leur observance ou leur niveau spirituel, ne forment qu’une seule famille. Nous aimons donc assurément tous les juifs comme nos frères et nos sœurs.

Nous nous trouvons dans la septième génération depuis Rabbi Chnéor Zalman. Tout comme Moché, issu de la septième génération après Avraham, délivra les Juifs d’Égypte, nous aussi nous serons délivrés, très prochainement, avec la venue du Machia’h.