Chaque membre du Peuple juif reçoit l’injonction d’apporter la contribution précise d’un demi-Chékel d’argent pour le Sanctuaire. Des instructions sont également données concernant la fabrication du bassin d’eau du Sanctuaire, de l’huile d’onction et des encens. Les artisans « au cœur sage », Betsalel et Aholiav sont chargés de la construction du Sanctuaire et une fois encore le peuple reçoit le commandement d’observer le Chabbat.

Moché ne redescend pas du Mont Sinaï quand le Peuple l’attend et celui-ci fabrique un veau d’or et l’adore. D.ieu propose alors de détruire cette nation pécheresse mais Moché intercède en sa faveur. Il descend de la montagne, portant les Tables de la Loi sur lesquelles sont gravés les Dix Commandements. Quand il voit le peuple danser autour de son idole, il brise les Tables, détruit le veau d’or et fait mettre à mort les principaux instigateurs. Il retourne alors vers D.ieu pour Lui dire : « Si Tu ne leur pardonnes pas, efface-moi du livre que Tu as écrit ».

D.ieu pardonne mais dit que le résultat de ce péché sera ressenti pendant de nombreuses générations. Au début, D.ieu propose de leur envoyer Son ange mais Moché insiste pour que D.ieu Lui-même accompagne Son peuple vers la Terre Promise.

Moché prépare de nouvelles Tables et une fois de plus, grimpe sur la montagne où D.ieu écrit de nouvelles Tables de l’Alliance. Sur la montagne, Moché perçoit également une vision des « treize attribut de miséricorde ». A son retour, le visage de Moché irradie d’une telle lumière qu’il doit le cacher derrière un voile qu’il n’enlève que pour parler à D.ieu et enseigner Ses lois au peuple.

Les débris intellectuels

« D.ieu dit à Moché : ‘Taille-toi deux Tables de pierre semblables aux premières ; et J’inscrirai sur ces Tables les paroles qui étaient sur les premières que tu as brisées’ » (Chemot 34 :1)

« Taille-toi » : [D.ieu] lui montra une carrière de saphir sous sa tente, et lui dit : « les débris seront à toi. » C’est ainsi que Moché devint très riche.

Les premières Tables, sur lesquelles les Dix Commandements avaient été initialement écrits, étaient faites « par la Main de D.ieu ». Elles furent brisées par Moché quand le peuple servit un veau d’or, violant l’alliance avec D.ieu, comme elle figurait précisément sur les Tables de la Loi. Le peuple se repentit et D.ieu accepta de donner à nouveau la Torah à Israël. Cette fois-ci, en revanche, D.ieu ordonna à Moché de fabriquer lui-même les Tables. L’inscription serait à nouveau faite par la Main divine mais les Tables elles-mêmes seraient de fabrication humaine, taillées par Moché.

Dans sa première « édition », la Torah était complètement d’origine divine : non seulement son contenu mais également son support. Dans la même perspective, le contenu des deux premières Tables consistait en une communication de la Sagesse divine claire et concise.

Si nous n’avions pas erré, en adorant le veau d’or, notre étude de la Torah serait dépourvue des discussions, débats et tergiversations qu’elle connaît aujourd’hui.

Dans les secondes Tables, D.ieu inscrivit Sa sagesse sur un support créé par l’homme. En conséquence, la Sagesse divine nous est désormais seulement accessible par l’outil limité et déficient qu’est l’esprit humain.

Le Divin et l’humain dans la Torah

Pour s’exprimer en d’autres termes, disons que les premières Tables n’incorporaient que « la Torah Écrite », la révélation de D.ieu à l’homme, alors que les secondes Tables demandaient l’ajout de « la Torah Orale », le système d’interprétation transmis à travers les générations, sans lequel la Torah Écrite serait pour nous un livre ésotérique. Suite à la brisure des premières Tables, notre quête de la sagesse divine serpente et s’entortille dans le labyrinthe de la logique talmudique, retardée par les faux départs, les propositions réfutées, les nuances ambigües et le raisonnement sinueux qui caractérisent l’étude de l’homme.

Et pourtant, avec les secondes Tables, nous acquîmes une dimension de la Torah que les premières n’auraient pu nous donner. Selon les mots du Midrach : « D.ieu dit à Moché : ‘Ne regrette pas les premières Tables qui ne contenaient que les Dix Commandements. Dans les secondes Tables, Je te donne également la Hala’ha, le Midrach et la Aggadah’. »

Dans la même veine, le Talmud déclare : « Si Israël n’avait pas péché avec le veau d’or, il n’aurait reçu que les cinq livres de Moché et le livre de Yehochoua. Pourquoi ? Parce que, comme le déclare le verset (Ecclésiastes 1 :18) : ‘Beaucoup de sagesse vient par beaucoup de chagrin.’ »

En effet, le labeur dans l’étude de la Torah fait gagner une profondeur de la connaissance qu’une étude tranquille ne peut apporter.

Un enthousiasme émerge à l’égard d’une vérité qui naît de la réfutation de contre-vérités qu’une révélation, la plus limpide soit-elle, ne pourrait susciter.

La régression causée par le péché d’Israël et la brisure des premières Tables nous donnèrent le potentiel de parvenir à une reconnaissance de la Sagesse divine plus profonde que celle qui aurait dérivé d’une Torah supra humaine.

Le profit dans les débris

C’est là que réside la signification profonde de l’enrichissement de Moché par les « débris » des secondes Tables, comme cela est relaté dans le Talmud et cité dans le commentaire de Rachi sur la Torah. La Torah nous dit que D.ieu commanda à Moché : « Taille-toi deux Tables dans la pierre », pour remplacer celles qui avaient été brisées à cause du péché du Peuple Juif. Les mots « taille-toi », « Pessol Le’ha », en hébreu, peuvent aussi être interprétés comme signifiant : « les débris (Pessolèt) seront à toi ». Comme ces Tables étaient taillées dans du saphir massif, ces « débris » devinrent pour Moché une grande source de richesse.

Quand les étudiants de la Torah passent de nombreuses heures à la poursuite d’un raisonnement pour finalement le rejeter, ou quand ils dépensent de l’énergie et de la sagacité dans un débat dans lequel ils sont défaits par leurs condisciples, cela peut paraître un gâchis malheureux. Combien auraient-ils préféré voir directement la vérité, s’ils avaient la capacité d’absorber directement la Lumière divine, sans avoir recours aux circonvolutions de l’intellect humain !

Mais le « gâchis », les « débris » des secondes Tables, dit D.ieu à Moché, est Mon cadeau pour toi. C’est le dividende du processus douloureux de la repentance, du sursaut après le péché et l’échec et de l’élan vers un engagement pour Moi, plus profond. Chéris-le car il va te servir de source de grandes richesses spirituelles.