Après la mort de Nadav et Avihou, D.ieu donne un avertissement interdisant l’entrée non autorisée « dans le Saint des Saints. Une seule personne, le Cohen Gadol (le Grand Prêtre) peut, une seule fois dans l’année, à Yom Kippour, pénétrer dans la pièce la plus intérieure du Sanctuaire pour y offrir à D.ieu les Ketorèt (encens).

Une des autres caractéristiques du service du Jour du Pardon est le « tirage au sort » exercé sur deux boucs, pour déterminer lequel sera offert à D.ieu et lequel sera envoyé dans le désert, chargé des fautes du Peuple d’Israël.

La Paracha A’haré avertit également contre le fait de n’apporter des Korbanot (offrandes animales ou alimentaires) nulle part ailleurs que dans le Temple, interdit la consommation du sang et détaille les lois prohibant l’inceste et d’autres relations déviantes.

Kedochim

La Paracha Kedochim commence par le statut : « Vous serez saints car Moi, l’Eternel votre D.ieu, Je suis saint ». S’ensuivent des dizaines de commandements par l’intermédiaire desquelles le Juif se sanctifie et se lie à la sainteté de D.ieu.

Elles comprennent : l’interdiction de l’idolâtrie, la Mitsva de la charité, le principe d’égalité devant la loi, le Chabbat, la moralité, l’honnêteté dans les affaires, l’honneur et la crainte de ses parents et le respect de la valeur sacrée de la vie.

On peut également lire dans Kedochim la célèbre sentence, qualifiée par le grand Sage, Rabbi Akiba, de principe cardinal de la Torah, et dont Hillel disait : « Voilà toute la Torah, tout le reste n’est que commentaire » : « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ».

Le bouc émissaire

Dans le Temple, à Yom Kippour, jour le plus saint de l’année, les prêtres accomplissaient un service apparemment étrange : ils conduisaient un bouc dans le désert et le jetaient dans un précipice. La Torah explique que ce rituel, à l’origine de l’expression « bouc émissaire », faisait office d’expiation pour le Peuple juif. Avant que le bouc soit amené dans le désert, « Aharon le Grand Prêtre plaçait ses mains sur sa tête et confessait toutes les fautes du Peuple Juif » (Vayikra 16 :21).

Nous pouvons observer ici que le mot utilisé pour « ses mains » présente une différence entre la façon dont il est écrit : Yado, en hébreu, qui signifie « sa main », et la façon dont il est prononcé lors de la lecture de la Torah : Yadav qui veut dire « ses mains ».

Le Talmud déduit, de ce passage de la Torah, un principe : chaque fois que nous rencontrons le mot Yado, dans le contexte de « placer ses mains », cela signifie toujours les deux mains.

Surgissent alors deux questions :

Pourquoi la Torah utilise-t-elle le terme singulier Yado, « sa main », alors que le sens est pluriel ?

Pourquoi le Talmud déduit-il ce principe de ce passage précisément ? Dans de nombreux autres endroits de la Torah est utilisée la même formulation.

La transmission et la transformation

La ‘Hassidout nous enseigne la raison pour laquelle une personne doit placer ses deux mains sur son sacrifice. Tout un chacun possède à la fois une âme divine et une âme animale. L’âme divine veut se consacrer à toutes les activités divines, c’est-à-dire la prière, l’étude de la Torah, les actes de bonté. L’âme animale désire se livrer à des activités animales comme manger, dormir, etc. Les dix doigts des « deux mains » font allusion aux dix sefirot ou facultés de l’âme. En plaçant les mains sur la tête de l’animal, on transmet les dix facultés de l’âme divine aux dix facultés de l’âme animale. Ainsi on élève l’âme animale à un plus haut niveau spirituel et on transforme les activités comme « manger et boire » en une offrande à D.ieu. Dans le cérémonial du bouc émissaire, Aharon plaçait ses mains sur l’animal pour que les fautes de tout le Peuple juif soient transformées en Mitsvot.

Par ailleurs, la valeur numérique du mot Yado est de 20 : nous devons transmettre nos dix facultés Divines de telle façon qu’elles transforment nos dix facultés animales.

La main droite

Pourquoi la Torah utilise-t-elle donc le terme singulier : Yado ?

La main droite représente le ‘Hessed, la bienveillance, alors que la main gauche représente la Guevoura, la sévérité. La Torah laisse ici entendre qu’en donnant, nous devons transmettre nos dix facultés, exclusivement par le côté droit : la bienveillance et la sensibilité. Il ne faut pas impliquer le côté gauche : la restriction et la critique.

C’est la raison pour laquelle ce principe est tiré d’un passage qui évoque le service d’Aharon le Grand Prêtre. Aharon est le modèle vivant de la bonté et de l’amour, comme cela est clairement enseigné dans les Maximes de nos Pères : « Soyez parmi les élèves d’Aharon, aimant la paix, recherchant la paix, aimant les créatures (de D.ieu) et les rapprochant de la Torah. » Il est sûr qu’Aharon donnait tout ce qu’il possédait pour aider celui qui était dans le besoin.

Sur la tête

Nous apprenons du rituel du bouc émissaire que chaque Adam, chaque homme, est obligé d’utiliser ses deux mains pour aider et élever ceux qui sont dans le besoin. Nous pourrions penser qu’il est suffisant de ne donner qu’une part de nous-mêmes, une part de notre temps, une part de notre argent. C’est pour cela que le Talmud nous dit que Yado, « sa main », fait en réalité référence aux deux mains. Donner avec la moitié de son cœur ne suffit pas. Nous devons utiliser tous nos dix doigts, toutes nos facultés intellectuelles et émotionnelles, dans de généreux dons.

Comme le dit le Baal Chem Tov : « il se peut qu’une âme ne descende dans ce monde et vive soixante-dix ou quatre-vingts ans, que pour accomplir une faveur matérielle à l’égard d’un autre Juif. Il est sûr que c’est également vrai pour une faveur spirituelle. »

Mais en outre, cette faveur doit être faite de telle manière qu’elle est « sur » ou « au-dessus de sa tête », c’est-à-dire bien au-delà de ce que cet individu semble mériter ou a l’habitude d’obtenir.

La Sefira

Cette leçon de générosité est particulièrement appropriée durant les jours qui précèdent la fête de Chavouot, pendant lesquels nous comptons l’Omer. Durant cette période, 24 000 élèves de Rabbi Akiva périrent. Le Talmud dit qu’ils ne se respectaient pas mutuellement et donc, comme des boucs émissaires, ils succombèrent pour expier leur faute. Il se peut qu’ils se soient réciproquement transmis leurs dix facultés mais cette transmission ne s’accomplit pas dans le mode Yado, par la main droite de la bienveillance.

Le Temple fut détruit à cause de la haine gratuite. La réparation de ce traumatisme cosmique se produira par la Ahavat Israël, l’amour inconditionnel de son prochain. Quand nous donnons tout notre être par amour pour l’autre, nous méritons de voir le Troisième Temple que D.ieu construira de Ses propres mains, ainsi qu’il est écrit : « Le Sanctuaire, D.ieu, que Tes mains ont établi ».