D.ieu enjoint à Moché de recevoir des Enfants d’Israël de l’huile d’olive pure afin d’alimenter la «flamme éternelle» de la ménorah qu’Aharon doit allumer chaque jour, «du soir jusqu’au matin». Sont décrits également les habits sacerdotaux que doivent porter les Cohanim (prêtres) durant leur service dans le Sanctuaire. Puis la Paracha donne les instructions détaillées de D.ieu concernant les sept jours d’initiation à la prêtrise d’Aharon et de ses quatre fils, Nadav, Avihou, Elazar et Itamar, et prescrit la fabrication de l’autel d’or sur lequel seront brûlés les encens.

 Fin de résumé.

Le début et la fin de la Paracha mentionnent tous deux l’allumage de la ménorahdans le Sanctuaire. Il est significatif d’observer qu’en conclusion de la lecture de la Torah, l’allumage de la ménorah est associé avec l’offrande d’encens : «Aharon brûlera des encens chaque matin quand il nettoie les lampes. Et il brûlera des encens le soir quand il allume les lampes».

Comme cela a souvent été mentionné, l’utilisation du mot beto’ham (en eux) dans le verset : «Et vous Me ferez un Sanctuaire et Je résiderai en eux» implique que D.ieu réside, non seulement dans les sanctuaires matériels et les Temples que les Juifs ont construits, mais également dans le sanctuaire spirituel qui existe dans le cœur de chaque Juif.

De la même façon, chacune des tâches accomplies dans le Sanctuaire a son équivalent dans notre service divin.

La pertinence de l’allumage de la ménorah et du fait d’apporter des encens, dans le contexte qui précède, peut être saisie en analysant leur place dans la ParachaTétsavé, presqu’exclusivement consacrée au concept de la prêtrise. Cette Paracha décrit longuement les habits sacerdotaux et les sacrifices apportés par les prêtres lors de leur initiation.

En fait, la mention de ces services, dans cette Paracha précisément, est problématique. Il aurait semblé plus approprié d’évoquer l’allumage de la ménorahdans la Paracha Terouma qui en décrit la structure. Par le même biais, la description de la fabrication de l’autel pour les encens et leur offrande auraient dû également être incluses dans cette Paracha, avec la description de l’Arche Sainte, de la ménorah, de la Table des Pains, de l’autel extérieur et des autres éléments du Sanctuaire.

Ces interrogations peuvent être ainsi résolues : l’autel des encens et ses offrandes sont mentionnés, comme l’élément final de la construction du Sanctuaire et des préparatifs au service, pour mettre l’accent sur leur importance unique. En fait, nous observons que la Présence Divine ne reposa pas dans le Sanctuaire avant que ne soit apportée l’offrande des encens.

Quelle est la raison de ce statut particulier ? Nos Sages expliquent que les sacrifices offerts sur l’autel dans la cour du Sanctuaire sont relatifs au corps du Juif alors que l’offrande des encens apportée sur l’autel intérieur est liée à l’âme du Juif.

Ce concept apparaît également dans les noms hébreux utilisés pour décrire les différentes offrandes. Le mot hébreu pour «sacrifice» est korbane dont la racine se trouve dans le mot karov : «proche». En revanche, le mot utilisé pour «encens»,ketorèt, est lié à la racine ketar, le mot araméen pour «lien». En apportant un sacrifice, le Juif se rapproche de D.ieu. Par l’offrande d’encens, le Juif et D.ieu s’unissent dans une fusion totale.

Ainsi, après que la Torah ait décrit les préparatifs nécessaires pour le Sanctuaire, qui permirent à la Présence Divine d’y résider et donc de résider à l’intérieur de chaque Juif, mentionne-t-elle l’offrande des encens qui permet à ce lien fusionnel de s’établir entre eux.

Cette union se réfère plus particulièrement au lien entre l’âme et D.ieu, au niveau deye’hida, une union essentielle, sans rien de comparable.

Comme cela a été mentionné, l’offrande de l’encens est associée à la ménorah. Laménorah renvoie au Peuple juif, comme on le voit dans le verset : «la lampe de D.ieu est l’âme de l’homme». Et l’âme juive reçoit le potentiel d’étinceler par la Torah et sesmitsvot, comme il est écrit : «Une mitsva est une lampe et la Torah est la lumière».

L’allumage de la ménorah avait pour but d’attirer cette lumière dans le monde en général. C’est ce qui apparaît de la structure des fenêtres du Beth Hamikdach dont le côté intérieur était plus étroit que le côté extérieur. Car le but n’en était pas de faire pénétrer à l’intérieur la lumière venue de l’extérieur mais de permettre à la lumière de la ménorah de rayonner vers l’extérieur. C’est dans le même contexte que nos Sages décrivent la ménorah comme «un témoignage pour tous les habitants du monde que la Présence Divine réside en Israël».

A partir de ce qui précède, nous pouvons saisir le lien entre le fait d’allumer laménorah, l’offrande des encens et la Paracha Tétsavé. C’est par la ménorah que le lien profond établi par l’offrande des encens rayonne dans le monde entier.

Il en va de même pour la Paracha Tétsavé. Le nom Tétsavé est lié au mot tsvata qui signifie «connexion». Pour insister sur l’importance de disséminer la connexion entre D.ieu et le Peuple juif dans le monde entier, la Paracha Tétsavé commence par la description de l’allumage de la ménorah. Bien que le sujet principal soit les prêtres, en commençant ainsi, l’on attire l’attention, sur le fait que le but essentiel du service des prêtres est de révéler au monde la Présence Divine.

Ces concepts ont leurs parallèles dans le service que nous accomplissons chaque jour. Chaque jour, chacun d’entre nous se réveille comme «une nouvelle création». C’est pourquoi chaque jour, nous renouvelons le lien profond que nous tissons avec D.ieu, ce qu’exprime la récitation de versets relatifs aux offrandes des encens (lesketorèt). Nous y mentionnons également le fait qu’ils étaient apportés lors de l’allumage et du nettoyage de la ménorah.

Cela indique que ce lien que nous entretenons avec D.ieu doit s’étendre à notre monde de la quotidienneté, dans l’esprit de «tous tes actes doivent être accomplis par amour du Ciel» et «dans toutes tes voies, connais-Le».

Après la conclusion des prières matinales, nous concentrons notre attention sur les activités du monde. Il est alors impossible de conserver le même niveau d’attachement à D.ieu que celui que l’on a ressenti au cours de la prière. Néanmoins, au cœur de nos activités concrètes, ce lien essentiel laisse un effet résiduel qui apparaît dans notre conduite. Et c’est ainsi que notre lien des ketorèt avec D.ieu forge avec Lui une union éternelle.