Les noms des mois défilent et chacun d’eux est comme un étendard claquant au grand vent du temps qui passe.

Chacun d’eux est précieux et chacun laisse son empreinte sur l’âme et le cœur de chacun. Dans cette grande et noble parade, apparaissent ainsi des instants plus solennels, d’autres plus majestueux et d’autres encore qui nous entraînent dans un tourbillon de victoire. Nous y voici : le mois d’Adar a commencé. Se contenter de dire qu’il est le mois de la joie est sans doute en réduire la portée car ce serait comme lui coller une étiquette, toute précieuse qu’elle soit, parmi bien d’autres. Adar est en fait le mois de la joie majeure, celle qui transforme ce qu’elle touche, pénètre chacun et le transporte. Si tous les jours connaissent la joie, si tous les mois l’affirment à leur manière, Adar lui donne expression éclatante. Il est le temps où on la vit en chacun de ses instants. Cette année présente évidemment une particularité. Adar est dédoublé et, plus précisément, nous entrons à présent dans le mois d’Adar I. Du reste, pour cette raison, la fête de Pourim n’interviendra que dans un mois et demi environ, en Adar II. Certes, la joie infinie dont il est question ici a pour origine cette fête. Or, voici qu’elle arrive durant le deuxième Adar et non au cours de celui-ci. Cela est-il de nature à diminuer l’allégresse qui monte ? Justement, il n’y a pas ici de manque inattendu ou de réduction de l’espoir. En fait, le calendrier s’est chargé d’étendre cette plage de bonheur. Si, en année simple, la joie n’explose que pendant quatre semaines, cette fois, c’est pendant huit semaines qu’elle élèvera toutes les âmes. L’idée est essentielle. Dans un monde parfois anxiogène, en tous cas trop souvent terne, la couleur de la vie est un élément irremplaçable. Une vieille image guerrière est toujours tapie au fond des mémoires : celle d’une armée qui part au combat tandis que les soldats qui la composent ont sur les lèvres un chant entraînant. Dans un moment grave comme celui-ci, est-ce la place du chant et de la joie ? C’est que celle-ci est déjà porteuse d’une promesse de victoire. Nous sommes les bien pacifiques soldats d’une armée essentielle, dont les seules et invincibles armes sont la conscience, la connaissance et la fidélité. Peu importent les obstacles, l’enthousiasme emportera tout sur son passage. Décidément, laissons Adar claquer au vent !