Le calendrier juif est loin d’être un simple instrument permettant le suivi du déroulement du temps. Certes, il exerce aussi cette fonction, loin d’être anodine. Toutefois, son avancée éclaire aussi le champ de notre vie et lui apporte son sens particulier au fil des périodes successives. Et nous vivons à présent au cœur du mois d’Adar I. Bien sûr, et cela a d’ores et déjà été abondamment dit, nous aurons cette année deux mois de Adar et celui qui a commencé n’est que le premier. C’est dire que la fête de Pourim et toutes les réjouissances qui l’accompagnent n’arriveront que dans un mois. Cela signifierait-il que ce mois-ci n’est marqué pas rien de remarquable, qu’il se contente de laisser passer ses jours comme une attente ?

Il est clair qu’une telle approche serait profondément erronée car elle retirerait à la période toute tonalité spécifique.

Or rien n’existe en ce monde qui ne soit pas porteur d’un enseignement précieux, d’une puissance qui lui est propre, faute de quoi rien ne justifierait sa simple existence. Le mois d’Adar I, même s’il paraît n’être qu’une sorte de répétition avant la grande première à venir, porte déjà en lui l’infini pouvoir de la joie. Le Talmud enseigne : «Quand entre Adar, on multiplie la joie.» Cette sentence ne s’applique pas qu’au second Adar, elle est de pleine actualité dès le premier. Cela signifie que, dès à présent, nous avançons de degré en degré jusqu’à la plus haute des allégresses telle qu’elle s’exprimera le jour de Pourim.

Et ce sentiment est indispensable. Parfois, lorsqu’on regarde le monde autour de soi, on peut se dire que nos actions pèsent de bien peu de poids sur son devenir. On pourrait penser que rien n’incite à l’optimisme. Mais de la joie, il est dit justement qu’elle brise les barrières et que sa seule présence est en soi un facteur de victoire. Il faut donc à présent savoir ressentir qu’un nouveau temps a commencé, qu’il nous entraîne dans ses avancées et que, dans son mouvement, nous pouvons réaliser des prodiges, pour nous-mêmes, ceux qui nous entourent et, plus largement, le monde tout entier. Allons, Adar est là, multiplié par deux cette année et donc pour de presque soixante jours. Puissent notre désir, notre volonté et nos efforts se hisser à sa hauteur.