Elevé dans une ambiance juive traditionnelle, je me suis progressivement rapproché de la pratique religieuse.

A l’âge de vingt ans, j’ai été accepté dans une école très sélective, l’Université d’ingénierie d’Aérospace à Toulouse. C’est là que je rencontrai Rav Yossef Matusof et son épouse Esther, les délégués Loubavitch de la ville chez qui j’approfondis mes liens avec le ‘hassidisme. Après l’obtention de mon diplôme et mon mariage en 1978, je me suis rendu avec ma femme et notre bébé à New York où nous avons eu droit à une entrevue privée avec le Rabbi. Ce fut pour moi un moment crucial qui m’inspira un grand respect qui ne fit que s’intensifier avec les années.

Quand je travaillais comme ingénieur pour Airbus à Toulouse, j’eus souvent l’occasion de voyager aux États-Unis et, à chaque fois, je m’arrangeai pour passer Chabbat auprès du Rabbi.

En 1982, je demandai au Rabbi si le moment était venu pour moi et ma famille de faire notre Alyah, de monter enfin en Israël et d’y investir mes compétences. Mais le Rabbi répondit : « Si le travail que vous occupez actuellement vous permet de respecter les lois du judaïsme, alors il est préférable pour vous de rester dans votre job actuel ». Je dois avouer que ce fut pour moi une immense déception mais je suivis le conseil du Rabbi et restai à Toulouse. Ma famille et moi-même avons certainement eu une influence positive sur les nombreux étudiants et la communauté locale en donnant l’exemple d’un judaïsme vécu dans la joie et l’inspiration.

Puis, en 1985, on me proposa un travail en Israël. A l’époque, l’état juif avait décidé de devenir indépendant dans le domaine de la technologie et avait lancé son propre programme d’avions de combat : le projet « Lavi ». Cette perspective me plaisait énormément, correspondait vraiment à mes compétences et je demandai à nouveau l’avis du Rabbi. Sa réponse me surprit à nouveau : « Comment pouvez-vous prendre une telle décision alors que la situation est si volatile en Israël ? Vous devez réfléchir environ une demi-année avant d’entreprendre votre Alyah ! ».

Je n’ai pas vraiment compris ce que le Rabbi voulait signifier par le mot « volatile ». Un prototype du Lavi avait déjà été testé et le projet semblait très prometteur, au point qu’on estimait qu’il serait capable de détrôner le célèbre chasseur F16 américain. Mais je décidai d’ « attendre et voir »…

Un an plus tard, avec ma famille nous sommes allés voir le Rabbi à l’occasion du 12 Tamouz, quand le mouvement Loubavitch célèbre la libération du Rabbi précédent des prisons soviétiques en 1927. Lors de l’entrevue que le Rabbi accorda à ses visiteurs, il déclara : « Chaque Juif a une mission dans ce monde. Il doit témoigner de l’Unité de D.ieu en respectant la Torah et ses commandements où qu’il se trouve. Et c’est la raison pour laquelle D.ieu trouve des raisons pour envoyer des Juifs au loin afin qu’ils puissent y remplir leur mission de la meilleure manière possible ». Jusqu’à ce jour, chaque fois que je pars en voyage pour mon travail, je me souviens de ces mots et je recherche une dimension intérieure à mon occupation professionnelle sur place.

Quelques mois plus tard, en 1987, je reçus soudain une proposition de travail dans l’industrie aéronautique « au loin », en Afrique du sud exactement. J’en parlai au Rabbi qui me répondit presqu’immédiatement : « Acceptez ! ».

Ce n’est qu’alors – soit deux ans plus tard – que je compris pourquoi le Rabbi avait qualifié la situation en Israël de « volatile ». C’est justement à l’époque où nous avons emménagé en Afrique du sud que le projet « Lavi » fut abandonné par le gouvernement israélien à cause des pressions américaines. Presque tous les ingénieurs qui s’étaient investis avec enthousiasme dans ce projet perdirent leur travail !

Le déménagement à Johannesburg s’avéra être la meilleure préparation à l’Alyah pour ma famille, aussi bien matériellement que spirituellement. Grâce à la florissante communauté Loubavitch sur place, nous avons renforcé nos connaissances des textes sacrés et, en particulier, de la ‘Hassidout. C’est depuis cette époque que j’ai commencé à traduire en français les œuvres de Rav Adin (Steinsaltz) Even Israël. Celui-ci remarqua un jour que les conseils que j’avais reçus du Rabbi représentaient ce que le Tanya appelle « la voie longue et courte » vers la Terre Sainte.

Nous avons vécu pendant cinq ans en Afrique du sud. En 1991, quand la mission pour laquelle j’avais été embauché s’acheva, je dus à nouveau prendre une décision. Je voulais tant m’établir enfin en Israël…

J’envoyai une lettre au Rabbi par l’intermédiaire du regretté Rav Yossef Wineberg. Le Rabbi répondit que je devais demander conseil à des amis et que je devais faire vérifier mes Mezouzot et mes Téfilines. Avant que j’aie eu le temps de répondre, le Rabbi demanda à Rav Wineberg : « Quand allez-vous m’informer de ce qui est arrivé quand il aura vérifié ses Mezouzot et Téfilines ? ».

J’étais stupéfait ! Le Rabbi recevait des milliers de lettres mais il s’occupait vraiment de chaque Juif et se souvenait des détails les plus minimes, comme un père qui connaît si bien son enfant qu’il s’inquiète de chaque chose. Cela m’a beaucoup ému et impressionné.

Je répondis immédiatement au Rabbi, en rapportant que tous mes amis m’avaient encouragé pour l’Alyah. Cette fois, la réponse du Rabbi fut des plus claires : « Bénédiction et Succès ! ». Effectivement, j’ai accepté une proposition de travail dans l’industrie aérospatiale israélienne. Avant de concrétiser mon Alyah, je me rendis pour la treizième fois auprès du Rabbi, pour simplement le remercier. J’arrivai à New York en février 1992, juste une semaine avant que le Rabbi ne subisse une attaque cérébrale. Je le remerciai pour toutes ses directives durant ces quatorze années et il répondit : « Puissiez-vous connaître le succès dans tout ce que vous entreprenez ! ».

Effectivement, nous sommes arrivés en Israël « environ une demi-année » (selon les mots exacts du Rabbi) après avoir pris notre décision de monter en Israël. Et jusqu’à ce jour, grâce à D.ieu, les bénédictions du Rabbi m’accompagnent dans toutes mes entreprises.

Michaël Allouche – Unmanned Aircraft Systems – JEM

Traduit par Feiga Lubecki