Balak

C’est une histoire étrange. Bilaam était un prophète et D.ieu lui donna le pouvoir de maudire. Balak, le roi de Moav, lui envoya des messagers pour lui demander de venir à lui et de maudire le Peuple juif. Bilaam haïssait les Juifs et voulait bien obtempérer mais il réalisa que sa malédiction ne serait efficace qu’avec le consentement de D.ieu.
C’est pourquoi il consulta D.ieu dans l’espoir qu’Il le laisserait partir avec les messagers de Balak. Mais D.ieu refusa.
Bilaam Lui demanda :
– Puis-je les maudire d’ici ?
D.ieu répondit par la négative.
– Devrais-je les bénir ?
A nouveau, la réponse fut négative.
Balak envoya un second groupe de messagers et Bilaam s’adressa une nouvelle fois à D.ieu.
D.ieu est-il inconstant ? S’Il devait laisser faire Bilaam, pourquoi ne pas lui faire savoir dès la première fois qu’il l’avait demandé ?
L’histoire se poursuit. Bilaam se rend auprès de Balak et tente à trois reprises de maudire les Juifs. Mais chaque fois, il est forcé de faire le contraire, leur octroyant de généreuses bénédictions.
Pourquoi D.ieu changea-t-Il d’avis et quelles leçons peut-on tirer de ces événements pour les appliquer dans notre vie quotidienne ?
Cette histoire apporte un enseignement sur le fait de nous conformer à la volonté de D.ieu.
A de très nombreuses occasions, nos propres désirs ne vont pas dans le sens de la Volonté Divine. Tout comme Bilaam savait que D.ieu ne maudirait pas les Juifs, nous savons, dans notre for intérieur, que ces comportements sont inacceptables. Mais cela ne nous empêche pas d’essayer de biaiser. Peut-être que, pour cette fois-là, D.ieu laissera faire ?
Et puis nous obtenons une réponse. D.ieu possède Ses moyens pour nous informer de ce qu’Il désire.
Et nous comprenons clairement Sa réponse : «Telle n’est pas ce que Je veux». Mais cela ne nous arrête pas. Nous persistons. Nous voulons faire ce que nous voulons faire.
D.ieu répond alors comme Il le fit à Bilaam. Comme l’affirment nos Sages : «De la façon dont il veut aller, l’homme est dirigé». Au lieu de devenir sensible à la Volonté de D.ieu et de modifier sa conduite dans ce sens, il agit comme il le veut et résiste au changement. D.ieu dit alors (pour ainsi dire) : «Très bien, si c’est ce que tu veux, alors fais-le. Je ne vais pas t’arrêter».
Est-ce à dire que D.ieu veut qu’il continue dans cette voie ? Certes non, mais combien de fois faut-il qu’Il fasse savoir à cet individu qu’Il n’est pas d’accord avec ses actions ? Au bout d’un certain temps, D.ieu le laisse tout simplement agir à sa guise.
Cet homme réussira-t-il ? En dernier ressort, il est évident que non. Tout comme Bilaam, il peut avoir l’occasion d’essayer de faire ce qu’il veut pendant un certain temps. Mais à long terme, D.ieu a Sa manière.
Mais si, en tout état de cause, cela se vérifie à long terme, à quoi cela sert-il d’attendre le long terme ? Pourquoi ne pas simplement comprendre d’emblée et se conformer à la volonté Divine ?
En fin de compte, nous venons dans ce monde pour donner des bénédictions et non l’inverse, c’est-à-dire que chacun d’entre nous a une mission à accomplir. Et chacun de nous finira, en toute certitude, par accomplir son but, tout comme Bilaam finit par donner ces bénédictions. La question est de savoir si nous nous identifions à cette mission et si nous l’accomplissons volontairement et joyeusement.

Perspectives
L’une des bénédictions de Bilaam «une étoile brillera de Yaacov et un bâton se lèvera dans Israël» est comprise comme une référence à Machia’h. Et de fait, les commentateurs l’interprètent comme la référence à Machia’h la plus précise de toute la Torah.
Pourquoi Machia’h est-il symbolisé par un bâton ? D’ordinaire, on utilise un bâton pour obliger quelqu’un à agir contre son propre gré.
Cependant, le concept de «contrainte» se trouve intrinsèquement lié avec Machia’h. En fait, lorsque Maïmonide énumère les différentes qualifications par lesquelles identifier Machia’h, il déclare qu’ «il obligera Israël à renforcer (les brèches dans l’observance de la Torah)». Pourquoi donc Machia’h est-il associé à l’idée de contrainte ?
Parce qu’il introduira le Peuple juif à un sens de la réalité plus élevé et plus profond que ce qu’ils peuvent percevoir par eux-mêmes. Ils ne sont pas à même d’atteindre seuls ce niveau de compréhension, quels que soient les efforts qu’ils investissent en ce sens. C’est tout simplement hors de leur portée. Mais D.ieu veut que les Juifs atteignent également ces summums. C’est pourquoi Il envoie Machia’h pour les obliger et les encourager, pas à pas, à atteindre un niveau de connexion avec D.ieu qu’ils n’auraient jamais pu atteindre autrement.

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Le 12 Tamouz

Cette Paracha tombe fréquemment aux environs du 12 Tamouz, date de l’anniversaire de la naissance du Rabbi Yossef Its’hak Schneersohn et de sa libération des prisons soviétiques, en 1927.
Le Rabbi passa les dix dernières années de sa vie, de 1940 à 1950, aux Etats-Unis. Mais il avait déjà visité le pays en 1929. Il s’était alors rendu, entre autres villes, à Philadelphie.
Quand on sut que le Rabbi recevrait des visiteurs dans cette ville et que de nombreux habitants étaient intéressés à le voir, quelques jeunes gens juifs en furent perturbés. Ils ne supportaient pas l’idée qu’un vieux Rabbin puisse susciter tant d’attention et ils décidèrent d’observer les choses par eux-mêmes.
Ils sonnèrent à la porte de la maison où le Rabbi résidait et furent accueillis par un vénérable ‘hassid. Ils ne savaient pas exactement ce qu’ils feraient là mais quand ils virent que des gens faisaient la queue pour voir le Rabbi, ils demandèrent également à être introduits auprès de lui.
Le ‘hassid qui les avait reçus leur demanda d’écrire ce dont ils désiraient discuter avec le Rabbi. Ils notèrent donc qu’ils voulaient savoir comment le Rabbi pouvait espérer qu’ils observent une religion démodée dans un monde moderne.
Le ‘hassid apporta leur note au Rabbi qui demanda à ce qu’ils soient conduits auprès de lui avant tous ceux qui faisaient la queue. Quand ils pénétrèrent dans sa chambre, il se leva et arrangea des sièges pour qu’ils s’installent.
Il faut savoir qu’à l’époque, le Rabbi était en partie paralysé, suite aux maltraitances qu’il avait subies en Russie, sous les communistes.
L’observer arranger les chaises extirpa toute l’assurance et l’arrogance du cœur des garçons.
«Vous vous demandez certainement pourquoi je vous ai fait entrer avant tous ceux qui font la queue. C’est à cause du sujet dont vous voulez parler. La plupart des gens qui attendent veulent me demander des bénédictions. L’un a sa fille malade. Suis-je un médecin pour savoir comment la guérir ? Mais par amour pour mon prochain, je prierai pour elle. En vérité, cependant, son père pourrait le faire lui-même.
Un autre est un homme d’affaires venu demander la réussite dans ses investissements. Est-ce que j’y connais quelque chose ? Mais par amour pour mon prochain, je prierai pour lui.
Et il en va de même pour tous ces gens qui sont préoccupés par un problème personnel mais qui n’est pas dans le champ de mes compétences.
Par contre, vous, vous venez m’interroger sur le Judaïsme. Il s’agit là de ma spécialité. C’est pour cela qu’il vous a été accordé de rentrer avant les autres».
Ils parlèrent pendant un moment. Alors qu’ils se préparaient à quitter les lieux, le Rabbi leur dit : «Vous vous demandez comment être Juifs en Amérique. Apprenez de moi.
Il y a 613 Mitsvot et je ne les accomplis pas toutes mais je fais du mieux que je peux et une fois que j’ai avancé d’un pas, je ne recule pas».
Le Rabbi obtint ensuite de chacun d’entre eux qu’il prenne des résolutions pour des Mitsvot qu’ils accompliraient.