A peine a-t-il permis aux Enfants d’Israël de quitter l’Egypte que le pharaon se lance à leur poursuite pour les obliger à revenir. Le peuple hébreu se trouve pris au piège, entre les armées égyptiennes et la mer. D.ieu dit à Moché de lever son bâton au-dessus de l’eau et la mer s’ouvre pour permettre au Peuple juif de passer puis elle se referme sur les assaillants égyptiens. Les Enfants d’Israël entonnent un chant de louange et de gratitude à l’égard de D.ieu.

Dans le désert, le peuple souffre de faim et de soif et se plaint sans cesse à Moché et Aharon. D.ieu adoucit miraculeusement les eaux amères de Marah et par la suite, Moché fait jaillir de l’eau d’un rocher, en le frappant de son bâton. Grâce à son mérite, la Manne tombe des Cieux, chaque matin avant l’aube, et des cailles apparaissent, chaque soir, dans le camp d’Israël.

Les Enfants d’Israël reçoivent l’ordre de ramasser, chaque vendredi, une double portion de la Manne, puisqu’elle ne tombera pas le Chabbat, décrété par D.ieu comme jour de repos. Certains désobéissent, veulent en ramasser le septième jour mais n’en trouvent pas. Aharon préserve une petite quantité de Manne dans une fiole, comme témoignage pour les générations futures.

A Refidim, le peuple est attaqué par Amalek qui est vaincu grâce aux prières de Moché et une armée levée par Yehochoua.

L’âme amphibie

« Les enfants d’Israël entrèrent dans la mer, sur la terre sèche. » (Chemot 14 :22)

« Chaque créature qui existe sur terre a un équivalent dans la mer. » (Talmud, ‘Houlin 127a)

La terre et la mer se reflètent et pourtant elles constituent des mondes extrêmement différents. Toutes deux possèdent des environnements qui permettent la vie, donnant de la subsistance et un abri à des myriades de créatures. Toutes deux constituent des écosystèmes complets avec une grande variété de minéraux, de végétaux et d’animaux qui sont dans un système d’interaction complexe. Mais malgré leurs similitudes, la terre et la mer sont bien différentes et tout particulièrement dans la manière par laquelle les créatures qui les peuplent se lient à leur environnement.

Nos Sages ont affirmé que l’être humain est « un univers en miniature », un microcosme de toute l’existence créée. L’être humain inclut ainsi ces deux mondes, chacun d’entre nous possédant un aspect terrestre et un aspect aquatique dans son psychisme et sa personnalité.

Le secret des profondeurs

Les créatures terrestres se trouvent de toute évidence sur la terre. Certaines d’entre elles s’enterrent une partie du jour ou de l’année et il existe même certaines espèces qui ne se montrent que très rarement, voire jamais, à la surface de la terre. Mais en général, elles vivent en surface.

Il n’en va pas de même pour les créatures aquatiques qui vivent submergées dans leur environnement. Pour la plupart d’entre elles, il s’agit d’une question de vie ou de mort : un poisson hors de l’eau ne peut survivre qu’un bref instant.

Et pourtant, les créatures terrestres n’en sont pas moins dépendantes de la terre que les autres le sont de la mer. En fait, sans la terre et les ressources qu’elle offre, un animal terrestre ne peut survivre. La différence repose sur la manière dont cette vérité se traduit dans sa vie, chaque jour et à chaque minute. En ce qui concerne la créature aquatique, cette dépendance est constante et évidente. Elle ne peut se séparer de son milieu ambiant, sa vie et ses ressources sont inexorablement liées. Par contre, la créature terrestre peut recevoir sa nourriture de la terre puis l’oublier voire le dénier. Elle peut passer sa vie entière sans avoir conscience d’où provient sa subsistance ou du moins sans le reconnaître.

Telle est la signification des aspects « terrestres » et « aquatiques » qui résident à l’intérieur de notre personnalité. Une partie de notre être est déconnectée du but et de la source, « un moi terrestre » qui est inconscient du fait que notre âme est « une partie de D.ieu, en Haut », qu’à chaque instant, notre Créateur nous redonne la vie, que notre existence n’a de sens que dans le contexte du rôle que nous jouons dans le dessein divin. Cette forme de « moi terrestre » définit son existence dans les termes étroits de son égo et de ses désirs et aspirations personnels.

Mais nous possédons également une personnalité « aquatique », un moi spirituel qui transcende l’égo et l’individualisme pour accorder chacun de ses actes, chacune de ses pensées, avec le but ultime pour lequel nous avons été créés. Quand s’affirme cet aspect de notre personnalité, rien ne nous sépare de notre Source. Comme un poisson dans l’eau, chaque moment de notre vie est une affirmation de notre dépendance et de notre dévotion à notre source de subsistance et de vie.

Les maîtres de la Cabbale nous disent qu’il existe des Tsadikim (Justes) qui vivent toute leur vie comme des « poissons de la mer », complètement immergés dans une conscience perpétuelle de la réalité divine à laquelle ils se soumettent totalement. Moché était un tel individu. Son nom exprime d’ailleurs la nature « aquatique » de son âme. (« Elle l’appela Moché et dit : « parce que je l’ai tiré de l’eau » Chemot 2 :10). « Moché était l’homme le plus humble sur la surface de la terre ». Il est sûr qu’il était conscient de sa propre grandeur. Il est sûr qu’il savait avoir été l’unique être humain choisi par D.ieu pour porter la sagesse et la volonté divines à l’humanité. Et pourtant, il ne considérait pas ses qualités comme ses « propres » accomplissements. En effet, il s’était entièrement annulé et avait submergé son moi dans la mer de la réalité divine. Sa propre vie n’était qu’un véhicule sans égo pour les enseignements de la parole divine qui passait par « sa voix ».

Un poisson terrestre

Cela ne signifie pas pour autant que notre « moi terrestre », notre sens d’identité et d’individualité, doit être déraciné et supprimé. L’individualité n’est pas en soi un trait négatif. Le seul problème qui peut survenir se manifeste lorsqu’il lui est donné libre cours.  Elle a alors tendance à développer certains attributs négatifs. Si nous échouons à développer une conscience et un comportement « aquatiques », si nous perdons de vue la source et le but de notre vie, nous risquons de devenir égoïstes, notre conscience de nous-même se transformant en égocentrisme et notre individualité perdant tout lien avec ses racines.

Ce n’est que lorsque nous nous submergeons dans la mer de la réalité divine que nous pouvons exploiter la force positive de notre égo.

Ce n’est qu’alors que nous pouvons utiliser notre réelle valeur en tant qu’individu pour réaliser au mieux notre mission dans la vie.

Le jour 7

C’est là que réside le sens profond de l’ouverture de la mer, sept jours après notre Exode d’Égypte.

En relatant le miracle, la Torah décrit les Enfants d’Israël venant « dans la mer, sur la terre sèche ». Après notre libération, tant matérielle que spirituelle, de l’Égypte et de sa culture païenne, nous fûmes dotés de la force de pénétrer « dans la mer », de nous immerger dans la mer de la vérité des vérités, et en même temps, de marcher « sur la terre sèche », comme des individus distincts et uniques.

Nos Sages nous disent que l’ouverture de la mer constituait le premier pas d’un processus qui allait englober l’ensemble de notre histoire, que le chant que Moché et le Peuple juif entonnèrent, en traversant la mer, n’était que le premier couplet de celui qui culminera à l’ère de Machia’h, le but final de la Création. L’ouverture de la mer fut un précédent qui rendit possible notre quête, s’étendant sur des millénaires, de la synthèse entre la terre et la mer. Elle se réalisera donc pleinement à l’âge messianique quand « la terre sera remplie de la connaissance de D.ieu tout comme les eaux couvrent la mer ».