La Torah n’est pas un livre de récits héroïques, merveilleux, heureux ou tragiques. Elle n’a pas pour but de nous raconter la geste du peuple juif au travers des âges. Elle est, avant toute chose, livre d’enseignement, guide de vie.

Cependant, c’est bien souvent que l’on sent souffler avec force le vent de l’histoire lorsque ses pages se tournent. Des temps de chaos à cette aube de la civilisation, quand Abraham entreprend de diffuser l’idée de D.ieu dans le monde, les hommes apparaissent pour ce qu’ils sont fondamentalement : des êtres perfectibles. Et parfois, au long de cette avancée, arrivent des moments qui forment comme des charnières. Ce n’est plus d’histoire qu’il s’agit mais de conscience et de bouleversement. Le 1er jour du mois de Chevat tombe cette semaine et il appartient à cette catégorie.

« Le premier jour du onzième mois, ils arrivèrent dans le désert du Sinaï » dit le verset. C’est donc le 1er Chevat qui est ainsi désigné et c’est du peuple juif à peine sorti d’Egypte qu’il s’agit. La précision n’a pas qu’un intérêt géographique. Imaginons la scène : des hommes, des femmes et des enfants de tous âges, tout un peuple qui a connu l’oppression et la souffrance, qui, brutalement, s’est vu libéré par miracle et qui a quitté la terre de détresse avec grandeur. Ce peuple est à présent en marche et il ne cessera pas d’inscrire son nom dans l’histoire. Mais, avant tout, il est, en ce jour, à son rendez-vous éternel : il est parvenu au Sinaï où D.ieu va lui donner une Loi destinée à changer le monde. En attendant cet instant sublime, le peuple est là, uni dans cette volonté et cette attente. Et c’est cette union qui rend tout possible.

De fait, réaliser l’unité d’êtres distincts est toujours un véritable défi. Les hommes sont si différents, dans leurs caractères, leurs aptitudes, leurs goûts et leurs visions. Pourtant la division est une faute essentielle. Elle brise les énergies et, surtout, installe une situation d’où la notion de créature Divine a disparu car, si on n’a qu’un seul Père, comment peut-on se séparer ? Alors le peuple juif réussit, sous nos yeux, ce tour de force : il s’unit au pied de la montagne. En cet instant crucial, il vient de choisir sa voie. Il sait qu’elle ne sera pas aisée, presque un sentier de crête, mais elle conduit au sommet.

C’est de tout cela que nous héritons cette semaine, en ce 1er Chevat 5779, le 7 Janvier 2019. Cette histoire chante en nous, non pas comme un événement ancien mais comme une expérience de chaque jour. Bien plus qu’un récit, une leçon de vie.