Le Don de la Torah n’est pas un événement qui n’appartient qu’au passé lointain. Chaque Chavouot, et dans une moindre mesure, chaque jour, nous revivons cette expérience. Cela se reflète dans la louange que nous adressons à D.ieu : « Celui Qui donne la Torah », où nous utilisons le temps présent, et dans la déclaration de nos Sages selon lesquels nous devons toujours considérer la Torah comme « quelque chose de nouveau que nous recevons aujourd’hui. »

Les circonstances matérielles du Don de la Torah sont donc primordiales car dans leur sens métaphorique, elles nous indiquent comment, en tout temps et en tous lieux, se lier à la Torah. Le Mont Sinaï et son environnement symbolisent les qualités personnelles qui permettent à un individu d’acquérir la Torah.

Le Midrach relatant le choix qu’opéra D.ieu au Mont Sinaï nous indique que c’était « la plus petite des montagnes » pour mettre l’accent sur l’importance de l’humilité. Si l’on se demande pourquoi, dans cette perspective, D.ieu ne donna-t-Il pas la Torah dans une plaine ou dans une vallée, la réponse est que le choix d’une montagne indique le besoin d’une certaine dose d’estime de soi. Ce sont ces deux qualités : l’humilité et l’estime de soi qui sont nécessaires à notre acquisition de la Torah.

Faire la synthèse d’attributs contraires

Un être humain habité par l’égoïsme ne peut établir de relation avec D.ieu. Comme le statue le Talmud : « (en ce qui concerne) une personne qui possède un esprit dédaigneux, le Saint Béni soit-Il déclare : ‘Moi et lui ne pouvons résider dans le monde’. » Dans nos prières quotidiennes, nous exprimons la relation entre l’humilité et l’étude de la Torah en demandant dans un même élan : « que mon âme soit de la poussière pour tous, ouvre mon cœur à Ta Torah. »

Cependant, l’humilité seule ne suffit pas pour acquérir la Torah. Une personne à qui il manque de la force de caractère et l’estime de soi ne sera pas capable de surmonter les innombrables obstacles qui peuvent se soulever dans son chemin vers l’observance de la Torah.

L’humilité et la fierté peuvent ne pas être mutuellement exclusives. Elles ne sont pas toujours issues de l’égocentrisme, pas plus qu’elles ne sont toujours le résultat de la perception que l’on peut avoir de ses propres qualités.

Une image de soi positive et le sentiment de satisfaction personnelle naissent de notre prise de conscience du lien que nous établissons avec D.ieu grâce à la Torah. Le fait de savoir que l’observance des Mitsvot nous permet d’accomplir la Volonté Divine est la plus grande source possible de renforcement personnel.

Dans cette perspective, les qualités d’humilité et d’estime de soi sont complémentaires. L’humilité encourage le développement d’une connexion encore plus profonde avec D.ieu, ce qui, à son tour, va faire naître une estime de soi comme on l’a décrite plus haut.

Le sentiment de fierté issu d’une relation avec D.ieu est bien plus puissant que celui que produit l’appréciation de nos qualités propres. L’orgueil qui se tourne vers la personne elle-même est limité en fonction de ses qualités et peut être abattu par un individu exceptionnel ou un défi insurmontable. En revanche, la force personnelle que l’on tire d’un engagement à accomplir la Volonté divine appartient au domaine infini de son objectif. Aucun obstacle ne peut se mettre en travers de son chemin.

Une fierté humble, une humilité assumée

La combinaison de ces deux qualités était parfaitement personnifiée par Moché Rabénou. Il fut, d’une part, le chef du Peuple Juif. Il reçut la Torah au mont Sinaï et l’étudia avec D.ieu pendant quarante jours et quarante nuits. Lui-même écrivit le verset : « et ne se leva jamais en Israël un prophète comme Moché. » Et pourtant, il était « plus humble que tous les hommes à la surface de la terre. »

Moché avait pris conscience que tous les dons dont il bénéficiait lui avaient été octroyés par D.ieu. Il allait jusqu’à croire que si quelqu’un d’autre avait été gratifié des mêmes dons, il serait parvenu à de plus grands accomplissements que lui. La conscience de son immense potentiel ne le faisait pas plonger dans un orgueil égocentré pas plus que son humilité ne l’empêchait d’apprécier et d’utiliser ses capacités.

Une terre sans propriétaire

Le mont Sinaï est situé dans le désert. Chaque année, la relation entre le Sinaï et le désert est ravivée par la lecture de la Paracha Bamidbar, qui se traduit par « dans le désert », que l’on fait avant Chavouot.

Nos Sages soulignent que le désert n’appartient à personne. En donnant la Torah dans le désert, D.ieu voulait montrer que personne, aucune tribu ne peut la contrôler : chaque Juif a une part égale dans la Torah.

Face à la terre stérile

Une autre leçon se dégage du fait que la Torah fut donnée dans le désert. Non seulement il n’a pas de propriétaire mais c’est également une terre stérile et désolée. Quand nos ancêtres reçurent la Torah, ils dépendaient donc exclusivement de D.ieu pour leur subsistance, l’eau et les vêtements. Et pourtant, loin de s’en inquiéter, ils reçurent la Torah avec une foi remplie d’amour. Leur dévotion servit de mérite éternel pour le Peuple juif, comme il est écrit : « Je me suis souvenu de vous, de l’amour de vos jours de mariage, du fait que vous M’ayez suivi dans le désert, sur une terre inconnue. »

A certains moments, nos moyens de subsistance sont problématiques, notre environnement nous apparaît comme un désert stérile. Ces obstacles ne doivent pas tiédir notre engagement à l’étude de la Torah et à la pratique des Mitsvot. Au lieu d’accorder la priorité à nos préoccupations matérielles, considérons que c’est la Torah qui mérite la primauté et gardons la foi que D.ieu subviendra à nos besoins comme Il l’a fait pour nos ancêtres.

Le désert peut fleurir

Le désert peut aussi être compris comme une métaphore du sentiment d’aridité et de vide spirituels. Celui qui ressent de tels sentiments devrait se rappeler que la Torah fut donnée dans un désert, et que, dans sa situation présente, D.ieu descend et lui donne Son bien le plus précieux : la Torah. Quel que soit son état, que cet homme reconnaisse qu’il a sans cesse l’occasion de se lier à D.ieu par le biais de la Torah.

Ce concept s’applique également dans nos relations avec autrui. Nous pouvons, et devons, partager la Torah avec tous les Juifs, même ceux qui semblent être des déserts stériles. Nos Sages nous conjurent d’ « être parmi les disciples d’Aharon… aimant les créatures et les rapprochant de la Torah. » Dans le Tanya, Rabbi Chnéor Zalman explique que cette phrase nous enseigne que nous devons aimer tous les Juifs, même ceux auxquels il ne reste comme caractéristique que d’être des créations de D.ieu.

Nos Sages relatent qu’au cours des quarante années de périple dans le désert, tous les Juifs purent transformer cette terre aride en « terre de résidence » au point que poussaient des arbres fleuris et fruitiers.

Notre étude de la Torah peut susciter un effet similaire. Les aspects de notre personne et de celle d’autrui qui semblent stériles peuvent devenir productifs grâce à la Torah.

Cela évoque le temps de la Délivrance où même « les arbres d’ombre seront chargés de fruits. » Les fruits du Service divin des Juifs au cours de l’exil fructifieront alors et toute l’humanité pourra apprécier que le monde est la résidence de D.ieu. Que cela se produise dans le futur immédiat !