Le Midrach indique que les Juifs dormirent toute la nuit précédant la Don de la Torah, « parce que dormir à Chavouot est agréable et la nuit est courte… Pas même un moustique ne les piqua ». Quand D.ieu arriva pour leur donner la Torah, Il trouva les Juifs profondément endormis et dut les réveiller. C’est pour réparer le sommeil du peuple juif, en cette veille du Don de la Torah, que nous avons la coutume de rester éveillés la première nuit de Chavouot et d’étudier la Torah.

Tout ce qui est relaté dans la Torah nous sert d’enseignement dans notre service Divin. Dans le cas présent, il semble évident que ce récit a pour but de nous indiquer qu’il nous faut veiller toute la nuit de Chavouot. Cependant, pour nous transmettre cet enseignement, il aurait été suffisant de résumer l’histoire. Le fait que nos Sages aient ajouté « dormir à Chavouot est agréable et la nuit est courte… Pas même un moustique ne les piqua » indique que ces détails contiennent aussi une leçon plus profonde.

Une attente impatiente

Il est bien connu que la promesse qu’ils recevraient la Torah cinquante jours après la sortie d’Egypte éveilla un désir profond dans le cœur des Juifs. C’est avec une grande impatience qu’ils comptèrent chaque jour les menant à ce moment. C’est d’ailleurs la source de la Mitsva du décompte du Omer.

Ainsi donc, si déjà depuis sept semaines, les Juifs attendaient ce moment, on peut présumer que leur désir ne faisait que croître à l’approche de la date prévue. Ils savaient que D.ieu allait leur donner la Torah le lendemain. Comment leur fut-il possible de dormir ?

Mais cela va encore plus loin. Leur décompte des quarante-neuf jours les avait préparés au plus grand cadeau de D.ieu. Au cours de chacun de ces quarante-neuf jours, ils s’étaient hissés vers les cinquante portes de la compréhension. C’est ainsi qu’au quarante-neuvième jour, ils avaient atteint quarante-neuf portes, le maximum possible par le service Divin des mortels, la cinquantième devant être ouverte par D.ieu au Mont Sinaï.

Si l’on tient compte du fait que les Juifs étaient animés d’un désir ardent de recevoir la Torah, alors même qu’ils étaient encore sous l’influence des quarante-neuf portes de l’Impureté de l’Egypte, l’on peut aisément comprendre l’intensité de ce désir au moment où ils avaient atteint un tel niveau d’élévation et de mérite.

Le fait qu’ils dormirent, et si profondément, a-t-il donc un sens ?

Force nous est de conclure que même pendant qu’ils dormaient, leur esprit ne quitta pas l’événement tant attendu. En fait, ils allèrent dormir pour s’y préparer.

Cela est également indiqué par le fait qu’aucun moustique ne les piqua. Si en allant se reposer, ils s’étaient éloignés de la Torah, D.ieu n’aurait pas suscité un miracle qui leur permit de dormir si tranquillement. Le miracle lui-même indique également qu’il s’agissait d’une préparation.

Atteindre le sublime

En fait, quand quelqu’un dort, son âme quitte, à un certain degré, son corps et « monte » dans les royaumes spirituels, ne laissant en lui que certaines traces de vitalité. C’est ainsi que l’âme du dormeur peut saisir un plus haut niveau de Divinité que lorsque la personne est éveillée.

C’est pour cela que les Juifs dormirent la veille du Don de la Torah. Ils voulaient que leur âme se détache du domaine de l’expérience corporelle et soit véritablement capable d’atteindre des hauteurs spirituelles sublimes. Ils seraient, pensaient-ils, encore mieux préparés aux révélations du Don de la Torah.

Là est le sens des paroles du Midrach : « dormir à Chavouot est agréable et la nuit est courte… ». Après le travail des quarante-neuf jours, la « nuit » était courte, il ne restait qu’un peu d’obscurité dans le monde. Tout le travail préparatoire avait été accompli et la grande Révélation était imminente. « Le sommeil était donc plaisant » car il pouvait permettre d’atteindre des niveaux spirituels exceptionnels.

Les élévations spirituelles de cette nuit furent telles qu’elles affectèrent même l’environnement au point qu’aucune créature vivante ne vint perturber leur sommeil.

Le but du Don de la Torah

Mais D.ieu n’en fut pas content. Ce n’était pas la manière adéquate de se préparer.

Il a été souvent dit que le Don de la Torah apporta une nouvelle dimension à l’observance des Mitsvot, par rapport à celle de nos Patriarches. Désormais, elles allaient avoir un effet durable sur les matières physiques, concrètes, avec lesquelles elles étaient accomplies, les imprégnant de sainteté.

Pour atteindre le summum de notre service Divin, il ne s’agit pas d’abandonner le corps mais de l’utiliser. C’est par ce type d’efforts que le lien est établi avec l’essence de D.ieu et non par une âme immatérielle.

Le Don de la Torah avait pour but de mettre l’accent sur l’avantage d’un service Divin accompli par une âme habillée dans un corps. La préparation à cet événement devait aller dans le même sens : non dormir pour s’élever au-dessus du corps mais travailler avec son corps.

Nul ne peut rester une île

Certains demandent : « Pourquoi serais-je concerné par l’obscurité du monde ? Pourquoi devrais-je m’impliquer dans la matérialité ? Il est préférable que je me coupe de tout cela et que je me consacre à étudier la Torah et à améliorer mon service Divin, sans être dérangé par quiconque ! »

Ceux-là disent qu’ils ont atteint le niveau de Chavouot où la « nuit », l’obscurité de notre monde, est courte. Ils veulent atteindre les plus hauts niveaux (« le sommeil de Chavouot est agréable ») et ne pas être dérangés par les moustiques qui les entourent. Ils doivent savoir qu’avant même que la Torah ne soit donnée, en fait, même le jour où elle fut donnée, une telle approche était contraire à l’intention Divine.

Voilà pourquoi nous ne dormons pas à Chavouot, la nuit qui précède le Don de la Torah. Il ne s’agit pas simplement de réparer l’erreur de nos ancêtres mais le fait de rester éveillés est en soi une préparation au Don de la Torah.

L’approche adéquate veut que nous nous impliquions avec le corps, l’âme animale et notre part du monde. Ainsi nous préparons-nous à recevoir la Torah avec une joie qui se déploiera tout au long de l’année.