La «reine de Cleveland»

Oui, la «reine de Cleveland», c’est ainsi que le Rabbi parlait de Mme Shula Kazen qui, arrivée en 1953 de Russie, était devenue une des premières émissaires du Rabbi dans cette capitale de l’Ohio.

Un jeune couple habitait en face des Kazen : Elaine et son mari Phil Brown ne parvenaient pas à mettre des enfants au monde. En désespoir de cause, ils décidèrent d’entreprendre les formalités en vue de l’adoption. Pour cela, l’agence leur demandait des références de bonne moralité de la part de personnes qui n’étaient pas de la famille. Quelle meilleure référence qu’un rabbin ? Les Brown traversèrent donc la rue, sonnèrent à la porte des Kazen et leur demandèrent de bien vouloir signer le papier, ce qu’ils acceptèrent volontiers : «Nous le ferons avec plaisir, déclarèrent-ils, mais vous devriez aussi écrire au Rabbi et demander sa bénédiction !».

«D.ieu n’a pas répondu à nos prières pour un enfant alors en quoi cela serait-il différent avec ce Rabbi ?», ont-ils murmuré.

Si vous pensez que c’est la fin de l’histoire, vous ne connaissez pas les émissaires du Rabbi et surtout pas Madame Kazen. Elle insista pour qu’ils écrivent au Rabbi et, quand on lui demandait poliment de sortir par la porte de devant, elle revenait par la porte de derrière. Finalement, de guerre lasse, les Brown écrivirent la lettre sous la direction de Madame Kazen et l’envoyèrent.

Ils n’eurent pas à attendre très longtemps. La réponse arriva quelques semaines plus tard, le jour de Chabbat Chouva (avant Yom Kippour). Ils traversèrent la rue en courant pour montrer la lettre, entrèrent et s’apprêtèrent à ouvrir la lettre en présence des Kazen mais Madame Kazen les en empêcha fermement : «On n’a pas le droit d’ouvrir une lettre le jour du Chabbat !».

Ce fut le plus long Chabbat que les Brown aient jamais observé mais il n’y avait pas le choix. Immédiatement après Chabbat et la cérémonie de la Havdala, ils ouvrirent la lettre : le Rabbi leur demandait d’observer les lois de la Pureté Familiale. «Nous avons déjà tout essayé : alors pourquoi pas cela ?» se dirent-ils.

Le premier de leurs enfants naquit un an plus tard…

Quelques mois plus tard, la mère de Phil tomba si malade qu’elle fut hospitalisée et perdit connaissance. Le médecin avertit solennellement la famille qu’elle n’avait probablement plus que quelques heures à vivre et qu’il fallait de toute urgence prévenir tous ses enfants : «Il est hautement improbable qu’elle reprenne connaissance et, même si elle ne décède pas dans la nuit, elle n’aura plus qu’une existence végétative !».

Phil s’assit avec son frère et ses deux sœurs comme s’ils avaient déjà entamé le deuil.

C’est alors que Madame Kazen arriva : «Avez-vous déjà écrit au Rabbi ? Vous verrez, le Rabbi donnera sa bénédiction et tout ira bien !» affirma-t-elle. Les Brown la regardèrent étonnés et même un peu excédés : leur mère était sur le point de quitter ce monde et elle se permettait de leur indiquer comment agir comme si tout allait bien ?

Le frère de Phil, Bert, était vraiment scandalisé et intima à Madame Kazen l’ordre de sortir mais elle avait tout de même réussi à leur extorquer le prénom hébraïque de Madame Brown et celui de sa mère.

– J’écrirai au Rabbi de votre part ! promit-elle tout en quittant de force la pièce.

Quelques heures plus tard, elle revint mais la famille Brown ne voulut même pas l’écouter tant le chagrin était palpable :

– J’ai parlé à Rav Hodakov, le secrétaire du Rabbi qui a réussi à glisser un mot à votre propos juste quand le Rabbi quittait son bureau du 770 Eastern Parkway à Brooklyn. Voici ce qu’il a répondu : «Dites à la famille qu’il n’est pas nécessaire de s’inquiéter. Demandez aux médecins de recommencer les examens et ils réaliseront qu’ils ont commis une erreur. Au matin, tout ira mieux !».

Cette réponse et cette assurance du Rabbi laissèrent les Brown sceptiques ; ils ne pouvaient pas comprendre comment un Rabbi à New York prétendait en savoir plus que les médecins quant à la situation de leur mère et, de plus, donner une date précise.

Mais au matin, Madame Brown se réveilla, exigea une tasse de café et parcourut le journal du jour. On lui posa des questions et elle répondit avec calme et intelligence : non, elle n’était pas devenue un légume !

En constatant cela, le frère de Phil, Bert décida de devenir un ‘Hassid : «Le Rabbi ne s’est pas contenté de donner sa bénédiction, expliqua-t-il. Il a fixé un délai et s’est engagé. Quand sa prédiction s’est réalisée, j’en ai déduit que je devais m’engager !».

Ce n’est qu’un exemple parmi tant d’autres de la détermination de la «reine de Cleveland» !

A cause de son grand âge, elle a laissé les responsabilités de sa communauté à sa fille et son gendre, Rav Alevsky mais continue depuis Brooklyn de s’intéresser à ce qui se passe dans «son royaume» ! Souhaitons-lui encore de longues années en bonne santé, entourée de ses nombreux descendants !

Chaya Shuchat – N’shei Chabad Newsletter

Traduite par Feiga Lubecki