La fête de Pourim est passée puis le lendemain, où la célébration continue à Jérusalem, puis le Chabbat qui a apporté sa lumière et sa gloire si particulières et si sensibles. Et voici que le mois d’Adar poursuit sa route. Chacun, sans doute, commence déjà à penser aux préparatifs nécessaires au prochain grand rendez-vous du calendrier : la fête de Pessa’h, qui fait résonner à nos oreilles, dès à présent, la musique de la liberté. Cependant, c’est toujours du mois d’Adar qu’il s’agit. Décidément, entêté et enthousiaste à la fois, il avance sur le chemin qui lui appartient en propre, ce chemin à nul autre pareil, celui de la joie sans limites. Mais, peut-on se dire dans les termes du Talmud, «nous sommes toujours les serviteurs d’Assuérus.» La fête s’est achevée, le miracle s’est produit et nous avons été délivrés de nos ennemis. Cependant, le monde paraît être resté le même. Après tout cela, rien n’aurait donc changé ? Le mois d’Adar ne suivrait-il qu’une voie vaine, un sentier d’apparence, sans prise sur la réalité ? La situation générale n’encline-t-elle pas à des sentiments pour le moins mitigés ? On peut parfois oublier ce qu’elle est mais ne se rappelle-t-elle pas avec force à notre attention dès que celle-ci cesse d’être mobilisée ?

Il faut alors se souvenir du mot de nos Sages, abondamment cité, « quand entre le mois d’Adar, on multiplie la joie. » Certes, cette joie-là est liée à Pourim mais il faut relever que la phrase ne le souligne pas. Ainsi, les Sages indiquent que l’allégresse est une donnée de base du mois en cours, que c’est l’ensemble d’Adar qui en est porteur et non quelques jours privilégiés en son sein. Plus encore, c’est à partir du début du mois que la joie doit augmenter en toutes circonstances, c’est dire que cette croissance doit être continue jusqu’à ce qu’il s’achève. En d’autres termes, la joie ne s’est pas arrêtée avec Pourim, elle a poursuivi son ascension et elle continue de croître jour après jour. N’y a-t-il donc pas une limite à ce que l’homme peut ressentir et vivre dans ce domaine ? Justement non. C’est là une des caractéristiques de cette émotion si précieuse : elle ne connaît de limites que celles que l’homme souhaite lui imposer.

Alors que nous nous trouvons en cette fin d’Adar, notre joie doit chaque jour grandir. Elle est une manière de dire notre confiance en D.ieu. Elle est aussi une clé pour la victoire finale du Bien sur tout ce qui s’y oppose.