Le dalèt est la quatrième lettre de l’alèph-bèt. Le Talmud (Chabbat 104 a) indique que le dalèt représente le pauvre. C’est ainsi qu’il est dit : gomèl dalim : «le bienfaiteur qui donne au bénéficiaire».

Le Talmud explique également que lorsque nous observons la forme du dalèt, son pied unique se tend vers la droite, en direction de la lettre hébraïque qui le précède, le guimel. Cela nous enseigne que le pauvre doit se rendre réceptif à la charité du bienfaiteur. De la même façon, la petite extension, vers la droite, de la barre horizontale, ressemble à une oreille car le pauvre doit toujours veiller à la présence d’un homme riche. Cependant, le côté gauche de cette barre ne fait pas face au guimel, le bienfaiteur, mais se tend vers la lettre hé qui suit et qui représente D.ieu. Cela nous enseigne que nous devons donner la charité discrètement et ne pas embarrasser le pauvre. Quant à lui, il doit remettre sa foi entre les mains de D.ieu Qui est le Bienfaiteur ultime de l’univers.

La Michna (Chekalim 5 :6) nous dit que dans le Temple se trouvait une pièce appelée «la Pièce Silencieuse ». L’on y pénétrait seul et l’on fermait la porte directement derrière soi. Dans cette chambre était déposée une grande boîte. On avait le choix soit d’y mettre de l’argent ou d’en prendre. Bien sûr, le riche donnait sa contribution et après lui, également seul, arrivait le pauvre qui, lui, prenait de l’argent. Tout cela était mené dans la plus grande discrétion. Le riche ne pouvait pas savoir à qui il donnait la charité et le pauvre ignorait de qui il la recevait.

La ‘Hassidout propose une seconde approche pour expliquer le dessin du dalèt. Elle souligne que cette lettre est composée d’un réchet d’un youd.Quelle est la différence entre le dalèt et le réch ? Un youd. Si l’on appose un youd au coin supérieur droit du réch, il devient un dalèt. Le youd, une très petite lettre, représente l’humilité. C’est elle qui fait la différence. La mezouza sur le montant de notre porte contient le célèbre paragraphe du Chema qui déclare : «Ecoute Israël, l’Eternel notre D.ieu, l’Eternel est Un ». Le mot é’had, «un», comme dans «D.ieu est Un», s’épelle avec les lettres alèf, ‘hèth, dalèt. Que se produit-il si le youd disparaît du dalèt qui devient alors un réch ? Le mot n’est plus é’had mais a’hèr, qui signifie «autre». Si une telle erreur venait à être commise, à D.ieu ne plaise, ce verset se traduirait alors par «Ecoute Israël, l’Eternel est notre D.ieu, l’Eternel est autre (c’est-à-dire d’autres dieux)». Cet aspect du youd, l’humilité, est si important dans la foi en l’unicité de D.ieu que son omission peut mener à rejeter D.ieu et à croire en l’existence de forces omnipotentes dans l’univers. Le Midrach dit que celui qui intervertit le réch pour le dalèt, détruit tous les mondes.

Guematria

La Guematria, ou valeur numérique de la lettre hébraïque, du dalèt est 4. Le 4 représente les Matriarches : Sarah, Rivka, Ra’hel et Léah. Il représente aussi les 4 mondes créés, comme l’explique la Cabale : Atsilout, Briah, Yetsirah et Assiyah. En outre, le dalèt renvoie aux quatre éléments essentiels : le feu, (l’énergie), l’air (le gaz), l’eau (le liquide) et la terre (le solide). Le 4 représente également la fête de Pessa’h : les 4 coupes de vin, les 4 enfants, les 4 questions.

Pourquoi boit-on quatre coupes de vin à Pessa’h ?

Il existe quatre expressions de la Rédemption dans la Torah. Quand D.ieu fit sortir le Peuple Juif d’Egypte, Il dit : «Je vous ferai sortir », «Je vous sauverai», «Je vous libérerai» et finalement, «Je ferai de vous une nation pour Moi» (Chemot 6 :6-8). Les trois premières expressions impliquent une intervention de D.ieu Lui-même dans le fait de sortir le Peuple Juif d’Egypte. Les Juifs eux-mêmes restaient passifs. Mais la quatrième, devenir le peuple de D.ieu, requiert une action à la fois personnelle et collective des Juifs.

Que signifie devenir le peuple de D.ieu et comment nous y préparons-nous ?

En nous purifiant. Le Zohar nous dit qu’à la période de l’Exode, les Juifs étaient au quarante-neuvième degré d’impureté. S’ils n’étaient restés en Egypte qu’un moment de plus, ils seraient tombés dans le cinquantième et plus bas niveau et auraient été perdus à tout jamais. Ce ne fut pas par leurs mérites ou leur bonté qu’ils méritèrent d’être sauvés. Mais ce fut par la bienveillance de D.ieu : «Je vous ferai sortir», «Je vous sauverai», «Je vous libérerai». Mais comment D.ieu sauva-t-Il finalement le Peuple Juif ? En en faisant Son peuple, en leur donnant Sa Torah. Ce quatrième terme de Rédemption ne se produisit qu’au Don de la Torah, quarante-neuf jours après le départ de l’Egypte. Car durant quarante-neuf jours, nous nous préparâmes à devenir Son Peuple. Pendant les trois premières étapes de la Rédemption, nous étions passifs et non méritants. Nous devions donc gagner le quatrième niveau.

La différence entre les trois premières expressions et la quatrième s’exprime dans la différence entre la Matsa et le vin. La Matsa est un aliment qui ne possède pas de goût. Selon la hala’ha (la loi juive), la Matsa utilisée au Séder doit être confectionnée en mélangeant simplement de la farine et de l’eau. Elle est appelée «le pain du pauvre ». Quand D.ieu nous sortit d’Egypte, nous étions dans un statut de pauvreté spirituelle et ne méritions pas la Rédemption. Nous étions comparables à la Matsa ; sans goût. Mais au cours des trente-neuf jours qui suivirent, nous fîmes un travail sur nous-mêmes. Nous commençâmes à comprendre et intérioriser ce qui constitue le Judaïsme et la Torah. Nous nous élevâmes du quarante-neuvième degré d’impureté vers les quarante-neuvièmes degrés de compréhension. Nous reconnûmes D.ieu. Et une fois que nous saisîmes ce que représente le Judaïsme, une fois que nous saisîmes ce que signifie devenir le Peuple de D.ieu, nous fûmes emplis de joie. C’est pour cette raison que nous buvons du vin, car il est dit : «Il n’y a pas de chant sans vin». Nous buvons du vin pour pouvoir reconnaître pleinement notre Rédemption d’Egypte et chantons des louanges à D.ieu avec une grande allégresse.

La Matsa représente les trois premières expressions, l’intervention de D.ieu pour le Peuple Juif alors «plat», passif. Les quatre coupes de vins représentent la quatrième expression : le fait de devenir un peuple, le rôle actif et l’engagement des Juifs.
(La Sidra de la Semaine)