C’est une grande chose d’avoir vécu des temps forts, qui marquent le cœur et l’esprit. C’est une chose merveilleuse que d’avoir conquis, une fois de plus, sa liberté et d’avoir brisé les chaînes de l’esclavage, matériel ou spirituel. En d’autres termes, Pessa’h a tenu ses promesses : il a été cette fête prodigieuse dont les effets ne cessent pas avec sa conclusion mais que nous emmenons avec nous tout au long de l’année pour en tirer les ressources de notre libération constante. Pourtant, alors même qu’elle se déroulait, c’est une entreprise nouvelle qui, parallèlement, commençait : le compte de l’Omer.

Compter les jours qui s’étendent entre Pessa’h, la sortie d’Egypte, et Chavouot, le Don de la Torah… Compter le temps… Ritualiser ce compte avec une bénédiction… Quelle idée étonnante ! Tout se passe comme si ce simple compte changeait profondément l’existant, comme si un acte rituel, dont on a peine à mesurer la portée, donnait à notre vie un sens nouveau. Peut-on, en effet, affirmer avec plus d’éclat la grandeur de l’idée de progrès ? Souvenons-nous :

les Juifs qui quittent l’Egypte, nouvellement libérés, sont alors au «49ème degré de l’impureté». Ils doivent pourtant, sept semaines plus tard, se tenir devant D.ieu au mont Sinaï, recevoir la Torah. Est-il seulement possible d’imaginer un tel passage ? Comment aller, en une si courte période, du plus profond des abîmes au sommet le plus élevé ? La tentation est grande de penser que, finalement, le défi est trop grand, peut-être insurmontable. Mais c’est ici que l’inattendu devient réalité : jour après jour, les Juifs gravissent les degrés du spirituel et, au jour dit, ils sont dignes de leur rencontre avec la Divinité.

Une idée nouvelle est ainsi apparue dans le monde : le progrès est possible. Les situations ne sont jamais figées et la volonté de l’homme, soutenue par l’aide Divine, est éternellement capable de réaliser des prodiges. Même si le point de départ paraît désespérément éloigné de celui d’arrivée, le voyage mérite d’être entrepris. Et ce voyage même est, en soi, une partie de la réponse. L’homme est enfin un être perfectible. Qui qu’il soit, il sait que tout peut toujours être amendé et que rien ne reste jamais fermé à qui le désire vraiment. Avec le compte de l’Omer, la liberté prend son plein sens. Les hommes savent à présent que plus aucune chaîne ne les entrave, même pas celles de l’histoire individuelle ou collective. Le progrès est né et il ne cessera plus d’enchanter la conscience des hommes. Aujourd’hui, l’entreprise continue. A chacun de lui donner sa pleine puissance !