Devant l’assemblée des Enfants d’Israël, Moché répète la Torah ainsi que les événements qui se sont produits au cours du voyage de quarante années. Il leur adresse des reproches pour leurs iniquités et les enjoint de rester fidèles à leur héritage éternel. Moché rappelle qu’il a nommé des juges et des magistrats pour le seconder, le voyage depuis le mont Sinaï dans le désert, l’épisode des Explorateurs, le décret de D.ieu Qui attendra quarante ans avant de permettre au peuple d’entrer en Israël.

Moché évoque également quelques événements plus récents : les querelles avec Moav et Amon, les guerres contre les rois émorites, l’installation des tribus de Réouven, Gad et une partie de celle de Ménaché, le message qu’il adresse à son successeur Yehochoua, pour ses futures batailles dans la conquête d’Israël : « Ne les crains pas car l’Eternel ton D.ieu combattra pour toi ».

Réconforter notre Père

Trois versets dans la Torah présentent la particularité d’être coupés en leur milieu et qu’y commence un nouveau paragraphe. L’un d’entre eux se rencontre dans notre Paracha Devarim (2 :8) :

« Ainsi nous nous détournâmes de nos frères, les enfants d’Essav qui habitent Séir, du chemin de Elat et de Etsion Gaver…

… et nous tournâmes et nous passâmes par le chemin de Moav. »

Dans ce verset, la Torah laisse un large espace vide après le mot « Etsion Gaver ». Quel est le sens de cet espace peu courant ?

En général, chaque Paracha comporte un thème qui renferme de nombreux concepts. Chaque paragraphe évoque ce concept avec force détails. Chaque verset (Passouk) donne de nombreuses nuances à chaque détail. Le fait qu’il y ait un espace à l’intérieur même d’un verset devrait donc impliquer que bien que nous soyons concentrés sur un détail, il a deux nuances diamétralement opposées. Quelles sont ces nuances ?

Des distinctions simples

Juste avant la coupure, il est fait mention de Séir, et juste après de Moav. Il existe une différence entre la manière dont Israël doit entretenir des relations politiques avec Séir et avec Moav. En ce qui concerne Séir, D.ieu dit : « Ne les provoquez pas du tout ».

A propos de Moav, D.ieu dit : « Vous pouvez les provoquer d’une manière générale mais ne pas faire la guerre contre eux. »

Peut-être est-ce cette différence dans le comportement qui expliquerait cet espace.

Les distinctions homélitiques

Tentons de comprendre la différence entre Séir, qui représente Essav et Moav. Essav était un fils d’Its’hak, et il était connu pour le soin qu’il accordait à l’importante Mitsva de Kiboud Av, le respect de son père. Le Baal Hatourim explique que les mots Yeroucha lé Essav, « l’héritage d’Essav », ont la même valeur numérique que Bichvil Mitsvat Kiboud, « à cause de la mitsva d’honorer (son père) ».

En revanche, Moav était le fils de la fille aînée de Loth, qui n’avait pas honoré son père. Bien que son intention fût de sauver l’humanité, elle eut un enfant de son père et elle le nomma Moav, ce qui signifie « de mon père », plaçant ainsi publiquement son père dans une situation indigne.

Peut-être est-ce pour cela qu’il y aurait un espace au sein-même du verset : pour faire une distinction symbolique entre les enfants d’Essav et les enfants de Moav. De manière générale, un verset de la Torah ne représente, comme nous l’avons vu, qu’un seul détail mais Essav et Moav étaient diamétralement opposés.

Des distinctions plus profondes

Les enfants d’Essav résidaient à Séir, « Séir » signifie littéralement « cheveu ». Selon la ‘Hassidout, les cheveux représentent les aspects les plus extérieurs de l’intellect. Ce niveau le plus extérieur dans le cerveau se contracte si bien qu’il peut percer le crâne et se manifester sous forme de mèches de cheveux visibles. Les cheveux représentent donc la Torah, les 24 livres de la Torah, des Prophètes et des Hagiographes, qui constituent la partie extérieure de la connaissance infinie de D.ieu, contractée dans des « mèches » de connaissance de la Torah.

Par ailleurs, Moav signifie « de mon père ». Av, « un père », fait allusion à la ‘Ho’hma, « l’intellect ». Cependant Moav évoque le dérivé extérieur et superficiel, sans sainteté, de l’intellect. C’est la lumière de l’intellect qui a été prise au piège du monde du travail, concentré sur lui-même.

Bien que mener des affaires soit cachère et même requis par la Torah, comme l’atteste le verset : « six jours par semaine tu travailleras », travailler n’est pas en soi un acte saint. Mais travailler donne le moyen de gagner sa vie, de donner de la charité aux pauvres, d’envoyer les enfants à l’école et de soutenir les Yechivot et les synagogues.

Cependant, si l’on se consacre trop au travail et que l’on manque de confiance dans la Providence Divine, si l’on pense que c’est son intellect et son esprit entrepreneur qui apportent le succès, alors on imite les voies de Moav.

Dans ce verset, la distinction entre Séir et Moav est le signe que nous ne devons pas confondre la Torah avec le travail ni le travail avec la Torah.

Consoler le Père

La Paracha Devarim est toujours lue avant Ticha beAv, le neuvième jour du mois d’Av. C’est un jour de jeûne, le point ultime des Trois Semaines de Deuil pour la destruction du Temple de Jérusalem. Ce mois porte un autre nom : Mena’hem Av, « consoler le père ». Au cours des premiers neuf jours de ce mois, nous nous efforçons de consoler notre Père Divin, car c’est durant cette période que Sa précieuse demeure sur terre fut détruite.

Le Chabbat de la Paracha Devarim, la lecture que l’on fait du passage des Prophètes affirme : « Tsion sera délivrée par le Michpat ». Michpat signifie l’étude de la Torah. C’est ainsi qu’en augmentant notre étude de la Torah, au cours de ce mois, nous consolons le Av, l’intellect Divin. Nous le sauvons de ses orientations qui auraient pu le détourner d’objectifs saints, pleins de sens et constructifs.