Les fêtes soulèvent toujours la même interrogation existentielle : et après ? Et elle se pose à présent avec une acuité d’autant plus grande que la période reste morose à bien des égards.

De fait, nous sommes à peine sortis de Chavouot. Nous venons ainsi de vivre un de ces temps essentiels où c’est tout l’avenir de l’univers qui a été transformé : la Loi est descendue sur le monde, élevant celui-ci à un degré qu’il n’aurait jamais atteint par lui-même et portant les hommes à une humanité véritable, les rendant dignes de la civilisation à construire. Tant de grandeur… Mais le lendemain, quand les lumières si éclatantes il y a peu, semblent s’estomper davantage chaque jour, que nous reste-t-il ?

Il faut donc se souvenir : les jours que nous traversons portent un beau nom dans la tradition juive. Ils sont « les jours de complément ». Très concrètement, cela nous ramène à l’époque du Temple de Jérusalem où la fête de Chavouot était accompagnée de nombreuses offrandes à D.ieu. Si, du fait de la brièveté de la célébration, toutes les offrandes n’avaient pas pu être faites, cela pouvait être complété pendant les jours qui suivaient, d’où la notion de « complément ». C’est dire qu’il y a ici une idée de compensation mais aussi de plénitude atteinte. Bien sûr, ce double concept est précieux pour chacun.

Parfois, la vie fait que nous soyons comme déçus de nous-mêmes et que, prenant conscience de ce que nous sommes et de l’imperfection de nos actes, nous perdions espoir et courage. Justement, une fois Chavouot passé, alors que notre engagement envers D.ieu a été renouvelé, le temps du « complément » est là : nous pouvons aller au-delà, aucun rendez-vous, aussi solennellement fixé soit-il, n’est définitivement manqué. Mais, dira le pessimiste, tout cela n’est que rattrapage ; serions-nous condamné à nous limiter à ce degré ? C’est alors que les termes employés prennent tout leur sens. Ce « rattrapage » est aussi un accès à la plénitude.

C’est l’enjeu du temps qui passe. Ne laissons pas Chavouot en arrière, comme si on regardait s’effacer au loin le rivage d’un pays béni. Au contraire, notre lien avec D.ieu a été renouvelé et nous en sommes encore plus forts, plus enthousiastes. Quel que soit le visage que le monde nous présente, nous savons que rien ne peut submerger cette volonté nouvelle. Demain brillera de toutes ces lumières, si nous le voulons.