Avoir de nouveau reçu la Torah est une expérience qui ne peut laisser inchangé.

Certes, elle se renouvelle chaque année avec le déroulement du calendrier. Cependant, malgré cette apparente répétition, elle entraîne un bouleversement essentiel et profond et celui-ci exerce ses effets aussi bien sur le plan collectif qu’individuel.

C’est qu’au jour du don de la Torah, c’est une norme créatrice qui est descendue sur le monde. Il faut mesurer l’importance de l’événement. Jusqu’ici la loi dépendait du bon vouloir du souverain et changeait bien souvent avec lui ou au fil de ses caprices. Expression du pouvoir d’un seul, parfois divinisé, elle ne pouvait proposer de référence ultime, s’imposer également à tous de manière à fonder une véritable vision du monde. C’était le temps de l’arbitraire : l’homme, laissé à lui-même, tâtonnait dans l’obscurité de la conscience. Certes, tout cela commença à changer avec Abraham, lui qui entreprit de répandre une lumière nouvelle : l’idée que l’univers n’est pas abandonné à des forces aveugles mais que, voulu par un Créateur, il est toujours lié à Lui. Cependant, la norme qui crée la civilisation n’était pas encore descendue au sein de l’humanité toute entière.

A présent, nous savons que c’est chose faite. Jusqu’ici, nous étions enchaînés par l’ignorance. Et c’est elle qui permettait que les désirs des puissants se donnent libre cours. Aujourd’hui, ces chaînes-là ont été brisées. Le don de la Torah, révélation d’une Sagesse et d’une Loi absolues, dit aux hommes que plus rien ne viendra définitivement plier devant les caprices des uns et les intérêts des autres. La Loi fonde un monde et en garantit la pérennité. Sa permanence est celle de D.ieu, au même titre que sa perfection.

Bien des siècles sont passés depuis cette révélation. En notre temps, nous en sommes les héritiers. Face aux errements et aux expériences sans lendemain, nous savons que nous sommes les dépositaires de cette norme-là.  Et, par elle, par ce que les hommes en ont acquis, plus rien n’est impossible. En prendre conscience n’est dès lors plus un rêve mais une manifestation du réel en nous, avec toute la force et la simplicité de l’évidence.