Il arrive à tout homme de s’arrêter un instant dans la course du quotidien et de regarder le monde.

Il est alors pris parfois d’une sorte de lassitude. Alors que les années, les mois et les jours se suivent, c’est la notion même de progrès qui prend un aspect trouble. Tout se passe comme si elle avait été submergée par un flou profond. C’est ainsi que, désabusés, nous assistons, au fil de nouvelles attristées, à l’irruption jamais éteinte de la violence dans les cités des hommes. Ici on détruit, là on assassine. Des hommes, des femmes ou des enfants perdent la vie ou sont marqués à vie par la tragédie et, quand l’auteur du forfait est arrêté et bien souvent qualifié de « déséquilibré », tout cela disparaît peu à peu de la conscience. Ne faut-il pas que l’existence retrouve sa tranquille routine ? Il est vrai que l’homme est, par nature, oublieux et c’est là, sans doute, un caractère nécessaire au maintien de sa sérénité. Mais que faisons-nous du monde ?

Lors de la création, un but fut assigné par le Créateur à tout ce qui venait de naître de Sa main. Tout devait parvenir à un degré d’accomplissement supérieur, jusqu’à la perfection même. Celle-ci pouvait sembler être un objectif lointain, elle était cependant à notre portée. Pour cela, des valeurs éternelles furent données, comme un cadre de référence inébranlable. Ces idées furent, dans les premiers âges, perçues avec la plus grande clarté. Elles constituèrent le socle de toute civilisation. Puis les siècles passèrent et la nécessité d’un cadre normatif s’estompa. Les hommes se sentirent autorisés à jouer avec lui, à le façonner au gré de leurs envies. Ce n’était là que l’exercice de leur liberté, pensèrent-ils. Mais il est des choses délicates qui ne résistent pas longtemps aux manipulations trop souvent maladroites. Les normes ayant perdu leur prééminence ancienne, elles commencèrent à se fondre dans la brume de consciences en berne. Et c’est ainsi qu’apparurent des actes autrefois impensables. Quand la morale devient individuelle et relative, comment les comportements n’iraient-ils pas jusqu’aux extrêmes ?

Mais l’homme, couronnement de la création, a une capacité merveilleuse : il sait toujours garder espoir et peut faire naître en lui forces de la renaissance. Le peuple juif connaît cela car sa longue histoire lui a fourni les occasions, plus souvent dramatiques que joyeuses, de le mettre en œuvre. Ce trésor d’expérience est un privilège. Et si le monde paraît avoir perdu de son sens, n’est-ce pas aussi une invitation à lui en redonner ?