Le beau-père de Moché, Yitro, entend parler des miracles extraordinaires qu’a accomplis D.ieu pour le Peuple d’Israël. Il se rend de Midian au camp d’Israël, accompagné de la femme de Moché et de leurs deux fils. Yitro conseille à Moché de désigner une hiérarchie constituée de magistrats et de juges pour l’aider dans sa tâche de gouvernance et de législateur pour le peuple.

Les Enfants d’Israël établissent leur campement face au Mont Sinaï où il leur est dit que D.ieu les a choisis pour être Son « royaume de prêtres » et « une nation sainte ». Le peuple répond en proclamant : « Tout ce que D.ieu a dit, nous le ferons ».

Le sixième jour du troisième mois (Sivan), sept semaines après l’Exode, la nation d’Israël dans son intégralité s’assemble au pied du Mont Sinaï. D.ieu descend sur la montagne dans le tonnerre, les éclairs, des tourbillons de fumée et le son du Chofar. Il commande à Moché de monter.

D.ieu proclame les Dix Commandements, enjoignant le Peuple d’Israël de croire en D.ieu, de ne pas servir d’idoles ou de prononcer le nom de D.ieu en vain, de garder le Chabbat, d’honorer les parents, de ne pas tuer, de ne pas commettre d’adultère, de ne pas voler et de ne pas porter de faux témoignages ni de jalouser la maison d’autrui. Le peuple s’adresse à Moché en criant que la révélation est trop intense pour qu’ils puissent la supporter, le suppliant de recevoir, lui, la Torah de D.ieu et de la leur transmettre.

Rabbi Chneor Zalman explique que nous devons vivre en nous inspirant des leçons de la Paracha hebdomadaire. La Paracha de cette semaine, Yitro, décrit le Matan Torah, « le Don de la Torah ». La Haftara y ajoute plus d’emphase encore en décrivant la vision du prophète Yéchayahou (Isaïe) du « Chariot Divin » : lors du Don de la Torah, D.ieu descendit sur le Mont Sinaï et Se révéla, Lui, ainsi que Son chariot (Chemot Rabbah 29 :2).

Chaque année, à trois reprises, nous lisons la description du Don de la Torah : dans la Paracha Yitro, à Chavouot et dans la Paracha Vaét’hanane. Bien que le contexte en soit identique, nous pouvons tirer différents enseignements de chacune de ces lectures.

A Chavouot, qui est un Yom Tov (un jour de fête), nous récitons des prières spécifiques et pratiquons certaines coutumes particulières. En outre, tout travail est interdit. Les mots Yom Tov signifient « bon jour », autrement dit, un jour tout particulièrement désigné pour la réjouissance. C’est la raison pour laquelle, lors de Chavouot, la lecture de la description du Matan Torah se fait dans une atmosphère de joie.

Il n’en va pas de même pour les deux autres lectures. La Paracha Vaét’hanane se lit immédiatement après les trois semaines de deuil, à un moment où le service du Peuple juif se caractérise par la Techouvah (retour à D.ieu).

Par ailleurs, la Paracha Yitro est lue alors que le Peuple juif est immergé dans son service quotidien de D.ieu, un service qui est plutôt lié aux Tsaddikim (Justes) qu’aux Baalé Techouvah (ceux qui font un retour à D.ieu). En effet, cette Paracha décrit les événements qui eurent lieu immédiatement avant le Don de la Torah, alors que les Juifs avaient atteint le niveau de Tsaddikim. Bien évidemment, tout cela avait lieu avant le péché du veau d’or.

Vaét’hanane, en revanche, décrit le service des Baalé Techouvah puisqu’elle se situe après l’épisode du veau d’or. Il s’agit donc de la description du Don des secondes Tables de la Loi.

Les premières Tables de la Loi furent données avec « du tonnerre et des éclairs », dans le bruit. Nos Sages affirment que « …là-bas (au Mont Sinaï), il y avait de la crainte et de la peur, des tremblements et des sueurs. » Rabbi Chnéor Zalman explique que bien qu’au Mont Sinaï il se produisît des miracles révélés, qui ne sont pas présents lors de notre présente étude de la Torah, néanmoins, la crainte doit rester en nous puisque la Torah que nous avons reçue est la Torah de D.ieu. Notre approche doit y être semblable à celle des Juifs au Mont Sinaï et également s’accompagner de « bruit ».

Le Tanya (œuvre majeure de Rabbi Chnéor Zalman) souligne un concept similaire en déclarant que la Torah doit « reposer à l’intérieur des 248 membres du corps ».

Apparemment, la Torah semble constituer une étude intellectuelle. Elle doit être abordée avec « la paix de l’esprit et la paix du corps. » Un effort pour l’intégrer dans le corps entier entraverait notre concentration. Et pourtant, la Torah nous enseigne que « mon être tout entier doit la déclarer. » La Torah doit imprégner notre existence dans sa totalité.

Ce qui précède est pour nous source d’un enseignement important. Nous devons nous impliquer dans la diffusion de la Torah, et tout particulièrement des sources de la ‘Hassidout, et nous devons le faire avec grand « bruit », avec excitation et tumulte.

L’on pourrait arguer que « les paroles du sage sont entendues dans le calme », que nous devons adopter une attitude réfléchie et commencer à travailler doucement, pas à pas, quand nous nous occupons de répandre la Torah. Cependant, une telle approche va à l’encontre de ce que fut celle du Rabbi précédent qui mettait l’accent sur l’action immédiate. Il souligna que nous n’avons que « quelques instants » avant la venue du Machia’h et que maintenant est venu le temps d’ « agripper et manger, agripper et boire. » Nous devons utiliser chaque moment disponible, susciter une grande agitation et un grand tumulte pour la Torah. Plus encore, cette agitation et ce tumulte ne doivent pas seulement avoir lieu lors des jours de fête mais également durant les jours de la semaine. C’est pour souligner ce point que le Don de la Torah de la Parachah Yitro, n’est pas seulement lu lors de la fête de Chavouot mais également cette semaine.

Le Midrach nous dit que le « bruit » du Mont Sinaï eut un effet indésirable, « l’influence du mauvais œil. » Si l’on prend en compte cette influence, comment réclamer que l’on fasse du bruit dans la diffusion de la Torah ? La réponse à cette question réside dans le concept du péché de l’arbre de la connaissance, source de toutes les influences indésirables dans le monde. Le Midrach (Beréchit Rabbah 21 :7) relate que le péché d’Adam consistait dans le fait d’avoir mangé ce fruit au mauvais moment. S’il avait attendu trois heures, il aurait pu faire du vin à partir de ce fruit de l’arbre de la connaissance et l’utiliser pour le Kiddouch. En d’autres termes, la consommation du fruit, au moment adéquat, aurait pu constituer un acte positif.

Le même principe s’applique au « bruit » dans lequel nous devons répandre la Torah. Nous sommes désormais dans une époque où une telle approche est nécessaire. Nous devons étudier la Torah et diffuser la Torah, et particulièrement les sources de la ‘Hassidout, avec du « bruit », de l’excitation.

Et si l’on vient objecter que la source du bruit est dans Yitro, autrement dit que seuls les Tsaddikim et non les Baalé Techouvah doivent s’impliquer dans le « bruit », il nous faut alors citer la déclaration du prophète Yéchayahou : « Votre nation est toute entière des Tsaddikim », et ajouter que la Torah doit être propagée avec tellement de « bruit » qu’elle en affecte non seulement ceux que nous connaissons mais même ceux avec lesquels nous n’entretenons aucune relation.

Cependant, il nous faut veiller à ne tirer de nos activités ni orgueil mal placé ni égocentrisme. Et quand d’autres personnes accomplissent des actions de valeur, nous ne devons pas réagir négativement. Mais la tâche doit plutôt être abordée dans une véritable unité. En bref, nous devons œuvrer à faire connaître la Torah avec enthousiasme et excitation, par un effort joint et des buts communs. Ces efforts hâteront la révélation du troisième Temple, le Temple qui a été construit par D.ieu, avec la venue du Machia’h, rapidement, de nos jours.