En complément du recensement des Enfants d’Israël effectué dans le désert du Sinaï, un total de 8 580 Lévites, hommes entre 30 et 50 ans, est compté, pour récapituler le nombre de ceux qui se livreront effectivement à la tâche de transporter le Tabernacle.

D.ieu communique à Moché la loi de la Sotah, la femme indocile, suspectée d’infidélité envers son mari. Sont également données les lois du Nazir qui renonce à la consommation de vin, laisse pousser ses cheveux et ne peut se rendre impur par le contact avec un corps sans vie.

Aharon et ses descendants, les Cohanim, sont instruits sur la manière de bénir le peuple d’Israël.

Les dirigeants des douze tribus d’Israël apportent tous leurs offrandes pour l’inauguration de l’autel. Et bien que leurs dons soient identiques, chacun est apporté un jour différent et ils sont décrits, un par un, par la Torah.

Des priorités sens dessus-dessous

La Paracha que nous lisons immédiatement après la fête de Chavouot, marquant l’anniversaire du Don de la Torah au Mont Sinaï et notre réengagement à son égard, est la plus longue Paracha de la Torah. Il s’ensuit que le Midrach qui la concerne est le plus abondant. Les commentateurs soulignent que la raison de cette quantité fort substantielle de connaissance qui nous est donnée, dans la Torah Écrite comme dans la Torah Orale, tient précisément au fait qu’elle survient immédiatement après Chavouot. Il est vrai que certaines années, elle est lue avant, mais sa proximité avec la fête est une indication qu’elle a un lien avec elle.

Pourtant, apparemment, rien dans la Paracha ne semble indiquer cette relation.

Nous allons ici nous attarder sur l’un des sujets qui y est abordé.

Les premiers fruits

La Torah nous commande de donner certaines offrandes au Cohen. A première vue, il est difficile d’appréhender quel lien peut exister entre ce commandement et le Don de la Torah au mont Sinaï.

La raison réside peut-être dans le mot hébreu de cette offrande : Terouma. Le Zohar commente que ce mot est en fait un terme composé de Torah et de la lettre « mêm » dont la valeur numérique est 40.

Terouma contient donc l’idée que la Torah nous a été donnée au Sinaï après que Moché fut monté sur la montagne et soit resté quarante jours et quarante nuits pour la recevoir, ainsi que les Deux Tables sur lesquelles étaient gravés les Dix Commandements.

Mais cela ne répond pas entièrement à la question quant au lien entre les prélèvements destinés au Cohen et le Don de la Torah.

Un examen attentif de la citation que fait Rachi du Midrach indique que le terme Terouma n’évoque pas ici le prélèvement ordinaire que l’on pratiquait sur les récoltes (grains, vin et huile) et que le Cohen venait récupérer au grenier à grains. Il s’agit en fait des Bikourim, les prémices, les premiers fruits que l’on apportait au Beth Hamikdach et que l’on remettait là-bas aux Cohanim.

La saison des Bikourim commençait à l’époque où les Juifs venaient célébrer Chavouot. Et, il est de fait que l’un des noms de Chavouot est ‘Hag haBikourim, la Fête des Prémices. Cela se réfère aux deux pains offerts à l’occasion de cette fête, (cuits à partir des premières récoltes de blé) ainsi que des premiers fruits que l’on apportait alors au Cohen.

Ce verset établit donc un lien plus précis avec Chavouot.

Il nous faut désormais examiner le lien entre l’idée d’apporter ses premiers fruits au Temple et la fête de Chavouot.

A qui appartient ce produit ?

Citons le verset qui parle de l’obligation de donner les prélèvements :

« Et toute partie (Terouma) de toutes les choses de sainteté qu’apportent les Enfants d’Israël au Cohen sera sienne. Les choses de sainteté d’un homme lui appartiendront et ce que donne un homme au Cohen lui appartiendra. »

Le message sous-entendu dans ce verset est que ce que nous donnons au Cohen lui appartient réellement et ce que nous gardons pour nous-mêmes est bien à nous.

A priori, cette déclaration ne semble rien apporter et ne semble pas même nécessaire.

N’est-il pas évident que ce que l’on donne au Cohen ne nous appartient plus et que ce que nous gardons reste à nous ?

Cette question semble être la base de la déclaration de Rachi, citant le Midrach, selon laquelle : « et toute partie (Terouma) de toutes les choses de sainteté qu’apportent les Enfants d’Israël au Cohen sera sienne » implique que celui qui fait son don au Cohen garde le choix de décider à quel Cohen le donner ; et les mots « et ce que donne un homme au Cohen lui appartiendra » se réfèrent également à la foi avec laquelle celui qui donne les prélèvements au Cohen sera récompensé d’une abondante richesse.

L’on peut dès lors suggérer que cette explication va jeter la lumière sur le lien avec Chavouot.

En réalité, Terouma représente les prémices de nos récoltes tout comme la Torah est « le premier des chemins de D.ieu ».

En d’autres termes, lorsqu’un Juif sépare une partie de sa production et la désigne pour être une offrande sainte destinée au Cohen, c’est sa manière d’indiquer que, dans le monde de D.ieu, il existe des ressources primordiales et des ressources secondaires et qu’on ne les identifie pas forcément avec les critères qui sont ceux de la société.

Quelqu’un qui s’adonne à la culture va naturellement ressentir que la raison essentielle de ses travaux a pour but de produire de la nourriture pour lui-même, pour sa famille et pour le reste de la société. En l’enjoignant de donner d’abord la Terouma, (et particulièrement les Bikourim), prélevée de ses meilleures récoltes, la Torah a bien fait vite fait de lui montrer qu’il se trompe.

Le possesseur visible de ces produits est donc informé que, bien au contraire, la raison première pour laquelle il cultive ces produits est de les remettre à D.ieu, par l’intermédiaire du Cohen, Son représentant. Une fois qu’il a accompli cette fonction principale et s’est acquitté de sa responsabilité, il peut alors jouir du fruit de son labeur et proclamer à juste titre que son produit lui appartient bien.

La réalité première et la réalité secondaire

Ce qui se produit, chaque fois qu’une personne donne son produit au Cohen, est également une métaphore de la manière dont nous considérons la création en général, par rapport à la Torah.

Sans la métaphore de la Terouma, la sagesse conventionnelle envisage ainsi notre relation avec nous-mêmes, avec notre monde et avec la Torah : nous nous considérons comme vivant essentiellement dans un monde matériel régi par les immuables lois de la nature.

Dans ce monde, D.ieu nous aurait donc donné la Torah métaphysique pour nous enseigner comment diriger au mieux notre vie au sein-même de l’existence physique. De ce point de vue, le monde serait vrai, réel et essentiel et la Torah exercerait une influence secondaire pour améliorer notre existence. Selon cette conception, la nature serait primordiale et la Torah serait secondaire et réelle seulement dans la mesure où elle se conformerait à la réalité concrète.

En revanche, la leçon de Terouma nous mène à une conclusion différente ! En réalité, la Torah est la réalité première et absolue. Pour que nous nous soyons réellement vivants, notre existence doit être précédée, créée et animée par la réalité essentielle de la Torah. Ce n’est qu’après avoir établi ce principe absolu que nous avons une base sur laquelle appuyer notre existence et jouir du monde matériel.

En d’autres termes, la nature n’a aucune légitimité sans la Torah. Étant Sagesse Divine, la Torah peut exister sans l’univers mais l’inverse est impossible.

Selon les paroles de nos Sages : « la Torah est le plan même de la création ». Tout comme une structure humaine complexe est d’abord représentée sous la forme d’un plan architectural, il n’existe pas de monde qui ne soit précédé par la Torah et contenu en elle.

Une fois que nous reconnaissons ce principe essentiel, nous parvenons à une conclusion cruciale. Rien dans la nature ne peut se poser en contradiction avec les enseignements et la pratique de la Torah.

Faire venir le futur dans le présent

Alors que la primauté et l’inviolabilité de la Torah sont claires, la nature humaine milite pour qu’intuitivement nous ne ressentions pas cette vérité. Le fait que nous nous trouvions en exil, épaissit encore davantage l’écran de fumée qui cache la véracité de la Torah.

Quand Machia’h apportera la véritable et complète Délivrance, le monde entier sera exposé à cette réalité. Aujourd’hui, notre tâche consiste à introduire le futur en concentrant notre attention sur les enseignements de la Torah concernant ce nouveau temps. Cela nous permettra de voir la véritable relation entre la Torah et tout le reste, d’une façon renouvelée et libératrice.