Activer le potentiel

Dans son Siddour, Rabbi Chnéor Zalman de Lyadi écrit : «Il convient de dire, avant la prière : ‘Voici je prends sur moi le commandement positif : Tu aimeras ton prochain comme toi-même’.»

Témoigner de l’amour à son prochain prépare l’homme à intensifier son lien avec D.ieu. Car un engagement sincère à l’égard de toute l’humanité requiert un véritable altruisme et c’est cette approche qui devrait caractériser notre relation avec D.ieu.

Mais pourquoi une déclaration est-elle nécessaire ? Pourquoi l’accent n’est-il pas plutôt placé sur le fait de méditer sur ce concept plutôt que de prononcer ces mots ?

On peut avancer qu’au niveau de notre essence, l’unité est bien présente au sein de notre peuple : «ils sont tous complémentaires et ont le même un Père. »Trop souvent, cependant, cette unité ne se manifeste pas dans les relations entre les hommes. En faisant cette déclaration concrète, l’on active son potentiel et on lui permet de s’exprimer dans notre monde matériel.

L’importance de cette déclaration dépasse de loin ces quelques mots mesurés. L’objectif en est qu’un acte conduise à un autre, dans un cycle qui se renforce par lui-même et qui poussera la personne à exprimer son amour pour ses prochains, ce qui encouragera les autres à agir de même. Faire une déclaration d’intention ouvre un canal à nos sentiments d’amour intérieurs, ce qui leur permettra de se manifester concrètement.

Un lien unificateur

Le même principe s’applique à la Paracha de cette semaine. Vayigach signifie : «Et il s’approcha». Yehouda s’approcha de Yossef. Mais l’approche de Yehouda avait un but plus profond que d’établir une proximité physique. Rachi explique que Yehouda dit à Yossef : «Que mes mots puissent entrer dans tes oreilles», c’est-à-dire qu’il désirait établir une communication entre eux.

L’action de Yehouda eut des répercussions extraordinaires. Comme l’indique le récit : «Yossef ne put plus se retenir». Après des années de séparation, les frères s’embrassèrent et parlèrent librement. Les fils de Yaacov revinrent chez leur père avec le message que Yossef était toujours en vie, Yaacov descendit en Egypte et tous les Juifs furent réunis.

De l’intérieur vers l’extérieur

La spirale mise en route par l’approche de Yehouda eut de plus larges ramifications. Le Zohar comprend leur union comme symbolisant le rapprochement du monde physique et du monde spirituel.

Expliquons-nous. Dans son essence, le monde en général forme un avec D.ieu. C’est là le sens de la phrase du Chéma «D.ieu est Un». Il ne s’agit pas seulement du fait qu’il n’y a qu’un seul D.ieu mais que toute existence forme un avec Lui. Cependant, cette unicité n’est pas révélée ouvertement. Bien au contraire, le monde paraît exister comme une somme d’entités distinctes.

Exprimer cette unicité profonde entre les hommes sert de catalyseur pour parvenir à l’unicité du monde en général et permet au monde matériel de servir d’agent pour exprimer cette vérité spirituelle. Cela se reflète dans la conduite de Yaacov et de ses fils en Egypte. Bien que le fait de s’installer en Egypte représentait une descente en exil et que l’Egypte était une nation moralement dépravée, Yaacov et ses fils y établirent un modèle d’existence spirituelle. Le Pharaon leur attribua la meilleure région du pays, leur promettant : «le meilleur de l’Egypte sera à vous».

Ils exploitèrent au mieux cette opportunité. En fait, nos Sages expliquent que ce furent les meilleures années de Yaacov. Toute sa vie, il avait aspiré à exprimer les valeurs spirituelles des réalités de la vie quotidienne. En Egypte, il put réaliser cet idéal.

Découvrir son identité

La pertinence de ces idées ne se confine pas à des périodes où la Divinité se manifeste ouvertement. Bien au contraire, le récit commence par la plus grande dissimulation. Yehouda ignorait qu’il s’adressait à Yossef. Il pensait parler au vice-roi d’Egypte et il devait plaider pour la libération de Binyamin. Malgré sa position de faiblesse, Yehouda avança en direction de l’unicité et son approche conduisit à la révélation que ce maître n’était nul autre que Yossef.

Notre conduite et nos choix prioritaires doivent suivre la même structure. Nul n’est besoin d’accepter les normes du monde en général. En imitant la conduite de Yehouda et en aspirant à l’unité, au sein même de notre situation présente, nous pouvons mettre en route un enchaînement d’événements qui conduiront à l’expression manifeste de la nature Divine de notre monde.