Mon épouse et moi-même sommes partis en Chli’hout en Tichri 1978, bien décidés à donner toute notre énergie et nos connaissances à l’accomplissement de notre mission : encourager les Juifs de notre quartier de New York à mieux connaitre le judaïsme et le transmettre à leurs enfants.

Nous étions remplis d’idéalisme et nous nous sommes jetés dans l’action avec un enthousiasme qui portait ses fruits.

Mais, bien entendu, rien n’est gratuit dans ce bas monde et, au fil des ans, j’avais « réussi » à accumuler quelques dettes qui se multiplièrent de façon exponentielle.

Tout a ses limites, même la patience des banquiers et, en 1997, je me sentis vraiment comme étranglé par les dettes. Je m’étais enfoncé au point que je me voyais plonger toujours plus profondément et les conséquences devenaient redoutables, aussi bien pour nos multiples activités communautaires que pour notre famille.

Je me rendis au Ohel, au cimetière Montefiore à Queens, là où repose le Rabbi, pour prier de tout mon cœur : je suppliai en pensée le Rabbi de m’aider à continuer notre Chli’hout, de nous sauver de ce gouffre sans fond et de nous envoyer un signe que nous devions continuer malgré tout. Je sortis du cimetière, le cœur un peu plus léger, confiant que, certainement, le Rabbi trouverait le moyen de nous répondre de la meilleure façon possible.

Le même jour, j’avais prévu de téléphoner à trois personnes susceptibles de m’aider financièrement. La somme la plus importante que je pensais pouvoir en obtenir devait s’élever peut-être à 500 dollars, ce qui était dérisoire par rapport à l’ampleur de mes dettes. En sortant du Ohel, avant même d’entrer dans la grande salle pour prendre un café, je composai le premier numéro. A ma grande surprise, je joignis immédiatement la personne à qui je souhaitais parler alors que, la plupart du temps, je devais renouveler plusieurs fois mon appel avant de l’avoir personnellement au bout du fil. Nous avons bavardé comme s’il avait tout le temps disponible pour moi puis il m’invita à me rendre à son bureau car il avait quelque chose d’important à discuter avec moi. Encore sous l’effet de ma courte visite au Ohel, je me sentais des ailes et me demandais si, peut-être… l’aide du Rabbi n’était pas déjà en train de se matérialiser.

Quand j’arrivai dans son bureau quelques instants plus tard, il m’expliqua qu’en tant que comptable, il avait conseillé à un nombre restreint de ses clients d’acheter, quelques années auparavant, plusieurs copropriétés. A cause des lois fiscales en vigueur à l’époque, il avait calculé qu’il serait profitable pour eux de les offrir en cadeau à des œuvres charitables ; il avait d’ailleurs pensé que le mouvement Loubavitch saurait en faire le meilleur usage. Il avait même proposé de prendre en charge toute la procédure légale avec les ventes impliquées en notre faveur. Le montant de ces transactions allait bien au-delà de mes rêves les plus fous et, non seulement couvrirait nos dettes mais nous permettrait d’augmenter nos activités à un rythme accéléré.

Les copropriétés étaient au nombre de douze et elles rapportèrent approximativement trois cent mille dollars chacune… Inutile de préciser que ceci donna une formidable impulsion à nos institutions éducatives et culturelles, nous permettant même d’amener d’autres Chlou’him pour diriger nos communautés de Long Island.

Une fois que toutes les transactions furent menées à bien et que tout fût vendu de la meilleure manière possible, je me hasardai à demander à mon ami comptable pourquoi il avait eu l’idée d’affecter toutes ces sommes à l’expansion de nos activités. Bien qu’il ait toujours été un fidèle ami de Loubavitch, je savais qu’il était aussi très impliqué dans le développement d’autres organisations juives, ce qui était tout à son honneur : ainsi, il était trésorier de la synagogue qu’il fréquentait. Il répondit qu’une telle idée ne l’avait pas effleurée tout de suite mais qu’elle lui avait trotté dans la tête juste au moment où nous avions bavardé quand j’étais sorti du Ohel…