Cette semaine, un nouveau mois du calendrier juif commence, celui de Chevat. Il y’a beaucoup de dates importantes. commancons par le début: comme souvent, dès son premier jour il délivre un message précieux. Le 1er Chevat, est-il rapporté, Moïse entreprit de traduire le texte de la Torah dans les «soixante-dix langues» parlées par les divers peuples de la terre. Cela résonne comme une sorte de conclusion et d’avancée définitives. Moïse, ayant reçu la révélation Divine, fait ce qui s’apparente à une démarche littéralement révolutionnaire. La Torah traduite par lui, et donc clairement sur ordre de D.ieu, c’est une ouverture déterminante. Pourtant, force est de s’interroger : à quoi sert, à ce moment et en ce lieu, un tel effort ? Seuls les Hébreux sont rassemblés là et personne d’autre n’attend cette traduction, quelle est donc sa nécessité ?

C’est que la Torah doit pénétrer le monde pour le transformer, le faire passer de l’état d’obscurité spirituelle où il se trouve à une situation d’éveil. Or, l’hébreu est langue sainte, au sens le plus fort du terme : il est le vecteur unique de la sainteté, ne va que dans les degrés qui s’y rattachent. Et cela ne suffit pas. Ce sont tous les composants du monde qui doivent être atteints – y compris ceux de cette matérialité sourde à tout ce qui la dépasse. Dire la Torah dans toutes les langues des hommes, c’est lancer une passerelle, faire que ces mots entrent au cœur des choses et que, en ce temps-là, le spirituel modifie profondément les données de toute existence.

C’est un message précieux, a-t-on dit. De fait, alors que nous vivons dans une société où la quête matérielle remplace bien souvent la recherche spirituelle, que nous pourrions croire qu’il y a ici comme un incontournable et immuable état des choses, la date du 1er Chevat nous fait passer sur un autre plan de la conscience : le monde est profondément imprégné d’une autre réalité et cela lui donne la force de l’élévation. Quant à nous, hommes parmi les hommes, nous recevons ainsi une mission : faire que ce potentiel de sublime s’exprime dans le quotidien. Belle et grande ambition, a-t-elle bien sa place dans le réel ? Souvenons-nous donc : celui-ci n’est d’abord constitué que du tissu de nos rêves. A nous de leur donner la solidité et la chaleur de la vie.

Et à très bientôt pour de bonnes  nouvelles…