Nous sommes partis en Chli’hout à Memphis en 1994.

Après avoir passé deux ans dans un appartement, nous avons acquis une maison avec un vaste garage qui nous laissait beaucoup de place : c’est devenu une petite synagogue et un Beth ‘Habad.

Nous avions l’intention de trouver un autre endroit, plus grand et plus fonctionnel dans les années suivantes mais cela ne se passa pas si vite.
De fait, nous sommes restés dans cette maison près de douze ans. Nous avons investi beaucoup d’argent et d’efforts dans différents projets mais, à chaque fois que nous approchions de la conclusion d’une affaire, cela ne se concrétisait pas, pour une raison ou pour une autre. Bref, nous avons expérimenté beaucoup de déceptions et de désillusions pendant dix ans.
Finalement, en 2007, après huit tentatives ratées, nous avons remarqué un terrain à vendre : grand, avec un parking qui nous convenait parfaitement. Il appartenait à un établissement non-juif qui connaissait de grosses difficultés financières. Ses propriétaires tentaient de le vendre au plus tôt pour payer leurs dettes, ce qui signifiait que nous pourrions l’acquérir pour un bon prix.
Le seul problème était l’endroit – qui était un peu en-dehors de notre quartier. Chaque institution juive de la ville était située soit dans la rue principale soit un peu au nord. Mais cette propriété se trouvait à deux kilomètres au sud du centre-ville. Mes supporters étaient divisés et moi aussi, j’hésitai car tout le reste était idéal.
Je me rendis alors à New York pour le Congrès des Chlou’him et, selon mon habitude, j’avais l’intention de prendre un taxi depuis l’aéroport jusqu’au Ohel. Comme le vol durait plusieurs heures, je décidai d’écrire ma lettre au Rabbi dans l’avion, en indiquant tout ce qui me préoccupait : je déversais vraiment mon cœur dans cette lettre, d’une manière qui m’était tout à fait inhabituelle.
Je commençai ma lettre avec les mots : « Très prochainement, cela fera treize ans que nous sommes arrivés à Memphis et nous n’avons toujours pas trouvé un endroit permanent qui conviendrait à nos besoins ». Je décrivais toutes nos désillusions de ces douze années ainsi que les derniers développements avec ses pour et ses contre. J’étais prêt à investir tout le temps, l’énergie, l’argent et les efforts nécessaires mais je voulais d’abord être sûr que c’était la bonne direction. Trop souvent, j’avais cru être sur la bonne route mais nos projets avaient échoué : je ne voulais pas recommencer pareille mésaventure.
Je demandais donc une bénédiction pour que tout ce qui m’arriverait soit une réussite et je concluais la lettre encore une fois de façon inhabituelle : auparavant, chaque fois que j’écrivais au Rabbi pour des problèmes de ce genre, je demandais une bénédiction à la fin de la lettre. Mais cette fois-ci, pour la première fois depuis Guimel Tamouz (date du décès du Rabbi), je terminais en demandant au Rabbi de me montrer « un signe » pour décider si je devais continuer dans cette voie ou non : « Est-ce vraiment la bonne initiative ? ».
Après le Ohel, je me rendis à Crown Heights. Alors que je me trouvais dans la maison de mes parents, mon père, Rav Binyamine Klein (de mémoire bénie) qui avait longtemps été le secrétaire du Rabbi, se souvint de quelque chose. Il avait retrouvé un papier portant une réponse du Rabbi, écrite à la main, qu’il souhaitait me remettre. J’étais très surpris parce que, bien que mon père ait été le secrétaire personnel du Rabbi, il était très inhabituel de sa part de me donner quelque chose venant du Rabbi, même si cela me concernait.
Je suis né le 13 Tamouz, le jour de la fête de la libération de prison du Rabbi précédent. Chaque année, le Rabbi marquait cet événement par un Farbrenguen (réunion ‘hassidique) la nuit du 12 au 13 Tamouz. Ma Bar Mitsva eut lieu en 1980 et, cette année-là, le 13 Tamouz tombait un vendredi, ce qui signifiait que le Farbrenguen du Rabbi serait le jeudi soir.
Bien que le Rabbi estimât que la célébration de la Bar Mitsva devait se tenir aussi près que possible de la date effective de l’anniversaire, mes parents décidèrent qu’à cause du Farbrenguen, ils fêteraient ma Bar Mitsva le dimanche. Mon père avait écrit au Rabbi une lettre à ce propos, demandant s’il devait enclencher les préparatifs dans ce sens et avait terminé sa lettre avec ces mots : « Est-ce vraiment la bonne initiative ? ».
La réponse du Rabbi était écrite à la main sur ce même papier. Et le Rabbi avait ajouté : « Que tout ceci se déroule dans un moment bon et fructueux. Je le mentionnerai sur le Tsione (le tombeau du Rabbi précédent) ».
Mon père me tendit le papier en me disant que je pouvais le garder.
Le cœur battant, je le regardai de plus près. Je fus immédiatement frappé par le fait que le début et la fin de la lettre de mon père ressemblaient tellement à ce que j’avais moi-même écrit dans l’avion : « Mon fils Lévi Its’hak aura bientôt treize ans » et « Est-ce vraiment la bonne initiative ? ».
J’étais stupéfait. Pour moi, il était évident que la lettre que je tenais en main était exactement la réponse à la question que je venais de poser au Rabbi le jour-même ! J’étais absolument convaincu d’avoir reçu l’accord et la bénédiction du Rabbi pour continuer mes efforts en vue d’acheter ce bâtiment : certainement, tout se passerait de la meilleure manière possible.
Quand je rentrais chez moi après le Congrès, nous avons immédiatement entrepris des négociations avec les propriétaires et, grâce à la bénédiction du Rabbi, tout s’est déroulé sans problèmes. Nous avons pu acheter le bâtiment pour un très bon prix et entreprendre les travaux.
A ce jour, cela fait presque dix ans que nous sommes installés dans ce bâtiment et tous les doutes à propos de sa mauvaise location se sont avérés sans fondement. Comme la ville s’agrandit, notre Beth ‘Habad est tout à fait intégré dans le paysage urbain et son emplacement est vraiment idéal…

Rav Lévi Klein – Chassidisher Derher Traduit par Feiga Lubecki