Dans les années suivant le triste événement du 3 Tamouz 1994 (le jour où le Rabbi quitta ce monde), j’avais pris l’habitude d’envoyer de nombreuses lettres par fax au secrétariat du Rabbi. Bien que nous ne pouvons plus le voir physiquement, nous n’avons jamais cessé de lui envoyer nos requêtes pour recevoir bénédictions et conseils.

Le Rabbi continuait d’être impliqué dans nos vies et nous pouvions ressentir son support pour renforcer notre engagement et nous donner le courage d’avancer dans notre judaïsme.

Un soir, en 1998, mon amie Tamar me téléphona et me demanda d’écrire pour elle une lettre au Rabbi, en urgence. Elle savait que je parlais le russe comme elle et que je pourrais exprimer ce qu’elle ressentait. Avec toute sa famille, elle progressait dans sa pratique du judaïsme mais sa fille Talya avançait plus vite que les autres. Elle rêvait de monter en Israël et de se marier avec un homme pratiquant et sioniste : mais elle ignorait comment le trouver.

Elle commença avec une erreur : elle accepta de rencontrer deux garçons en même temps – ce qui n’est vraiment pas conseillé, même d’un simple point de vue moral. L’un travaillait dans la high-tech, l’autre s’était converti et étudiait la Torah toute la journée. Elle ne parvenait pas à se décider, essayait d’imaginer comment elle expliquerait à l’un ou à l’autre pourquoi elle ne l’avait pas choisi et rien que cette pensée lui semblait une épreuve insurmontable. Elle ne voulait heurter les sentiments ni de l’un ni de l’autre et sombra dans la dépression. Elle passait la majeure partie de son temps au lit, perdit l’appétit, devint pâle et amaigrie. Les deux jeunes gens attendaient patiemment qu’elle guérisse. Et donc Tamar me demandait d’écrire au Rabbi pour qu’il aide Talya à se relever et à se reprendre.

– Au fait, si déjà tu écris au Rabbi pour moi, mentionne que je dois passer un examen d’embauche demain et que je voudrais bien décrocher le job !

– Bien sûr ! Avec plaisir !

J’écrivis la lettre, glissai quelques pièces à la Tsedaka (charité) puis l’envoyai par email au secrétariat du Rabbi.

Le lendemain après-midi, Tamar me téléphona, très excitée :

– La nuit dernière, à 22h 30, juste après que tu aies envoyé la lettre au Rabbi, j’ai reçu un coup de téléphone de quelqu’un que je ne connais pas. L’homme me demanda si j’étais la mère de Talya et si elle était encore libre pour un Chidou’h (rencontre en vue du mariage). Je ne sais pas pourquoi mais j’ai répondu oui. Il continua : « Je veux la rencontrer le plus vite possible. Venez dans une demi-heure à telle et telle adresse, j’y serai, c’est la maison de mon Rav, je vous attends ! ».

Le miracle n’est pas tant que quelqu’un m’ait téléphoné soudainement (juste après que tu aies écrit au Rabbi pour moi) pour un Chidou’h mais que, sans prendre le temps de vérifier de qui il s’agissait, j’ai sauté dans un taxi, au milieu de la nuit, pour me rendre à Bné Brak, une ville que je ne connais pas du tout, pour rencontrer quelqu’un dont je n’avais jamais entendu parler auparavant ! Ce n’est pas du tout ma façon d’agir habituelle !

Quand j’arrivai, je fus accueillie chaleureusement et on me présenta Binyamine, un jeune homme orthodoxe. Il me parla en russe et m’expliqua : « J’ai rencontré votre fille il y a trois ans quand nous sommes tous les deux montés en Israël pour y poursuivre nos études. J’espère que Talya se souvient de moi. A l’époque, nous avions de grandes discussions quant au chemin que nous allions choisir dans notre retour au judaïsme : je voulais devenir orthodoxe tandis qu’elle penchait plutôt pour le sionisme religieux. Comment va-t-elle ? Je vous en prie, demandez-lui si elle se souvient de moi et, si elle accepte de me rencontrer, elle fera de moi le plus heureux des hommes !

J’étais stupéfaite : Oye, oye ! pensai-je. Talya avait déjà deux prétendants et en voilà un troisième ! Si je lui parle de Binyamine, elle sera encore plus dérangée !

Mais ce jeune homme m’avait laissé une bonne impression et son Rav m’avait assuré qu’il était vraiment un érudit. Donc, à mon retour à la maison, j’ai pris une profonde inspiration pour parler à Talya :

– Te souviens-tu d’un certain Binyamine ? lui demandai-je.

– Oh oui ! répondit-elle, les yeux soudain brillants.

– Euh… Voudrais-tu le revoir ?

– Oh oui ! s’exclama-t-elle.

– Attend, je t’explique : il est maintenant orthodoxe, il s’habille en noir et blanc ! Si tu l’épouses, tu devras porter la perruque et non le foulard et te soumettre à son mode de vie évidemment.

– Oh oui, pour Binyamine, je suis prête à tout !

Tout se mettait en place et devenait si évident !

A propos de mon entretien d’embauche : il y avait trois candidates. L’une avait 21 ans, sans expérience. L’autre avait 25 ans et trois ans d’expérience. Moi, j’ai déjà 47 ans mais pas du tout d’expérience. Et pourtant, c’est à moi qu’on a donné le job ! Je n’arrive pas à le croire ! ».

Talya et Binyamine se sont rencontrés, se sont fiancés et Talya en informa délicatement ses deux autres prétendants qui acceptèrent sa décision.

Puis arriva le moment pour les parents de Talya d’inviter Binyamine pour le repas de Chabbat. Imaginez la scène : la maison toute simple de nouveaux immigrants de Russie, le père en tee-shirt avec une Kippa toute neuve dont on voyait encore les plis, regardant nerveusement son futur gendre, vêtu de son costume noir et coiffé d’un chapeau noir, chantant le Kiddouch…

Plus d’une fois, je leur ai rappelé : « Talya, tu es sioniste, ton mari Binyamine est un Juif orthodoxe d’obédience lituanienne. Mais n’oubliez pas : il n’a fallu qu’une heure au Rabbi de Loubavitch pour vous arranger ce merveilleux Chidou’h ! ».

Louba Ahouva Perlov

N’shei Chabad Newsletter N° 8004

Traduite par Feiga Lubecki