Matot

Moché transmet les lois concernant l’annulation des vœux.

Une guerre est engagée contre Midian pour son rôle dans la dégradation morale d’Israël.

La Torah procède au compte-rendu du butin et de son partage.

Les tribus de Réouven, Gad et plus tard la moitié de celle de Menaché demandent des terres à l’est du Jourdain. Moché finit par accepter cette requête à condition qu’ils se joignent d’abord au reste du peuple dans sa conquête d’Israël.

Massé

Sont listés les quarante-deux étapes et campements du Peuple juif, depuis son départ d’Egypte.

Sont données les limites de la Terre Promise et sont désignées des villes de refuge.

Les filles de Tsélof’had se marient dans leur propre tribu pour préserver l’héritage paternel.

Combattre Midian

Les deux lectures de la Torah de cette semaine sont connectées. L’élément central de Matot est la guerre que mena notre peuple contre Midian alors que l’élément central de Massé est le récit des voyages du Peuple juif, depuis l’exil en Égypte jusqu’au moment où il atteignit les rives du Jourdain, se préparant à entrer en Erets Israël.

Quel est ce lien ? Midian représente la contrepartie spirituelle de la querelle et du conflit, un individu tellement centré sur lui-même qu’il ne considère les autres que par rapport à ce qu’ils peuvent lui apporter plutôt que de les apprécier pour ce qu’ils sont et de voir ce dont ils ont besoin. Il est tellement obsédé par sa propre personne qu’il est incapable d’analyser objectivement la situation dans laquelle il se trouve. La seule chose qui lui est importante est de recevoir de l’attention et l’admiration d’autrui. Si ce n’est pas le cas, il se laisse déborder par la colère ou passe à l’attaque. Car il manque tant de sécurité quant à son espace personnel qu’il redoute toute intrusion.

Avant d’entrer en Israël, il fallait qu’il y ait une guerre contre Midian. Erets Israël est un lieu où la présence de D.ieu est ouvertement révélée. Et d’un homme porté par l’orgueil et centré sur lui-même, D.ieu dit : « Lui et Moi ne pouvons résider dans le même endroit. » Car, étant exclusivement obsédé par sa propre personne, il n’a aucun moyen d’apprécier D.ieu. Il ne peut ressentir la Divinité qui réside chez autrui et existe dans chaque élément du monde qui l’entoure.

Avant que les Juifs n’entrent en Israël, où la Divinité occuperait la centralité de leur vie, ils devaient se débarrasser de ce type d’égocentrisme.

Cela a également un rapport avec le message spirituel de leur voyage depuis l’Égypte jusqu’en Erets Israël. L’Égypte est appelée Mitsrayim en hébreu, un terme en relation avec Métsarim, « les limites » et les « frontières » qui enferment le potentiel divin que nous possédons tous. Les quarante années d’errance dans le désert furent une période d’entraînement et de pratique durant laquelle les Juifs apprirent comment établir une relation avec leur potentiel spirituel, l’exprimer et le libérer de toutes limites, pour pouvoir être prêts à entrer en Israël.

Par essence, l’essentiel de tout ce voyage était de combattre Midian, d’apprendre à se maîtriser et à établir une relation ouverte et sincère avec autrui.

Ces lectures de la Torah sont également liées à la période au cours de laquelle elles sont lues : les trois semaines qui se concentrent sur le deuil pour la destruction du Temple. Le but de cette période de deuil n’est pas simplement de verser des larmes sur le passé mais avant tout de se projeter dans le futur, de prendre conscience des fautes spirituelles qui ont conduit à l’exil et de les corriger pour que la Rédemption ait lieu.

Nos Sages enseignent que le Temple fut détruit à cause de la haine gratuite, le genre de querelles et frictions liées à Midian. Il s’ensuit qu’en nous débarrassant de ces désaccords et de ces conflits en faisant preuve d’un amour altruiste, nous pouvons éradiquer la cause de l’exil. Quand la cause n’existera plus, ses effets cesseront également.

L’accent sur l’amour et l’unité durant ces trois semaines ne doit pas exclusivement se centrer sur la réparation des torts commis dans le passé. Bien au contraire, nous devons regarder vers l’avenir. L’Ère de la Rédemption sera caractérisée par la paix, l’amour et en exprimant ces émotions dans le présent, nous anticipons et précipitons l’Ère Future.

La joie du mois d’Av

On lit toujours la Paracha Massé à proximité du Chabbat qui bénit le mois d’Av, voire lors de ce même Chabbat. (Cette année, le Chabbat Mevare’him Av est lié avec la double Paracha de Matot et Massé). Une relation étroite existe entre la Paracha Massé et le mois d’Av. Elle mentionne explicitement ce mois lorsqu’y est décrit la façon dont Aharon décéda au « cinquième mois, le premier du mois. » (Il s’agit d’ailleurs de l’une des rares occurrences où la Torah mentionne explicitement la date de la disparition de quelqu’un.)

En tant que Prêtre, l’aspect fondamental du service d’Aharon consistait en faire descendre la Divinité dans le monde. Le jour où un Tsaddik quitte ce monde, la source spirituelle de son âme se manifeste ici-bas et suscite de puissantes révélations de la Divinité. Ces manifestations Divines ont de si intenses répercussions, dans les niveaux les plus bas de notre monde, qu’elles dépassent même celles des sacrifices offerts à D.ieu.

Le même concept peut se déduire de la position du mois d’Av dans le calendrier hébraïque. Il s’agit du cinquième mois de l’année (à partir de Nissan). La Cabbale explique que le monde entier est structuré en séquences de 4. Il y a 4 mondes spirituels, 4 moyens d’interpréter la Torah, 4 lettres dans le Nom de D.ieu. Le chiffre 5 est considéré comme au-dessus ou au-dessous de cet ordre. Ces deux extrêmes sont liées. Les abîmes les plus bas ont leur source dans les sommets les plus élevés. Et c’est justement à cause de la hauteur suprême que la chute se fait au plus bas. De la même façon, ce n’est qu’au moyen des niveaux les plus élevés que les profondeurs les plus grandes peuvent être raffinées.

Ce concept se reflète ainsi dans les événements du mois d’Av. D’une part Av est connecté à Ticha béAv (le 9 Av), la destruction ultime (celle des deux Saints Temples de Jérusalem) mais par ailleurs, le 15 Av était une fête à propos de laquelle la Michna déclare : « le Peuple juif ne célébra jamais une fête aussi grande que le 15 Av et Yom Kippour. »

Tout ce qui précède suggère une application concrète. Quand vient le mois d’Av, le Yetser Hara (penchant négatif) tente d’attrister le Juif, voire de le désespérer. Malgré le service immense des Tsaddikim, au fil du temps, le mois d’Av s’approche et la Guéoula (la Rédemption ultime) n’est pas encore là.

La Torah apporte sa réponse en nous enseignant qu’Av est lié à la Hiloula d’Aharon, le Grand Prêtre, jour où toutes ses bonnes actions sont menées à leur accomplissement ultime. En prendre conscience nous permet de servir D.ieu avec joie et de bénir le mois en priant pour qu’il soit un mois de vie, de paix, de joie et de bonheur, de délivrance et de consolation.