Les trois dernières plaies accablent l’Egypte : une armée de sauterelles dévorent les cultures et la végétation ; une obscurité épaisse, palpable enveloppe le pays et tous les premiers-nés de l’Egypte sont tués aux coups de minuit, le 15 du mois de Nissan.

D.ieu ordonne la première mitsva au Peuple d’Israël : celle d’établir un calendrier basé sur le renouvellement de la lune. Les Hébreux sont également enjoints d’apporter une «offrande pascale» à D.ieu : un agneau ou un chevreau doit être abattu et son sang aspergé sur les jambages ou les linteaux de chaque demeure des Hébreux pour que D.ieu «passe par-dessus» ces foyers quand Il viendra tuer les premiers-nés égyptiens. La viande rôtie de l’offrande sera consommée en cette nuit avec la matsa (pain non levé) et les herbes amères.

La mort des premiers-nés finit par briser la résistance du Pharaon et il renvoie littéralement les Enfants d’Israël de sa terre. Ils doivent s’en aller dans une telle hâte que leur pâte n’a pas le temps de lever et les seules provisions qu’ils emportent sont ce pain non levé. Avant de partir, ils demandent à leurs voisins égyptiens de leur remettre de l’or, de l’argent et des vêtements, réalisant ainsi la promesse faite à Avraham que ses descendants quitteraient l’Egypte avec de grandes richesses.

Les Enfants d’Israël reçoivent le commandement de consacrer tous les premiers-nés et de célébrer chaque année l’anniversaire de la sortie d’Egypte, en se débarrassant de tout levain en leur possession pendant sept jours et de raconter leur libération à leurs enfants. Ils sont également enjoints de mettre les tefilines sur le bras et la tête en souvenir de cette délivrance et de leur engagement envers D.ieu.

Dans le texte Léka’h Tov et dans d’autres sources, il existe un Midrach étonnant concernant le sacrifice pascal. Il est généralement expliqué que juste avant leur départ d’Egypte, les Juifs s’empressèrent de se circoncire et d’offrir ce sacrifice. Le Midrach offre une approche différente. Il explique que lorsque Moché dit au peuple de prendre un agneau et de se préparer à le sacrifier, personne ne l’écouta.

Le peuple n’était tout simplement pas intéressé. Ils étaient reconnaissants d’être libérés de l’esclavage mais quitter l’Egypte et voyager dans le désert ne leur disait rien qui vaille.

Le quatorzième jour du mois de Nissan, Moché fut le seul à apporter un sacrifice pascal.

Pourquoi donc les Juifs furent-ils libérés ? Le Léka’h Tov poursuit en expliquant qu’un arôme savoureux, émanant du sacrifice de Moché, se répandit dans toute la terre de Gochen où habitaient les Juifs. Et lentement, quelque peu gêné, chacun apparut à son tour à la porte de Moché s’exclamant : «Ton rôti sent si bon ! Puis-je en avoir un morceau ?»

Moché leur dit alors de se circoncire. Ils avaient tellement envie de goûter à la viande qu’ils s’exécutèrent. Il leur expliqua alors qu’il ne s’agissait pas simplement d’un morceau de viande rôtie mais que c’était un sacrifice pour D.ieu. Ils acquiescèrent, récitèrent la bénédiction et prirent part, avec appétit, au sacrifice.

Quand nous rencontrons une divergence d’opinion chez nos Rabbis, nos Sages disent : «Celles-là et celles-là sont les paroles du D.ieu vivant». Cela signifie que les deux opinions ont des leçons importantes à nous enseigner, concernant notre service divin.

Du Léka’h Tov, nous pouvons apprendre que c’est Moché, et seulement Moché, qui était intéressé par la délivrance. Le peuple, dans son entité, avait d’autres préoccupations ! Et qu’est-ce qui les motiva à rechercher la rédemption ? L’influence de Moché.

Expliquons. Bien évidemment, le peuple ne se plaisait pas à rester esclaves. Personne n’aime être obligé d’accomplir des travaux forcés sous l’ordre d’un tyran. Mais l’exil avait commencé bien longtemps avant qu’ils ne fussent esclaves. Quand ils vivaient en hommes libres, en Egypte, ils n’en étaient pas dérangés. Après tout, l’Egypte était un beau pays, avec une économie florissante. En quoi le fait que cette situation continuât indéfiniment était-il si détestable ?

Mais Moché ne partageait pas cet avis. Lui-même n’avait jamais été asservi. Cependant, s’il voulait sortir son peuple d’Egypte c’est que le concept même de l’exil lui était étranger.

Quelle est la différence entre l’Egypte et Erets Israël ? En Egypte (exil), la réserve d’eau vient du Nil alors qu’en Erets Israël, elle vient de la pluie. En Egypte, vous pensez qu’il existe une source naturelle, fiable, pour maintenir votre existence et en Israël, vous devez regarder vers le ciel.

Moché désirait que le peuple regarde au-delà du Nil et réalise que ce fleuve ainsi que les autres «sources naturelles et fiables» d’influence viennent également de D.ieu. Ainsi Moché dit : «Réveillez-vous et vivez avec la vérité. Ne laissez pas l’Egypte et ses normes contrôler votre manière de penser». Mais le peuple n’écouta pas Moché parce qu’il ne comprenait pas. Après tout, les Juifs avaient été conduits en Egypte et cette installation avait façonné leur mentalité. Moché parlait de cadres référentiels totalement différents. Mais il voulait, et finalement réussit, à leur faire accepter son niveau de compréhension. Et quand cela se produisit, ils furent sauvés.

Perspectives

Le prophète nous dit : «Tout comme aux jours de votre exil d’Egypte, Je montrerai (au peuple) des merveilles», établissant ainsi une corrélation entre la sortie d’Egypte et la Rédemption Future. L’équivalence a de multiples facettes et l’histoire de l’esclavage et de la rédemption de notre peuple d’Egypte fournit de nombreuses perspectives sur la Rédemption Future.

La Torah nous dit que lorsque Moché apporta le message de la libération, le peuple n’ «écouta pas Moché à cause de l’oppression intellectuelle et du labeur difficile». Ce n’est pas qu’ils ne croyaient pas Moché. Mais ils ne l’entendaient pas. Ils étaient trop occupés. Ils avaient leur quota de briques à fabriquer et c’était la seule chose qui les concernait. Ils n’étaient pas capables de prendre le temps de considérer toute autre perspective et certainement pas de penser à la rédemption.

Combien notre situation est-elle proche de la leur ! A chaque instant, notre monde se propulse vers l’Ere Messianique, avec les avancées des sciences, de la technologie, de la communication, qui réalisent les merveilleuses prophéties bibliques, devant nos propres yeux. Un déversement de connaissances, la conquête virtuelle de la famine etc. ne sont plus des rêves d’avenir mais des réalités qui deviennent chaque jour plus tangibles.

Les «Moché» de notre peuple sont conscients de ces signaux et nous invitent à les rejoindre. Ils veulent que le peuple vive à une fréquence supérieure, qu’il comprenne le monde et la vérité de sa relation avec D.ieu. Et par des moyens divers et variés, ils entreprennent de motiver le peuple à venir partager leur sacrifice pascal, c’est-à-dire à reconnaître et à accepter cette plus profonde connaissance de la réalité.