Il pourrait sembler que le comportement inverse eût été plus adéquat. L’obligation de dormir dans la Souccah est plus impérative que celle d’y manger et d’y boire. Car l’on peut prendre un repas léger (et a fortiori boire de l’eau) en dehors de la Souccah, alors que même une courte sieste est interdite à l’extérieur (Michnah, Souccah 25a; 26a; Rambam, Tour et Chou’han Arou’h, Ora’h ‘Hayim and Choul’han Arou’h, Admour HaZaken, para. 7).

Mais il est vrai que les difficultés résultant des conditions spatio-temporelles libèrent la personne de l’obligation de dormir dans la Souccah, comme nous pouvons le découvrir dans la loi qui statue que «lorsqu’il est difficile de dormir dans la Souccah à cause du froid… il n’est pas nécessaire de dormir dans la Souccah… car quiconque vit mal le fait de résider dans la Souccah est libéré de son obligation d’y résider » (Choul’han Arou’h Admour Hazaken, para. 8).

Cependant, cela ne résout pas la question de la conduite du Rabbi précédent, dans la mesure où les difficultés comme celles-là n’avaient aucune répercussion sur la façon dont il s’alimentait et buvait. Même quand il pleuvait, circonstance au cours de laquelle il ne fait aucun doute que l’on peut manger à l’intérieur de la maison, il ne s’alimentait pas en dehors de la Souccah.

Le Rabbi Dov Ber, troisième Rabbi de Loubavitch, demanda un jour à ses ‘hassidim : «Comment vous est-il possible de dormir dans Makifim de Binah ?». Cela signifie que la Souccah est illuminée par un niveau de sainteté extrêmement élevé. C’est pourquoi le Rabbi exprimait son étonnement devant le fait que ses ‘hassidim puissent y dormir, faisant référence au verset (Beréchit 28 :16) : «Voici, D.ieu se trouve dans ce lieu et je ne le savais pas», et Rachi de commenter : «Si j’avais su, je n’aurais pas dormi dans un lieu si sacré».

Ainsi, quand l’on est clairement conscient de la sainteté de la Souccah, la loi permet que l’on dorme chez soi. Car quand une personne sait qu’elle ne pourra pas s’endormir dans sa Souccah, elle peut dormir dans sa maison.

C’est la raison pour laquelle le Rabbi précédent ne dormait pas dans la Souccah : chaque fois qu’il se trouvait dans la Souccah, il ressentait l’extraordinaire révélation de sa sainteté, ce qui l’empêchait de dormir.

Cependant, cela n’explique que la conduite du Rabbi précédent et celle d’autres personnages exceptionnels, réellement capables de ressentir la sainteté manifeste dans la Souccah. Mais nous pouvons constater que même des ‘hassidim qui n’ont pas atteint ce niveau se conduisent de la même façon.

L’explication en est la suivante : les ‘hassidim, fervents adeptes des Rabbis, tentent d’imiter leur comportement. Plus encore, ils souffrent de leur inaptitude à se conduire comme leur Rabbi. Eux peuvent, par exemple, s’endormir dans la Souccah, contrairement à leurs Maîtres. Et donc, c’est cette souffrance qui les exempte de dormir dans la Souccah.

Cela est si vrai que le Rabbi Dov Ber demanda à ses ‘hassidim comment, eux, pouvaient-ils s’endormir dans la Souccah.

C’est pourquoi, un ‘hassid proche de son Rabbi trouve impossible de dormir dans la Souccah car il souffre du fait que la spiritualité de ce lieu ne trouble pas son sommeil.

Mais qu’en est-il de celui que cela n’affecte pas ?

Même un ‘hassid, qui reste insensible à l’idée qu’il ne ressent pas la spiritualité de la Souccah, se sent mal à l’aise si les mots du Rabbi Dov Ber ne le transpercent pas. De la même façon, le fait même d’être capable de dormir dans la Souccah, sans en souffrir, lui fait du mal. Et comme cela a été mentionné plus haut, celui qui souffre est libre de ne pas y dormir.

Le Juif «aravah»

Nos Sages statuent dans le Midrach que le étrog, le loulav, les hadassim et les aravot, utilisés pendant Souccot pour accomplir le commandement des «quatre espèces», symbolisent chacun un type de Juif particulier.

L’étrog, ou cédrat, possédant à la fois un goût acidulé et un parfum raffiné, symbolise le Juif qui possède tout à la fois l’étude de la Torah et la pratique des bonnes actions. Puisque l’étude de la Torah est une quête intellectuelle et doit être appréciée et savourée, elle est comparable au bon goût. L’accomplissement des mitsvot par l’acceptation du Joug Divin est semblable au parfum, quelque chose de moins tangible.

Le loulav, ou branche de palmier, évoque ces Juifs qui possèdent l’étude de la Torah mais ne pratiquent pas les mitsvot. Comme les dattes du palmier, ils ont un bon goût mais aucun parfum.

Les hadassim, ou feuilles de myrte, ont un arôme plaisant mais aucun goût. Elles représentent ceux qui pratiquent de bonnes actions mais n’étudient pas la Torah.

Et finalement les aravot, ou branches de saule, font référence à ces Juifs qui n’étudient pas la Torah et ne pratiquent pas les commandements.

Une lecture hâtive du Midrach pourrait nous conduire à conclure que seul un «Juif étrog» possède à la fois la Torah et les bonnes actions.

Mais le Rabbi précédent, évoquant «le Juif aravah» déclare clairement que «aravah fait allusion aux Juifs simples qui accomplissent les mitsvot, mus par une foi pure». Plus encore, il ajoute que «tous les Juifs sont semblables en ce qui concerne l’accomplissement de la Torah et des mitsvot». Ainsi donc, les quatre catégories de Juifs possèdent-elles les mitsvot et la connaissance de la Torah.

En fait, l’on peut comprendre cela à partir du Midrach cité plus haut. Car celui qui étudie convenablement la Torah pratique également les mitsvot dans la mesure où l’étude conduit nécessairement aux actes. En outre, celui qui possède de bonnes actions doit également posséder la connaissance en Torah sinon comment saurait-il comment pratiquer les mitsvot ?

Il en écoule donc que «le Juif aravah» possède également l’accomplissement de la Torah et des mitsvot. La différence entre ces trois catégories reflète simplement la qualité de leur accomplissement.

La Torah est liée à l’intellect et les mitsvot à l’émotion. C’est là que réside toute la différence.

L’etrog fait référence à ces Juifs dont l’accomplissement de la Torah et des mitsvot est imprégné à la fois par l’intellect et par les émotions. Le loulav évoque ceux chez qui dominent les forces intellectuelles et le hadas ces Juifs essentiellement dominés par les émotions.

Mais «le Juif aravah» possède également une qualité liée aux trois autres catégories dans la mesure où, comme le déclare le Baal Chem Tov, la simplicité du Juif simple est une avec l’absolue simplicité de D.ieu.

En fait, les qualités révélées des trois premières espèces : l’intellect, les émotions ou leur combinaison peuvent travailler contre elles. Car étant révélées, elles ont tendance à cacher l’essence. Le «Juif aravah», qui accomplit les mitsvot par simple foi, est plus en relation avec l’essence de son âme, «une réelle partie de D.ieu En-Haut», que les Juifs dont les qualités se révèlent au grand jour.