Yehouda s’approche de Yossef pour le supplier de libérer Binyamin, offrant sa propre personne comme esclave à la place de son jeune frère. Devant la loyauté qui anime ses frères les uns à l’égard des autres, Yossef leur révèle son identité. « Je suis Yossef », déclare-t-il, « mon père est-il toujours vivant ? »

Les frères sont envahis de honte et de remords mais Yossef les console. « Ce n’est pas vous qui m’avez envoyé ici », leur dit-il, « mais D.ieu. Tout a été ordonné d’En-Haut pour nous sauver de la famine ainsi que toute la région. »

Les frères se précipitent à Canaan avec les nouvelles. Yaakov vient en Egypte avec ses fils et leurs familles, soixante-dix âmes en tout, et retrouve son fils bien-aimé après vingt-deux ans de séparation. En chemin, il reçoit la promesse divine : « Ne crains pas de descendre en Egypte car Je ferai de toi une grande nation. Je descendrai avec toi en Egypte et il est sûr que Je vous ferai remonter ».

Yossef amasse de la richesse pour l’Egypte en vendant de la nourriture et des grains durant la famine. Le Pharaon donne à la famille de Yaakov la fertile région de Gochen pour qu’elle s’y installe et les Enfants d’Israël prospèrent dans leur exil égyptien.

La lecture de la Torah de cette semaine relate qu’après que Yossef eut révélé son identité à ses frères, « il tomba sur le cou de son frère Binyamin et pleura et Binyamin tomba sur son cou ». Pourquoi les deux frères pleuraient-ils ? Rachi, dans son commentaire qui s’appuie, d’une manière générale, sur le sens littéral du texte, indique que dans cet exemple, leurs larmes doivent être comprises comme une prémonition. Le terme « cou » est une allégorie qui se réfère au Sanctuaire de D.ieu ou au Temple. Yossef pleurait sur la destruction du Temple qui serait construit sur le territoire reçu par la tribu de Binyamin et Binyamin pleurait pour la destruction du Sanctuaire de Shilo qui serait érigé sur l’héritage de la tribu de Yossef.

Pourquoi le Sanctuaire et le Temple sont-ils désignés par le terme « cou » ? Parce que de la même façon que le cou relie les potentiels supérieurs et les plus raffinés, logés dans notre esprit, avec les fonctions élémentaires accomplies dans les autres parties de notre corps, ainsi en va-t-il du Temple et du Sanctuaire, liant la spiritualité et la Divinité, qui transcendent notre monde matériel, avec les réalités quotidiennes de notre existence. La destruction du Temple, source de ce lien, est très certainement une bonne raison de pleurer.

Mais pourquoi Yossef et Binyamin pleuraient-ils sur une destruction qui aurait lieu dans le territoire de l’autre ? Et qu’en était-il de la destruction devant se produire sur leur propre territoire ? Pourquoi ne pleuraient-ils pas pour cela ?

En fait, pleurer ne change rien. Cela apporte une sorte d’apaisement aux sentiments d’une personne et permet à la tension de se relâcher quelque peu. Mais rien de plus. Cela ne change en rien la situation. C’est la raison pour laquelle, quand il s’agit de ses propres problèmes, pleurer n’est pas la solution. Il faut faire quelque chose, il faut agir.

Mais quand il s’agit d’une autre personne, l’on peut souligner la nécessité d’un changement ou l’on peut offrir conseils et aide. Mais puisqu’en dernier ressort, tout est entre les mains de l’autre personne, bien souvent il n’y a rien d’autre à faire que de pleurer.

Quand, par contre, notre propre avenir est en jeu, pleurer peut tout aussi bien être une forme de fuite, une manière d’éluder le problème. Ce qui est alors nécessaire est l’action et pas simplement l’expression des sentiments. Il nous faut construire à nouveau, aller puiser les potentiels essentiels que chacun de nous possède et les faire jaillir.

Perspectives

Les larmes de Yossef, au moment où il fut réuni à ses frères, sont les signes avant-coureurs des larmes que le Peuple juif tout entier versera lorsqu’il rétablira son lien avec D.ieu, lors de la Rédemption ultime. Comme le déclare le prophète : « Je les conduirai depuis la terre du Nord et les rassemblerai depuis les coins de la terre… Avec des sanglots, ils viendront ».

Pourquoi pleureront-ils ? Parce que les révélations de la Divinité surpasseront ce qu’ils sont capables de percevoir. Nos Sages relatent que, lorsque Rabbi Akiva voulut étudier les secrets mystiques de la Torah, les larmes coulèrent de ses yeux. L’appréciation de la Divinité dont il prendrait alors conscience, réalisait-il, dépassait de loin, même sa compréhension et ne pouvait s’exprimer qu’à travers ses larmes. Par le même biais, dans le monde futur, « Ton Maître ne Se cachera plus et tes yeux verront ton Maître ». Chaque membre de notre peuple connaîtra une expérience personnelle avec la Divinité qui surpassera tout ce qu’il aura connu.

Aujourd’hui, nous regardons le monde à travers un regard « profane ». Nous acceptons l’ordre naturel et les événements du monde comme les facteurs déterminants de notre vie. Il se peut, c’est vrai, que nous affirmions également que D.ieu existe mais notre conscience de Son existence vient comme quelque chose que nous avons appris, comme quelque chose de nouveau, mais pas comme quelque chose d’évident et d’irréfutable.

A l’époque de Machia’h, tout cela changera. La Divinité sera claire : nous la verrons. Nous comprendrons qu’Il est la réalité et que toute existence n’est rien de plus qu’un habit extérieur par lequel Il manifeste Ses différents potentiels.

Il ne s’agit pas d’un simple rêve du futur. Les enseignements de la ‘Hassidout nous permettent d‘apprécier un avant-goût de cette prise de conscience, dès à présent. Bien que nous ne puissions pas voir la Divinité de nos propres yeux, nous pouvons développer un savoir qui inspire l’amour et la crainte de D.ieu.