C’est clair : dire une bénédiction sur le temps, c’est aussi le sanctifier. C’est ce que nous faisons – et cela a été abondamment dit – avec le décompte des jours pendant la période de l’Omer, entre les fêtes de Pessa’h et de Chavouot. Il existe pourtant ici une autre idée, à la fois simple et précieuse : celle du progrès. Car il convient de replacer les choses dans leur contexte. Lorsque les Hébreux quittèrent l’Egypte, libérés par D.ieu de la servitude, ils se trouvaient alors au plus bas degré de l’impureté. Certes ils étaient à présent des hommes libres mais efface-t-on en un instant les effets de siècles de soumission à la dépravation dominante ? Pourtant, le temps pressait. Les Hébreux savaient que leur libération n’était pas un aboutissement, comme la réalisation attendue d’un rêve ancien. Ils savaient qu’elle n’était que le début d’un voyage qui allait les mener à leur rendez-vous avec D.ieu, au Don de la Torah. Pour passer ainsi du plus bas au plus haut des degrés, ils n’avaient que sept semaines – si peu de temps pour une œuvre si grande. Ils n’hésitèrent pas et avancèrent dans l’espace et dans le temps, matériellement et spirituellement.

Nous vivons à présent la même expérience. Nous avançons après la fête de Pessa’h vers celle de Chavouot – de sortie d’Egypte en Don de la Torah. Et notre effort s’exprime dans les mêmes termes que pour nos ancêtres. Nous avons bien peu de temps pour parvenir à ce degré ultime qui permettra la rencontre renouvelée avec D.ieu. Alors, à notre tour, il nous faut croire au progrès. Il nous faut croire qu’au-delà de tous les obstacles, l’avancée véritable est toujours possible et que rien ne peut jamais nous entraver. Et ce n’est pas d’un simple acte de foi qu’il s’agit. Croire sincèrement que les choses peuvent changer est en soi une manière de changement. Croire profondément que chacun peut s’améliorer est en soi un chemin d’amélioration.

Le Créateur a fait à Ses créatures – aux hommes, couronnement de Sa création – un cadeau prodigieux. Il leur a donné la capacité de modifier eux-mêmes et ce qui les entoure. Il leur a donné un sens des choses qui leur permet de considérer le monde et d’y reconnaître ce qu’ils peuvent lui apporter. Il leur a accordé la faculté de ne pas être liés par leur nature et ainsi condamnés à répéter toujours les mêmes comportements. Tout est donc possible, pour le meilleur. Le progrès : une idée neuve.
(La Sidre de la Semaine)