Depuis longtemps, j’entretenais des relations avec un important homme d’affaires, un Juif du Brésil qui, auparavant, avait adhéré à un parti de gauche et avait été en son temps un grand ami de Shimon Peres. Au fil des ans, ses opinions évoluèrent. Cela commença quand son fils se rapprocha de la tradition et se mit à pratiquer les Mitsvot : ce qui inquiéta beaucoup le père car il était persuadé que ceux qui suivaient cette voie coupaient les liens avec le monde autour d’eux et surtout leurs familles. Quand je fis sa connaissance et qu’il me fit part de ses craintes, je le rassurai : « Comment pouvez-vous émettre des opinions sur le judaïsme orthodoxe quand vous-même n’avez jamais côtoyé ce milieu ? Venez, étudions et ainsi vous comprendrez de quoi il s’agit ! »

Il accepta et, au fur et à mesure que nous approfondissions les textes et les discussions, il comprit davantage de concepts fondamentaux. Pourtant un jour, il affirma : « Je ne parviens pas à comprendre comment un D.ieu aussi grand peut s’intéresser à des sujets aussi futiles que le trajet d’une feuille qui tombe d’un arbre… »

En effet, je lui avais expliqué ce que déclarait le Baal Chem Tov : même lorsqu’une feuille tombe d’un arbre, D.ieu en connaît toutes ses circonvolutions et prévoit exactement son point de chute afin qu’elle puisse protéger un petit ver des intempéries… Cela, il ne l’acceptait pas ! Que D.ieu ait créé le monde, ait donné la Torah et s’intéresse aux grandes questions de l’humanité, pourquoi pas ? Mais la Providence Divine qui s’exerce véritablement sur chaque détail de la Création… ? Non !

Plutôt que de perdre du temps à tenter de le convaincre, je préférai cesser la discussion et avancer dans notre étude.

Cet homme d’affaire pria dans notre synagogue à Roch Hachana ; pour Yom Kippour, il pria dans celle de Westport, dans le Connecticut. Après Sim’hat Torah, il tint à me raconter un incident qui lui était arrivé mais à une condition : que je ne m’exclame pas « je vous l’avais bien dit ! » J’ai promis et voici donc son récit :

« L’année dernière, j’avais voulu prier dans la même synagogue que ma famille. J’avais téléphoné à mon fils qui, lui, était devenu pratiquant et il avait accepté à condition que ce soit une synagogue orthodoxe. Cela ne me posait pas de problème, l’essentiel étant à mes yeux que nous soyons tous ensemble. Cette année, nous irions avec lui, l’année prochaine, il viendrait avec nous…

L’après-midi avant Yom Kippour, à la sortie de mon travail, j’ai téléphoné à mon fils pour lui annoncer : « J’espère que tu ne m’en voudras pas, j’ai invité un de mes amis à venir avec nous à la synagogue ; c’est un cardiologue. »

Nous avons donc pris la voiture en direction de la synagogue. Mais nous nous sommes perdus en route : mon fils s’inquiétait ! Le soleil allait bientôt se coucher Soudain, nous avons remarqué à un feu rouge que la voiture arrêtée à côté de nous était conduite par un homme portant la Kippa. Il ne connaissait pas la synagogue où nous voulions aller mais nous proposa l’adresse d’une autre synagogue, orthodoxe elle aussi, plus proche.

A notre arrivée dans cet endroit inconnu, nous avons été très bien accueillis. Nous avions à peine commencé l’office de Kol Nidré et soudain, nous avons entendu un grand cri : l’un des fidèles était victime d’une grave crise cardiaque ! Mon ami le cardiologue se précipita vers lui pour lui prodiguer les premiers soins en attendant l’ambulance qui l’emmena à l’hôpital.

Dans la salle d’attente des urgences, j’ai fait remarquer à la femme du patient : « Quand je rentrerai chez moi, j’appellerai mon rabbin pour lui raconter ce qui s’est passé et il me dira sûrement : je vous avais prévenu ! La Providence Divine existe ! ».

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. Cette année aussi, notre businessman a prié chez nous à Roch Hachana et, à Yom Kippour, dans le Connecticut. Les membres de la famille avaient décidé de retourner là où ils avaient prié l’année précédente. En emmenant à nouveau le cardiologue. Dès leur arrivée, l’homme qui avait subi la crise cardiaque s’avança vers eux pour remercier le spécialiste de lui avoir sauvé la vie et son épouse déclara alors : « Vous souvenez-vous que, dans la salle d’attente, vous m’aviez raconté avoir rencontré à un feu rouge un homme au volant d’une voiture avec une Kippa sur la tête ? J’étais curieuse de savoir qui était l’homme qui, sans le savoir, avait contribué à sauver mon mari. Et voici ce que j’ai découvert après avoir mené ma petite enquête : ce n’était autre que mon fils aîné ! Il avait décidé d’aller prier dans une autre ville avec des amis. Donc, de fait, D.ieu a permis à mon fils d’envoyer un cardiologue dans cette synagogue pour sauver son père ! »

Le cardiologue qui avait suivi la conversation s’est retourné vers mon ami le businessman en remarquant : « Qu’allez-vous raconter maintenant à votre rabbin ? »

En me rapportant ces faits, l’homme déclara : « J’ai bien compris la leçon ! J’admets que la Providence Divine existe ! J’en ai eu une preuve éclatante ! » Et il ajouta :

– Cela me donne envie d’accomplir une bonne action : une proposition ?

– Vous en voulez à votre fils qui s’est rapproché de la pratique religieuse et vous prétendez qu’il est devenu borné… Laissez-le vivre sa vie, vous voyez bien que c’est D.ieu qui dirige le monde !

Depuis ce jour, le fils vécut en bonne entente avec ses parents. Il se fiança avec une jeune étudiante de l’université de Miami qui, elle-même, s’était rapprochée de la Torah grâce à mon fils Mendel (le Chalia’h de cet établissement prestigieux) et ils ont fondé un véritable foyer ‘hassidique ouvert à tous.

Rav Yaakov Fellig – Floride – Moussaf Pessa’h de Kfar Chabad

Traduit par Feiga Lubecki