C’était une nuit glaciale, le 5 Chevat 5692 (1932) à Riga. Une femme juive du nom de Fraida Gisha était à son neuvième mois de grossesse mais était confrontée à un problème sérieux. Les médecins estimaient qu’il fallait mettre un terme à la grossesse afin de sauver la mère. Mais elle refusa !

Elle demanda à sa sœur, Léah, de se rendre immédiatement à la synagogue et d’y prier pour elle et son bébé.

C’est ainsi qu’au milieu de la nuit, Léah se rendit à la synagogue et s’approcha de l’arche sainte. Elle déversa les soucis de son cœur vers D.ieu et Le supplia de sauver la mère et l’enfant.

Soudain elle sentit une main sur son épaule : elle se retourna et aperçut une femme âgée.

– Pourquoi pleures-tu, ma fille ? demanda la vieille dame, compatissante.

– Ma sœur est à l’hôpital et sa vie comme celle de son futur bébé sont en danger ! expliqua Léah.

– Viens avec moi, continua la dame.

Elle l’amena dans la maison du Rabbi (précédent), Rabbi Yossef Yits’hak Schneerson de Loubavitch. Léah décrivit la situation de sa sœur sur une feuille que le secrétaire, le regretté Rav Yechezkel Feigin, transmit au Rabbi. Cinq minutes plus tard, il donna à Léah une lettre avec la réponse du Rabbi pour sa sœur : « D.ieu vous aidera pour que tout se passe bien et que vous puissiez donner naissance à un enfant vivant en bonne santé ! ».

Les mains tremblantes, Léah prit la lettre et retourna à l’hôpital. Alors qu’elle entrait, tous les médecins se précipitèrent vers elle en s’exclamant : « Nous n’avons aucune idée de ce qui s’est passé mais, une heure après votre départ, votre sœur a ressenti les premières contractions et la naissance de sa fille s’est déroulée normalement ! ».

Cette petite fille née miraculeusement était ma mère.

Nous avons gardé la lettre originale de Rabbi Yossef Yits’hak dans un lieu sûr mais tous les membres de la famille en possèdent une photocopie. Où que je voyage, la lettre reste avec moi. Toute femme de la famille qui va accoucher prend la lettre avec elle à la maternité.

Durant de nombreuses années, j’ai été un ‘Hazane, un cantor à la synagogue, exactement le métier auquel me prédestinait mon grand-père. Un jour, à Londres, j’ai assisté à la pièce musicale Les Misérables et je me suis dit que j’étais capable de la jouer.

Quand la pièce est arrivée en Israël, je me suis présenté pour l’audition et on m’a accordé le rôle principal, celui de Jean Valjean. Durant la performance, le producteur britannique Cameron Mackintosh vint vers moi et me proposa : « Doudou, après vos représentations en Israël, je veux que vous vous produisiez à Broadway ! ».

J’étais enchanté ! Pour moi, c’était la consécration et je ne pouvais y croire : Doudou de Petach Tikva se produirait à Broadway ?

Mais je réalisai immédiatement que ce n’était pas possible et, quand il m’en demanda la raison, j’expliquai que j’étais un Juif pratiquant et que je ne jouerai ni le vendredi soir ni le samedi.

Quelques mois plus tard, il me rappela : il m’annonça triomphalement qu’il avait réussi à imposer que toutes les représentations n’auraient lieu qu’en semaine. Deux mois plus tard, il me rappela – avec une mauvaise nouvelle : « Doudou ! Il y a un problème ! Toutes les organisations professionnelles refusent de travailler seulement les jours de semaine. J’ai beau insister, ils sont tous contre moi ! ».

J’étais très, très déçu. Ma mère suggéra que j’en parle au Rabbi. J’ai hésité : « Les gens demandent la bénédiction et le conseil du Rabbi pour des problèmes sérieux : santé, travail, famille. Je devrais parler au Rabbi d’une pièce de théâtre à Broadway ? ».

Mais ma mère insista et j’y allais. Je pensais que je devrais expliquer toute ma situation au Rabbi mais, à ma grande surprise, il comprit immédiatement le problème, me regarda droit dans les yeux et déclara : « Tenez fermement au judaïsme, à la Torah et ses commandements et tout s’arrangera ! ».

Le regard du Rabbi avait été si puissant ! Je regardai les yeux du Rabbi et me sentis plus calme. Maintenant j’étais certain que tout s’arrangerait : je resterai ferme sur mes principes et ne jouerai pas le Chabbat.

Deux mois plus tard, Mackintosh me rappela : il avait gagné la bataille pour moi et je pourrais me produire à Broadway sans compromettre mon Chabbat.

C’était un miracle. Jusqu’alors, jamais aucun spectacle n’avait été joué seulement en semaine. Et après ce spectacle, plus aucun autre spectacle n’eut lieu qu’en semaine.

J’ai depuis, joué, dans de nombreuses autres pièces mais, à chaque fois, la question du Chabbat surgissait. Ce n’est jamais une épreuve facile. Mais les mots du Rabbi : « Tenez fermement au judaïsme et tout s’arrangera » continuent de m’encourager.

Doudou Fisher – L’Chaim N° 1405

Traduit par Feiga Lubecki