Les trois dernières plaies accablent l’Égypte : une armée de sauterelles dévorent les cultures et la végétation ; une obscurité épaisse, palpable enveloppe le pays et tous les premiers-nés de l’Égypte sont tués aux coups de minuit, le 15 du mois de Nissan.

D.ieu ordonne la première Mitsva au Peuple d’Israël : celle d’établir un calendrier basé sur le renouvellement de la lune. Les Hébreux sont également enjoints d’apporter une « offrande pascale » à D.ieu : un agneau ou un chevreau doit être abattu et son sang aspergé sur les jambages ou les linteaux de chaque demeure des Hébreux, pour que D.ieu « passe par-dessus » ces foyers quand Il viendra tuer les premiers-nés égyptiens. La viande rôtie de l’offrande sera consommée en cette nuit avec la Matsa (pain non levé) et les herbes amères.

La mort des premiers-nés finit par briser la résistance du Pharaon et il renvoie littéralement les Enfants d’Israël de sa terre. Ils doivent s’en aller dans une telle hâte que leur pâte n’a pas le temps de lever et les seules provisions qu’ils emportent sont ce pain non levé. Avant de partir, ils demandent à leurs voisins égyptiens de leur remettre de l’or, de l’argent et des vêtements, réalisant ainsi la promesse faite à Avraham que ses descendants quitteraient l’Egypte avec de grandes richesses.

Les Enfants d’Israël reçoivent le commandement de consacrer tous les premiers-nés et de célébrer chaque année l’anniversaire de l’Exode, en se débarrassant de tout le levain en leur possession pendant sept jours et de raconter leur rédemption à leurs enfants. Ils sont également enjoints de mettre les tefilines sur le bras et la tête, en souvenir de l’Exode et de leur engagement à D.ieu.

Le voyage de l’âme

A trois reprises, dans la Torah, le mot « Hachevii », « le septième » est écrit avec une lettre en moins : un Youd. La première fois, c’est dans notre Paracha, dans le verset interdisant de consommer du ‘Hamets, du pain et des produits contenant du levain, à Pessa’h. La Torah interdit ici à « quiconque de manger du levain, depuis le premier jour jusqu’au septième jour… »

La seconde occurrence se rencontre dans un verset concernant le Chabbat : « Le peuple se reposa le septième jour ».

La troisième fois qu’un Youd vient à manquer concerne une référence aux Fêtes solennelles de Tichri, où il est statué : « Vous ferez retentir le son du Choffar le septième mois. »

Pourquoi ces trois mots sont-ils dépourvus de la lettre Youd ?

La satiété

Le Baal Hatourim explique que lorsqu’est omis le Youd, le mot « Chevii » est transformé en « Sovéa » (mêmes lettres hébraïques) qui signifie « rassasié ». Quelle en est la signification ?

La Talmud nous explique qu’avant qu’un enfant ne naisse, D.ieu requiert de son âme qu’elle fasse un serment. L’âme s’engage à « être juste et non impie ».

Certaines questions évidentes se soulèvent immédiatement. Combien de nous se souviennent-ils de ce serment ? Et si l’on ne se le rappelle pas, à quoi sert ce serment ?

Le cheminement de l’âme

Le Tséma’h Tsédèk explique l’objectif de ce serment. Le mot hébreu pour « serment » : « Chevoua » possède les mêmes lettres que « Sovéa », « rassasié » et que « Chéva », « sept ». Ces mots qui sont en corrélation décrivent le cheminement de l’âme. L’âme fait un serment et cela la rassasie, lui donne l’aptitude et la force de surmonter toutes les difficultés qu’elle rencontrera durant sa vie dans le corps. Elle pourra, grâce à cette force, purifier le corps et les sept attributs négatifs provoqués par l’âme animale.

Ce concept peut également s’appliquer ici : les trois endroits où le Youd manque dans le mot « Chevii » évoquent les trois étapes du cheminement de l’âme.

Durant les Fêtes solennelles du septième mois, nous nous engageons à nouveau à servir D.ieu. Cela est équivalent à prêter un serment.

Le Chabbat, le septième jour de chaque semaine, nous sommes rassasiés de la nourriture spirituelle du Chabbat et nous prenons de la force pour surmonter les difficultés qui peuvent survenir dans la semaine qui vient.

Durant les sept jours de Pessa’h, nous devons nous purger de l’arrogance, symbolisée par le ‘Hamèts, le levain.

Notre serment, c’est-à-dire le fait que nous soyons rassasiés, nous permet de transformer ces sept attributs négatifs en qualités et donc de sortir de notre exil personnel.

Le 10 Chevat

Rabbi Yossef Yits’hak Schneersohn était le sixième Rabbi de Loubavitch. Il quitta ce monde le Youd (10) Chevat, un Chabbat, le septième jour de la Paracha Bo. La lettre Youd, qui a la forme d’une flamme, représente la Nechama, « la flamme de D.ieu ».

Ainsi, l’absence du Youd dans le mot « Hachevii », présent dans cette Paracha, fait allusion au fait que la Nechama est montée au Ciel.

Le Zohar suggère que le « travail » d’un Rabbi ou de chaque chef spirituel est de « rassasier » sa génération de Emèt, de vérité, c’est-à-dire d’une véritable foi en D.ieu, Sa Torah et Ses Mitsvot. C’est la raison pour laquelle, de sa place dans les Cieux, Rabbi Yossef Its’hak continue à rassasier ses disciples et le monde en général, car « il a laissé la vie pour tous les vivants ». En fait, il est encore plus présent dans ce monde qu’auparavant.

Dans son dernier discours écrit, Rabbi Yossef Its’hak nous parle de la nature de notre mission, en tant que septième génération depuis Rabbi Chnéor Zalman, fondateur du mouvement ‘Habad-Loubavitch. Nous devons faire venir la Che’hina, la révélation de l’Essence Divine, dans ce monde, par l’observance de la Torah et des Mitsvot. Moché, le septième dirigeant du Peuple juif après Avraham, nous apporta la rédemption d’Égypte. Ainsi, nous aussi, la septième génération, serons-nous les témoins de la Rédemption Ultime par notre Juste Machia’h.

Une histoire

Rav Yaakov J. Hecht, de mémoire bénie, raconta cette histoire.

Rav Shmaryahou Gurary était le gendre aîné de Rabbi Yossef Its’hak et le beau-frère du Rabbi. Peu de temps après le départ de ce monde de Rabbi Yossef Its’hak, en 1950, Rav Gurary demanda à Rav Hecht de l’aider à ramasser de l’argent pour la Yechiva Loubavitch. Lors d’un voyage à Chicago pour lever des fonds, Rav Gurary rencontra un philanthrope qui le rejeta en lui disant : « Je connaissais Rabbi Yossef Its’hak. Pourquoi donnerai-je de l’argent maintenant qu’il nous a quittés ? » Désemparé, Rav Gurary appela le Rabbi (Mena’hem Mendel) pour lui demander conseil. Le Rabbi répondit : « Dis-lui que le Rabbi précédent et moi sommes une âme dans des corps séparés. »